Dans le livre Épargnant 3.0 je me suis focalisé sur l’ETF World, qui couvre l’ensemble du monde, en pondérant les zones géographiques, les secteurs et les entreprises, en fonction de leur capitalisation boursière (c’est à dire leur poids en bourse).  C’est un excellent point de départ, et une solution à la fois simple, élégante et performante pour une grande partie d’épargnants. Il est aussi possible de faire un portefeuille d’ETF. Il s’agit là d’assembler plusieurs ETF. Voyons quels sont les avantages et les inconvénients de chacune des solutions.

Avantage d’un portefeuille d’ETF par rapport à un unique ETF World

Les avantages d’un portefeuille d’ETF plutôt qu’un tracker monde sont les suivants :

Une allocation géographique et même sectorielle optimisée

  • Vous avez la possibilité de pondérer les zones géographiques comme vous le souhaitez.
    • Vous pouvez pondérer en fonction du poids économique de chacune des régions plutôt qu’en fonction de la capitalisation boursière. La pondération en fonction du PIB a été plus performante historiquement, et à mon sens cette performance a de bonne chance de perdurer. Vous avez plus d’information dans cet article intitulé « Répliquer le marché ».
    • Vous pouvez aussi légèrement surpondérer la France, car il n’y a pas d’imposition à la source des dividendes, et cela fait plus ou moins 1 point de différence sur le long terme. Pour avoir plus d’information sur le sujet de l’imposition à la source, cet article est fait pour vous.
  • Vous pouvez ajouter des pays émergents. En effet, bien qu’un ETF Monde s’appelle « Monde », il ne couvre pas tous les pays du monde mais uniquement 23 pays développés. Les pays émergents représentent tout de même entre un tiers et la moitié de l’économie mondiale en fonction du mode de calcul. J’en dis plus dans cet article les ETF Pays Emergents. L’indice MSCI Emerging Markets suit 1100 société et l’indice MSCI World 1600. Passer d’un portefeuille de 1600 sociétés à un portefeuille de 2700 sociétés est intéressant en termes de gestion du risque.
  • Vous pouvez surpondérer certaines sous-classes d’actif comme les SIIC (les entreprises qui investissent dans l’immobilier), car elles ne sont pas toujours corrélées au reste du marché. Vous avez plus d’information dans l’article « Le bourses mondiales sont-elles vraiment corrélées ? » et dans cet article sur ce que l’on appelle la pierre papier (les SIIC et les SCPI).
  • Cela vous donne l’opportunité de rééquilibrer (rebalancer) entre vos sous-classes d’actifs et d’être donc contrariant dans une certaine mesure. Cela devrait une performance supérieure sur le long terme.
  • Cela vous permet de mettre en place des stratégies de momentum, ou de « retour à la moyenne » (j’en dis plus dans ma formation).

La possibilité de construire un portefeuille d’ETF en plus grande cohérence avec le reste de votre patrimoine

  • Vous pouvez adapter votre allocation d’actif en fonction du reste de votre patrimoine.
    • Par exemple, si vous avez de l’épargne salariale bien remplie avec des actions de votre entreprise vous avez intérêt à choisir des classes d’actifs, dans votre portefeuille d’ETF, le plus décoléré possible avec ces actions. Si vous avez un appartement en France n’avez-vous pas intérêt à investir dans des actions plutôt étrangères ? On peut pousser encore plus loin. Si les revenus de votre travail dépendent, par exemple, majoritairement de l’économie française n’avez pas aussi intérêt à surpondérer les actions étrangères ? Vous pouvez vous diriger vers cette article sur l’épargne salariale, le PEE et le PERCO.

L’optimisation du choix des trackers

  • Vous pouvez trouver des ETF bien moins chers que les ETF World (surtout ceux éligibles au PEA).
    • A titre d’exemple, l’ETF Amundi MSCI World (CW8), éligible au PEA, a des frais annuels de 0,38%. En revanche, un ETF suivant le S&P 500 aura des frais de 0,15% annuels.
  • Vous pouvez mettre des ETF à réplication physique même dans votre PEA. Si vous voulez avoir plus d’information sur le sujet, vous pouvez lire l’article associé (assez ardu, j’en conviens). En tout cas, vous pouvez mixer les émetteurs et la diversification a pratiquement toujours du bon.
  • Vous pouvez vous appuyer sur le smart beta comme expliqué dans l’article « Superformer le marché grâce au Smart Beta ? » .
  • Vous pouvez choisir de couvrir en devises vos investissements.

Et il y a certainement de nombreux autres avantages. Au final, vous pouvez avoir un portefeuille un peu plus performant, et peut-être un peu moins risqué. Mais surtout vous pouvez avoir un portefeuille qui soit vraiment adapté à vos besoins, votre situation, vos envie, votre compréhension du monde, votre patrimoine global, votre psychologie, etc.

Avoir un portefeuille d’ETF que l’on comprend et que l’on maîtrise, c’est aussi être plus serein pour arriver à le piloter dans la durée, de passer les crises, et donc au final de s’assurer d’une excellente performance.

Inconvénients d’un portefeuille d’ETF par rapport à un ETF World

La méthode ETF World est vraiment puissante, car elle permet d’investir en quelques clics dans 24 pays développés du monde, 1600 entreprises, et c’est même faisable dans le cadre fiscale particulièrement attractif du PEA (Plan d’Epargne en Actions). Pour cela, on peut utiliser au choix deux ETF :

  • L’ETF Amundi MSCI World (code mnemo : CW8)
  • L’ETF Lyxor MSCI World éligible au PEA (code mnemo : EWLD)

Voyons donc les inconvénients d’un portefeuille d’ETF par rapport à cette solution, ultra simple. Presque trop simple pour être vraie !

Le portefeuille d’ETF : un besoin de connaissance un peu plus solide

  • Construire un portefeuille d’ETF est potentiellement un peu plus compliqué. Et même si ce n’est pas vraiment compliqué au final, cela risque de vous faire poser des questions compliquées. Vous allez, par exemple, vous poser des questions sur le « smart beta » pour dire quelle proportion de votre patrimoine vous allez mettre en « value » ou en « low volatility » ?
  • Pour que le portefeuille corresponde vraiment à vos propres besoins, il faut être en capacité de construire ce portefeuille. Il faut donc avoir une bonne connaissance des tenants et aboutissants de l’allocation d’actifs. Quel est l’impact de l’intégration de marchés aussi volatiles que les pays émergents ? Comment diversifier au mieux votre patrimoine quand vous avez des actions d’une entreprise française sur un PEE correctement abondé ? etc. C’est tout à fait possible de répondre à ces questions, mais c’est tout de même plus difficile que de faire « confiance » à un unique ETF World.
  • De plus, s’appuyer sur un portefeuille d’ETF c’est souvent le risque d’avoir un avis sur le marché. Vous allez naturellement être tenté de surpondérer tel type d’actions ou de géographie. Mais êtes-vous vraiment plus fort que le marché ? Probablement pas, vous risquez donc de sous-performer !
  • Et même si vous voulez avoir un portefeuille proche du marché mondial, y compris émergents et small cap, ce n’est pas si simple et cela peut devenir cher. Vous allez aussi peut-être multiplier les trackers. Il y a un moment où il faut s’arrêter.
  • Cela demande aussi une bonne connaissance des trackers. Par exemple, si vous voulez ajouter des « small » à hauteur de 15% pour mimer au mieux le marché mondial, vous vous rendrez compte qu’il n’y a pas beaucoup de choix sur les ETF small hors zone Euro.

Des frais de courtage potentiellement un peu plus élevés

  • Pour les petits portefeuilles, multiplier les ETF peut engendrer des complexités et des frais inadaptés. En effet, comme il n’est pas possible d’acheter des bouts de ETF, et que parfois l’unité d’un tracker est bien supérieure à 100€, il peut être compliqué d’avoir un portefeuille d’ETF qui suive votre allocation cible. De plus, avoir de multiples trackers vous obligera probablement à passer de plus petites ordres, qui engendreront des frais de courtages.

Une gestion un peu plus complexe qui peut avoir un impact sur votre mental

  • Un portefeuille de trackers est plus difficile à construire, mais aussi à maintenir. En effet, vous devez multipliez les ordres et le rebalancing est tout de même plus complexe.
  • Avoir plusieurs lignes a plus de chance de vous faire échouer à cause de vos biais cognitifs. En effet, vous avez plus de choix. Au moment de chaque ordre vous allez vous sentir obligé de vous poser la question si c’est le bon moment d’investir aux Etats-Unis plutôt qu’en Europe, ou dans des small plutôt que dans des grandes capitalisations. Cela arrivera à son paroxysme lors des prochains krachs. Lors d’un Krach il vaut mieux avoir un plan très bien défini et le plus simple possible. Si vous avez plusieurs options vous avez plus de chances de ne pas maintenir votre stratégie. C’est pourtant la clé, maintenir sa stratégie pendant les fortes chutes de la bourse. Un ETF World fait prendre beaucoup moins de risque tant sur la construction de sa stratégie que sur sa maintenance.

Au final, un ETF World est déjà une très bonne solution, car il représente 80% du marché, tout en ayant une simplicité et une transparence incroyable.

La liste des ETF World possibles

N’hésitez pas à livre l’article sur le meilleur ETF suivant un indice monde. J’ai notamment comparé les ETF suivants :

  • AMUNDI ETF MSCI WORLD UCITS ETF – EUR (LU1681043599, CW8)
  • iShares Core MSCI World UCITS ETF – USD (IE00B4L5Y983, SWDA)
  • iShares MSCI World UCITS ETF (Dist) – USD (IE00B0M62Q58, IWRD)
  • LYXOR UCITS ETF MSCI WORLD – D – EUR (FR0010315770, WLD)
  • LYXOR UCITS ETF PEA MSCI WORLD – C – EUR (FR0011869353, EWLD)
  • SPDR MSCI ACWI IMI ETF – USD (IE00B3YLTY66, SPYI)
  • SPDR MSCI ACWI UCITS ETF – USD (IE00B6R52259, SSAC)
  • Vanguard FTSE All-World UCITS ETF – USD (IE00B3RBWM25, VWRD)
  • Vanguard FTSE Developed World UCITS ETF – USD (IE00BKX55T58, VDEV)

Conclusion pour l’Épargnant 3.0

Le portefeuille d’ETF permet d’avoir un patrimoine financier  performant et qui réponde réellement à vos besoins

On peut très facilement développer son patrimoine avec un unique ETF Monde dans un PEA (CW8 ou EWLD) et un bon fonds en euros.

Cependant, un portefeuille d’ETF peut avoir une performance et un risque optimisé par rapport à un simple ETF Monde. Sur le long terme, la différence peut être assez significative. Mais son avantage indéniable est d’être adapté à votre situation particulière. Ce sera un portefeuille financier qui répondra à vos objectifs et que comprendrez parfaitement.

Naturellement, cela demande de bien travailler le sujet pour ne pas faire d’erreur.

Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que lorsque l’on construit l’allocation de son patrimoine le point le plus important, et de loin, est la répartition entre les obligations (la partie sécurisée) et les actions. C’est cette répartition qui va réellement avoir un impact sur la performance de votre portefeuille et surtout sur les risques associés. C’est elle qui vous permettra de correctement dormir la nuit. C’est elle qui vous donnera le courage d’investir en actions lorsque les bourses auront perdu 30%, 50%, 70% ou même plus. N’oubliez jamais que l’investissement c’est avant tout de la psychologie. C’est la partie la plus importante à travailler. Et vivre un krach ce n’est pas la même chose que d’imaginer un krach.

Le portefeuille d’ETF, un élément important de votre stratégie patrimoniale, mais pas l’unique enjeu

Par ailleurs, à mon sens, le portefeuille d’ETF n’est qu’une partie de votre enjeu :

  • Il faut que le portefeuille serve vos objectifs, vos enjeux et vos valeurs
  • Il faut que votre patrimoine global, y compris par exemple avec les fonds en euros, ait un profil de risque compatible avec le votre
  • Il faut savoir comment rééquilibrer afin de piloter son profil de risque et profiter (ou non) de l’effet de retour à la moyenne
  • Il faut savoir construire une stratégie permettant de monter en puissance lors de la mise en place du portefeuille, puis s’adapter aux nouveaux enjeux tels que la retraite
  • Il faudra pouvoir gérer vos émotions
  • Etc.

Comme ce sont des sujets très accessibles, mais vastes, ils nécessitent d’être particulièrement didactique j’ai créé une formation en ligne où je vous explique tout cela pas à pas et bien plus encore (notamment tout ce qu’il faut savoir sur les ETF, et ne pas faire d’erreur). Cette formation permet de construire une politique d’investissement, et non uniquement un portefeuille d’ETF.

Sur ce, je vous souhaite le meilleure pour votre épargne … surtout pour tout le reste.