FONDS EN EUROS : RÉSULTATS 2016 ENCORE EN BAISSE, QUE FAIRE ?


POINTS CLÉS

  • La baisse des rendements des fonds en Euros est due à la baisse des taux d’emprunt, mais aussi à une volonté d’assurer la pérennité des fonds en Euros. Ce n’est pas forcément mauvais pour l’épargnant qui investit sur le long terme.
  • Investir dans de bon fonds en Euros est encore une excellente option. Cependant, il ne faut pas y mettre 100% de son épargne de précaution, et il existe des opportunités de diversification.
  • Votre patrimoine doit être organisé en différents poches en fonction du risque et de la liquidité. Mais il est possible que l’on s’oriente, à terme, vers des portefeuilles uniquement en actions et en cash.

Une baisse des performances due à la baisse des taux et une dotation aux réserves importantes

La performance 2016 de la plupart des fonds en Euros sont désormais annoncés. Ils ont baissé dans de nombreux cas de 0,5 point. Ainsi, la performance moyenne des fonds en Euros devrait être de aux alentours de 1,8%, contre 2,5% en 2014 et 2,8% en 2013.

Les assurances vie on-line performantes, sans frais d’entrée, continuent à tirer leur épingle du jeu. Voici quelques résultats :

  • Generali e-cie vie, distribuée notamment par Linxea ou Boursorama
    • Eurossima, le fonds classique : 2,25%
    • Netissima, le fonds à légère tendance immobilière (30%) : 2,65%
  • Spirica distribué notamment par mes-placements et Linxea
    • Le fonds en euros classique : 2,01%
    • Allocation Long Terme, le fonds en euros immobilier (80%) : 3,04%
  • Suravenir distribué par Fortuneo ou Linxea
    • Survavenir Rendement, le fonds classique : 2,3%
    • Suravenir Opportunités, le fonds dynamique : 3,1%
  • Apicil distribué par Linxea (avec des frais moindres que ses concurrents) : 2,35% (la chute est assez brutale, car le taux était de 3,21% en 2014, il y a deux ans)
  • Chez Swiss Life Darjeeling, distribué par Placement Direct, pour un montant de contrat inférieur à 250K€, le fonds en Euros a servi entre 2,2% et 2,7%. Pour les montants supérieurs à 250 K€ c’est entre 2,4% et 2,9%. La performance est très correcte pour un fonds en Euros classique.

La baisse des fonds en Euros classiques et celle des fonds en Euros avec plus d’actions ou plus d’immobilier ont été comparables. Pourtant, en 2016 l’immobilier d’entreprise n’a pas chuté et les actions ont bien performé (un ETF monde a fait plus de 10%).

Il s’agit en fait d’un choix des assureurs, sous la pression du législateur. En effet, les fonds en Euros ne donnent pas l’ensemble de la performance des actifs aux assurés chaque année. Ils les stockent dans des réserves. Ces réserves permettent de s’assurer d’avoir une performance positive pour l’assuré, même en cas de coup dur, lorsque les actifs baissent. En cas de remontée des taux, les obligations pourraient baisser et mettre en difficulté les assureurs. Avoir une importante réserve réduit les risques sur le long terme. Vous pouvez avoir plus d’information à ce sujet dans deux articles « Qu’y a-t-il dans les fonds en Euros ? » et « Quels risques pour les fonds en Euros ?».

En complément, le législateur a décidé, au travers de la loi dite Sapin 2, de pouvoir bloquer pendant un certain temps les retraits sur l’assurance vie en cas de problème. C’est aussi fait pour protéger les assurés en cas de remontée brutale des taux. Mais, évidemment, cela ne sera pas pratique pour les personnes ayant besoin cet argent à ce moment-là. Il est donc plus sage de ne pas mettre toute son épargne de précaution dans des assurances vie. C’est bien dommage, car cela reste un produit performant et sur certaines assurances vie il est possible de récupérer l’argent en moins de 48 heures.

Autre évolution importante en 2016. Certains assureurs ne promettent plus un rendement positif net de frais de gestion, mais brut de frais de gestion. Cela veut dire que certaines années un fonds en Euros pourra par exemple faire -0,7% (si les frais sont de 0,7%). Et pour avoir la performance réelle, comme sur n’importe quel actif, il faudrait retrancher l’inflation.

Ces évolutions sont normales et ne vont pas que dans le sens des assureurs. Cela va aussi dans le sens des assurés. Faire des réserves en cas de coup dur, c’est-à-dire de remontée des taux n’est pas absurde. Le problème est que les assureurs ne sont pas très transparents sur le montant de ces réserves et la façon dont ils les utilisent. D’ailleurs, de manière générale, les fonds en Euros ne sont pas un produit très transparent, notamment par rapport aux ETFs. Mais, à aujourd’hui, c’est un produit qu’on ne peut complètement rayer de la carte.

Quelles sont les différentes possibilités ?

La première chose à comprendre est que le « sans risque » est censé ne rien rapporter. En effet, les emprunts des Etats des pays développés, réputés être le placement sans risques par définition, ne rapportent quasiment plus rien (on est même parfois en territoire négatif). Par exemple, l’emprunt de l’État français à 10 ans est de moins de 1%. Un tracker d’emprunts d’État va rapporter ces 1%, moins les frais du tracker, moins les frais de l’assurance vie. Vous tombez à quasiment 0%.

Vous pouvez ajouter des obligations d’entreprises. Cela va un peu améliorer le rendement, mais vous n’arriverez probablement pas à dépasser la performance, nette de frais, des fonds en Euros dont on a parlé ci-dessus.

Le livret A et le LDD rapportent 0,75%, ce qui est une décision politique, car cela devrait être nettement moins. Ce n’est pas si mal. Évidemment, il y a un montant maximum.

Le PEL rapporte 1%. Cependant, les anciens PEL rapportent plus, voire nettement plus. C’est beaucoup moins liquide qu’une assurance vie certes, mais cela peut être intéressant. En tout cas, il me paraît opportun de garder votre PEL ou d’en ouvrir un. Son taux sera peut-être un jour meilleur que celui des fonds en Euros. Faites tout de même attention à la fiscalité, surtout sur les anciens plans.

Les SCPI (sociétés d’immobilier d’entreprises non cotées) peuvent être intéressantes dans certains cas, cependant il faut faire attention. Ce n’est pas un placement sans risque. Comme je l’ai montré dans cet article, l’immobilier peut baisser, et parfois très fortement. Ainsi, les SCPI ont perdu 50% de leur valeur en quelques années dans les années 90. Les loyers de ces SCPI ont aussi été divisés par deux. Par ailleurs, les frais sur les SCPI sont très élevés et il faut s’engager sur des durées longues (dix à vingt ans). Je ne dis pas que les SCPI sont un mauvais produit, mais cela ne peut remplacer les fonds en Euros. Il s’agit d’un produit de diversification. Il faudra étudier quelle serait la meilleure façon d’en acheter : à crédit, dans une assurance vie ou en nue-propriété, par exemple. Enfin, il faut savoir sélectionner les bonnes SCPI.

D’ailleurs, les fonds Euros immobiliers, dont on a parlé ci-dessus, ont justement des SCPI en portefeuille. Jusqu’à maintenant la performance de ces fonds a été supérieure à celle des fonds classiques. Il faut dire que les SCPI ont rapporté des loyers supérieurs à 5% jusqu’à récemment, et que le prix des parts (des immeubles) a été plutôt à la hausse. Les loyers pourraient baisser, la valeur des parts aussi, et in fine la performance de ces fonds pourrait être inférieure aux fonds en Euros classiques. Mais contrairement aux SCPI, la valeur ne pourrait pas être divisée par deux. On est assuré contre la baisse (brut ou nette de frais, en fonction des contrats). Mais cela a un coût. Par exemple, Euro Allocation Long Terme de Spirica a eu une performance de seulement 3,04% alors qu’il regorge de SCPI.

Par ailleurs, ces fonds sont, par nature, moins liquides que les fonds en Euros classiques. Il est plus difficile de vendre un immeuble que des obligations sur les marchés financiers. La loi Sapin 2 pourrait plus particulièrement s’appliquer à eux.

Le sujet est quasiment identique pour les fonds en Euros dynamiques tels que Suravenir Opportunités. Ils pourraient faire moins qu’un fonds en Euros classique.

Il s’agit donc de produits de diversification. D’autant plus, que les assureurs vous empêchent de mettre sur votre contrat 100% de ces fonds (même si il est parfois possible de contourner ces restrictions).

Enfin, on lit parfois qu’il faut remplacer les fonds en Euros par des UCs. C’est un non-sens total, et ça ne veut pas dire grand-chose. En effet, une UC peut être de l’obligation ou des actions ou un mix. Si vous voulez plus de performance, vous aurez plus de risque. Mais les UC des gérants actifs obligataires ou patrimoniaux ne vont pas aider. Ils sont très chargés en frais et ont très peu de chance de bien performer. Il faut rester sur les ETFs, qui sont aussi des UC bien sûr.

Conclusion pour l’Épargnant 3.0

Il faut classer votre patrimoine dans différentes poches définies en fonction du niveau de risque et de la liquidité. La liquidité est un sujet très important, souvent sous-estimée par les épargnants. Un manque de liquidité, tout comme le risque, devrait être rémunéré.

Pour les placements sans risque et liquides, vous avez les livrets et les fonds en Euros. Aujourd’hui les fonds en Euros classiques ont une performance extrêmement bonne pour un placement sans risque et liquide (hors crise systémique dont on a parlé ci-dessus). Il s’agit encore d’un placement à privilégier. Il ne faut cependant pas y mettre toute votre épargne de précaution. Si les fonds en Euros continuent de baisser, le seul placement sans risques et liquides sera le cash. Mais s’il y a inflation, vous aurez une performance négative. Et en général, il y a inflation.

Si vous êtes prêts à faire augmenter un peu votre risque et diminuer un peu votre liquidité, vous avez les fonds en Euros immobiliers ou dynamiques.

En augmentant le risque et très fortement la non-liquidité, vous avez les SCPI.

Enfin, vous avez les actions, sur lesquelles il faut avoir une vision long terme.

Il s’agit donc désormais de faire un mix en fonction de tout cela. Mais les frais sur les actifs à liquidité et performance intermédiaire sont en général très élevés. Payer 1% de frais annuel et/ou des frais d’entrée (ou sortie) sur des actifs qui rapportent moyennement n’est pas nécessairement opportun. Ainsi, on ne peut exclure de passer d’une vision fonds en Euros/Actions à Cash/Actions dans l’avenir. Cela a en plus le mérite de la simplicité. La simplicité est au cœur de la réussite de l’Épargnant 3.0, ne l’oublions pas.

 

2017-01-31T15:03:38+00:00

6 Commentaires

  1. jmdev 31 janvier 2017 à 10:39␣- Répondre

    Bonjour,

    du coup, pourquoi ne pas investir une partie du cash en matières premières or ou argent pour se protéger de l’inflation ?

    • Edouard Petit 31 janvier 2017 à 15:01␣- Répondre

      Bonjour,

      c’est une idée qui se regarde. Cependant, les obligations et a fortiori les fonds en Euros rapportent quand même un petit peu. Net de frais je pense que cela fera nettement mieux que les matières premières ou l’argent.
      Par ailleurs, les ETF matières premières investissent dans des contrats futures (ils ne détiennent pas de stock), et c’est très pénalisant. J’ai écrit un article à ce sujet sur le blog.

      Par ailleurs, l’argent et les Matières premières sont potentiellement peu corrélées aux actions, mais ont une très forte volatilité. Elles peuvent intéresser certaines personnes, mais elles n’ont pas du tout le même rôle que les fonds en Euros (ou les obligations liquides).

      D’ailleurs, pour information depuis 1900 l’or a fait 0,42% par an, le pétrole -0,1%, le cuivre -0,8%, le blé -1,5% (tout ça net d’inflation).
      L’argent a aussi fait autour de 0% … tout ça avant les frais.

  2. jmdev 2 février 2017 à 15:31␣- Répondre

    Bonjour,

    Merci pour votre réponse.
    Donc, au final, que faire de cette partie cash d’un portefeuille pour la protéger de l’inflation ?

    ps: blog très intéressant, je viens d’acheter votre livre

    • Edouard Petit 3 février 2017 à 12:48␣- Répondre

      Et bien … il n’y a pas vraiment beaucoup de choix. Les fonds Euros restent une bonne options. Puis les différents livrets.

  3. Hervé 15 mars 2017 à 22:21␣- Répondre

    Comme évoqué dans cette article, au vu des rendements actuels des assurances vie, n’est-il pas préférable d’investir dans son PEL (taux de mon contrat 2.5%) même si moins liquide?

    • Edouard Petit 16 mars 2017 à 05:50␣- Répondre

      Si vous avez un bon taux de PEL, probablement, mais faîtes bien le calcul en fonction de la fiscalité.

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