Dans le premier article sur les ETF à éviter, j’ai montré que les ETF à effet de levier n’étaient pas une bonne idée pour une stratégie de long terme. Pour d’autres raisons, les ETF suivant les matières premières sont souvent à éviter, à moins, peut-être, d’être un véritable expert de ce sujet. Je fais un focus sur les ETF suivant le pétrole, ou plutôt tentant de suivre le pétrole, comme vous allez le voir dans la suite de cet article.

Du pour et du contre pour investir sur cette classe d’actif

Avant de parler des ETF en particulier, parlons de la casse d’actif « matières premières ». Elles peuvent théoriquement avoir un intérêt dans un portefeuille financier, car elles sont peu corrélées aux autres classes d’actifs que ce soit les actions et les obligations. Ainsi, de grands auteurs sur le Lazy Investing considèrent que l’or peut être intéressant. Cependant, d’autres spécialistes, et c’est plutôt mon avis, considèrent que l’intérêt est limité. En effet, vous le savez, l’or et les matières premières ne procurent ni intérêts ni dividendes. Ainsi, vous allez gagner (ou perdre), que par l’évolution du prix. Il s’agit donc plus d’une forme de spéculation que d’investissement. On peut contre argumenter en disant, par exemple, que le pétrole est une ressource finie, et est donc vouée à monter sur le long terme. Évidemment, sur le court terme, ce n’est pas complètement évident.


Comprendre, sélectionner, acheter, vendre des ETF


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Les deux avis sont honnêtement respectables. Mais le problème est de savoir, si on veut vraiment investir sur cette classe d’actif, comment on y investit. Et là, les choses se corsent sérieusement.

Beaucoup d’ETF « matières premières » sont en réalité des ETF actions

En premier lieu, si vous chez un ETF matières premières, il y a de grandes chances que vous tombiez sur un tracker qui suivent les entreprises traitant des matières premières. Par exemple, le Lyxor Europe 600 Oil & Gas ETF, a du Total, du Shell ou du BP en portefeuille. Cela peut avoir un (léger) intérêt de surpondérer les entreprises du secteur pétrolier, mais ce n’est pas l’effet recherché ici. Ces entreprises sont beaucoup plus corrélées aux actions plutôt qu’au cours du pétrole.

Cours du pétrole et cours des actions pétrolières

Dans le graphique ci-dessous, vous pouvez observer les cours du pétrole (en $), des pétrolières européennes, et du marché  actions européen.

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Corrélation entre le cours du pétrole et les cours des actions pétrolières

Observons désormais les corrélations :

Corrélation avec le pétrole

Les pétrolières ne sont pas très corrélées avec le reste du marché ; elles ont d’ailleurs très fortement sous-performé le marché. En revanche, le pétrole est corrélé négativement avec le marché actions et parfois même avec les pétrolières.

Ce sujet mériterait une étude bien plus approfondie. Cependant, retenons ici qu’investir dans l’industrie pétrolière n’est pas la même chose que d’investir dans le pétrole.

Les trackers matières premières suivent le marché « futures » et non le marché « spot »

Le fonctionnement des ETF Matières Premières : les concepts de contango et de backwardation

Voyons maintenant s’il y a des ETF qui suivent réellement la matière première pétrole ? Il n’y en a pas beaucoup en Europe, c’est beaucoup plus développé aux États-Unis. Souvent en Europe, vous aurez un mix de matières premières. Mais le problème est exactement le même pour les ETF  américains et les ETF européens quand ils cherchent la répliquer le cours des matières premières, ils répliquent en fait le marché des « futures ». C’est un réel problème.

Vous s’avez que le principe de base d’un ETF est d’être un pool d’actifs physiques. Quand vous achetez un ETF monde, vous possédez en fait des actions des 1650 entreprises de l’indice MSCI World. Mais qu’est-ce que cela veut dire pour les matières premières ? L’ETF se ferait livrer des tonnes de pétrole et de blé, les entreposerait et vous les revendrait par petits bouts ? A part pour certains ETF sur l’or, ce n’est pas le cas !

L’ETF va donc acheter des contrats « futures », par exemple 10 000 tonnes de pétrole dans 3 mois. En plus, il le fait en quelques clics alors que la négociation d’actifs physiques plus compliquée. Le prix futur est défini aujourd’hui dans le contrat. Et dès que l’échéance arrive, pour ne pas se faire livrer (car ce n’est pas vraiment pratique d’entreposer des tonnes de matières premières, a fortiori si elles sont périssables), il vend son contrat et en rachète un pour les mois suivants.

Le prix des futures est différent de celui d’aujourd’hui car il faut prendre en compte de nombreux paramètres : l’inflation et les taux d’intérêts, l’équilibre de l’offre et de la demande (en prenant en compte les aspects saisonniers), les coûts de stockage, etc.

Si on s’attend à ce que les prix de demain (futures) soient supérieurs au prix d’aujourd’hui (spot), on est dans un marché dit de « contango ». En revanche, si les prix futures sont moins élevés à ce que les prix actuels c’est-à-dire que l’on s’attend à une baisse du marché, on est dans un marché dit de « backwardation ». Ainsi, quand on est en contango le marché des futures est plus performant que le marché spot. Quand on est en backwardation c’est le contraire. Cela revient moins cher, d’acheter spot, et d’entreposer la marchandise.

Quel impact pour vos investissements ?

Quel est l’impact de cela sur les ETF ? Lorsque l’ETF vend son contrat qui arrive à maturité, si  on en est backwardation, il va racheter un autre contrat plus lointain. Ce nouveau contrat dans ce type de marché est à un prix inférieur, l’ETF va donc faire du profit. Mais si on est en Contango, c’est le contraire. Et on est en contango sur le pétrole depuis 2006 …

Vous pouvez voir, ci-dessous, la courbe en Avril 2016, plus le contrat future est éloigné plus cela coûte cher. Chaque fois que vous remplacez un contrat d’un mois par un contrat d’un mois + 1, vous perdez de l’argent. Le pétrole de mai 2016 vaut moins de 40$ tandis que celui de 2024 plus de 50$.

contango

Imaginons que l’ETF achète le contrat future de mai 2016 sur la base des chiffres ci-dessus. Il va le payer 37,3 euros. Prenons un spot à 36,5 pour l’exercice (pas loin de la réalité). On arrive en mai et imaginons que le prix spot n’a pas bougé. L’ETF va revendre son contrat à échéance Mai à 36,5 ; c’est-à-dire le prix du spot. Il va devoir le remplacer par un contrat futur plus lointain, qui est plus cher en contango. Donc il aura perdu de l’argent.

Dans l’exemple réel ci-dessus, à marché spot stable l’ETF perd à peu près 5% par an plus ses frais.

Vous pouvez voir dans le graphique ci-dessous le résultat depuis mi 2006. En bleu, le marché spot du pétrole et en noir un ETF le suivant. On voit clairement que l’ETF est largement moins remonté en 2009 que le prix spot. C’est l’effet du contango.

L'ETF USO

Évidemment, si on revenait dans un marché en « backwardation » les futures surperformeraient le marché spot. Mais prévoir ce cas de figure n’est pas simple.

Quelle performance attendre ?

D’ailleurs, un certain nombre de spécialistes tels que William Bernstein expliquent bien le changement de régime entre le backwardation et le contango. Dans un marché de production de matière première, le producteur de la matière première veut se couvrir contre la baisse de sa marchandise (un producteur de matière première ne fait pas de spéculation en général). Il va donc acheter une assurance contre cette baisse (ils s’assurent contre la déflation en fait). Il va trouver un acheteur pour son produit à livrer dans quelques mois. L’acheteur lui fait payer une assurance quelques pour cent. C’est le marché des futures en backwardation (d’ailleurs un mot inventé par le célèbre économiste J.-M. Keynes).

Désormais, les matières premières se sont financiarisées. Comme tous les professionnels de la finance savent que les cours du pétrole sont décorrélés avec les actions et s’imaginent que les matières premières protègent de l’inflation, tout le monde en veut. Les producteurs de matière première sont désormais en position de force et se font payer leurs ventes dans le futur. Au final, en contango vous payez une assurance contre l’inflation. Si le spot vaut 40$ et que vous êtes prêt à payer 45$ dans 3 mois, c’est que vous vous assurez contre le fait que cela vaille plus de 45$ dans 3 mois. Et l’assurance a un coût.

Conclusion : il existe des ETF et trackers bien plus utiles que les ETF Matières Premières et en particulier les ETF Pétrole

Il existe des défenseurs des ETF Matières Premières, car ils sont effectivement très dé corrélés des actions et des obligations, et parce qu’il y a des techniques pour atténuer les effets négatifs du contango (panier de matières premières, prise en compte d’effet momentum avec les managed futures etc.). Cependant, je pense que l’investisseur individuel devrait pour la plupart se tenir loin de ce genre de produits qui sont tout de même assez difficiles à maîtriser.

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