Effet de levier immobilier : il ne crée pas de valeur seul
Rédigé par Édouard Petit. Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015.
Mis à jour le 03/10/2026
Comprendre pourquoi l’effet de levier ne crée pas, à lui seul, de valeur dans un investissement locatif. Et savoir repérer, chiffres en main, les conditions dans lesquelles il en crée vraiment en 2026.
L’effet de levier ne crée rien : il multiplie un écart.
« Dans l’immobilier, on s’enrichit grâce à l’effet de levier. » On l’entend partout : chez le banquier, dans les dîners, dans les simulations qui promettent 10 à 15 % par an sur fonds propres. C’est l’une des idées reçues les plus tenaces de l’épargne en France. Cet article la démonte chiffres en main, autour d’une thèse simple : le levier ne crée pas de valeur financière automatiquement. Il amplifie celle que crée le bien, ou celle qu’il détruit.
Le problème n’est pas le levier, c’est ce qu’on lui prête. Ce n’est pas une qualité de l’immobilier mais une propriété du crédit, et elle tient en une phrase : chaque euro emprunté vous rapporte la différence entre ce que rapporte le bien et ce que coûte l’emprunt.
Si le bien rapporte 4 % et que le crédit coûte 2 %, empruntez quatre fois votre apport et 8 points s’ajoutent aux 4 % de votre propre argent. Si le crédit coûte 6 %, le même mécanisme vous en retire 8. Le levier ne choisit pas son camp.
Les directeurs financiers connaissent cette mécanique par cœur. Dans les manuels de finance d’entreprise, du Vernimmen au programme du CFA, elle tient en une ligne : la rentabilité des fonds propres égale la rentabilité de l’actif, plus l’écart entre cette rentabilité et le coût de la dette, multiplié par le rapport entre la dette et les fonds propres. Ces mêmes manuels ajoutent aussitôt ce que les vendeurs d’immobilier oublient : il n’y a pas de repas gratuit. Dans un marché parfait, le gain apparent est exactement compensé par le surcroît de risque, et seul l’avantage fiscal de la dette crée vraiment de la valeur.
Toute la question est donc l’écart. Deux mots, presque toujours absents des simulations d’agence, le décident : le rendement net du bien, après charges et impôts, et le coût total du crédit, assurance comprise.
Mais l’écart n’est qu’un moyen. Ce qui compte, au fond, c’est la rentabilité de votre argent : nette de charges, nette d’impôts, nette du coût du crédit. Le levier peut la faire monter ou la faire baisser, et tout le reste de cet article ne fait que la calculer.
Pendant des années, la question ne se posait pas. Selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen des crédits immobiliers était de 1,1 % hors assurance en décembre 2021. Il est de 3,3 % en août 2026, dernier relevé publié.
Et la tendance ne joue pas en faveur du levier. L’OAT à 10 ans, le taux auquel l’État emprunte et que les banques suivent pour construire leurs barèmes, atteignait près de 4,9 % au 1er octobre 2026 selon les données de la Banque de France, contre environ 3,5 % en début d’année. Les crédits immobiliers, à 3,3 % en moyenne en août, se retrouvent sous le taux de l’État, une situation inhabituelle : les banques se refinancent à des conditions proches des siennes et répercutent ce type de hausse avec quelques mois de décalage. Personne ne connaît l’ampleur de la remontée à venir, mais chaque point de taux en plus coûte, on le verra, environ 4 000 € sur dix ans pour un bien de 100 000 €.
En 2026, les loyers ne paient plus le crédit.
Prenons un appartement ancien de 200 000 €, avec 8 % de frais d’acquisition, loué 833 € par mois : un rendement brut de 5 %. C’est le chiffre des annonces, et il ne dit rien de ce que paie le propriétaire : taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurance, entretien, et les mois où le logement reste vide entre deux locataires. Un mois de vacance, c’est un douzième des loyers qui disparaît pendant que la mensualité, elle, tombe. Retenons qu’un quart des loyers part ainsi avant l’impôt. Il reste 7 500 € par an, soit 3,5 % du coût total de 216 000 €.
En face, un crédit sur vingt ans proche du taux moyen d’août 2026, 3,3 %, plus une assurance emprunteur de 0,3 % : 3,6 %. L’écart est nul, et même légèrement négatif. En 2021, avec les mêmes loyers, il dépassait deux points : le levier travaillait seul, chaque mois.
Un rendement de départ, pas un rendement figé.
Ces 3,5 % sont un rendement de départ. Le loyer, lui, évolue : il est révisé chaque année selon l’indice de référence des loyers de l’Insee, qui suit à peu près l’inflation, alors que la mensualité d’un crédit à taux fixe ne bouge pas. C’est le meilleur argument en faveur du levier, et il est réel : un écart nul la première année s’améliore avec le temps si les loyers montent.
Mes calculs l’intègrent déjà, avec des loyers en hausse de 1,5 % par an. Sur l’exemple de vingt ans détaillé plus bas, avec des prix en hausse de 2 % par an, des loyers qui progressent de 3 % portent la rentabilité à crédit à 5,1 % ; des loyers figés la ramènent à 4,1 %. Chaque point d’indexation pèse environ deux fois plus à crédit que comptant. Mais si les loyers et les prix restent figés, le crédit ne rapporte plus que 1,0 % par an, contre 1,5 % comptant.
Or le loyer ne suit pas toujours l’inflation. Entre 2022 et 2024, la hausse de l’indice a été plafonnée à 3,5 % par an alors que l’inflation dépassait ce niveau. Depuis août 2022, le loyer d’un logement classé F ou G au DPE ne peut plus être augmenté. Et dans environ 70 communes, dont Paris, Lille, Lyon et Bordeaux, l’encadrement plafonne le loyer à la relocation : un dispositif expérimental prévu jusqu’en novembre 2026, dont la prolongation est en discussion au Parlement. Le loyer peut aussi baisser, tout simplement, quand le marché local se retourne et qu’il faut relouer.
La fiscalité ne rétablit pas l’écart sur les loyers.
En location nue, les loyers nets sont imposés au barème, plus 17,2 % de prélèvements sociaux : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a maintenu ce taux pour les revenus fonciers quand elle portait celui des placements financiers à 18,6 %. Les intérêts et l’assurance se déduisent au même taux. Avec une tranche à 30 %, les 3,5 % deviennent 1,8 % et les 3,6 % deviennent 1,9 % : l’impôt réduit le niveau, il ne change pas l’écart. La plus-value, elle, est imposée bien plus légèrement après quelques années de détention : c’est là, on va le voir, que se loge une bonne partie de ce que rapporte le levier.
Le meublé au régime réel améliore le niveau : l’amortissement efface l’impôt sur les loyers pendant des années. Mais il profite autant à l’achat comptant, et depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits sont réintégrés dans la plus-value à la revente. Le statut du bailleur privé de la loi de finances pour 2026 transpose cette logique à la location nue, contre un loyer plafonné et neuf ans d’engagement. Aucun ne fait baisser le taux du crédit, et, comme pour le Pinel, un avantage fiscal finit souvent dans le prix d’achat.
Ce que vaut un point d’écart, en euros.
Pour mesurer ce que pèse cet écart, prenons un cas plus simple : un bien de 100 000 €, frais compris, financé avec 20 000 € d’apport et un crédit sur vingt ans, revendu au bout de dix ans. Les prix montent de 1,5 % par an, à peu près le rythme de l’inflation. On fait varier deux choses : le loyer net de charges et de vacance, et le coût du crédit, assurance comprise.
Chaque case répond à une seule question : combien le crédit vous a-t-il fait gagner, ou perdre, par rapport au même argent placé dans le même immobilier sans emprunter ? Impôts compris, avec une tranche à 30 % en location nue.
| Coût du crédit | Loyer net 2 % (€) | Loyer net 3,5 % (€) | Loyer net 5 % (€) |
|---|---|---|---|
| 1 % | +8 900 | +15 200 | +22 000 |
| 2 % | +5 300 | +11 600 | +18 300 |
| 3 % | +1 600 | +7 800 | +14 500 |
| 3,6 % (août 2026) | −2 000 | +5 500 | +12 200 |
| 4 % | −5 000 | +3 900 | +10 600 |
| 5 % | −12 600 | −100 | +6 500 |
Trois lectures de ce tableau.
- La première ligne et celle d’aujourd’hui ne racontent pas la même histoire. À 1 %, à peine moins que le coût d’un crédit en 2021, le levier rapporte dans toutes les colonnes, même avec un loyer médiocre. À 3,6 %, il fait perdre de l’argent avec un loyer net de 2 %, et ne rapporte nettement qu’à partir de 3,5 %.
- Un point de taux coûte environ 4 000 €. Pour un bien de 100 000 €, chaque point de crédit en plus retire entre 3 600 et 4 100 € sur dix ans, après impôt, dès que le loyer net atteint 3,5 %. Gagner 0,3 point en négociant le taux ou l’assurance emprunteur vaut donc plus de 1 000 €.
- Dans la case d’aujourd’hui, le gain ne vient pas des loyers. Avec 3,5 % de loyer net et 3,6 % de crédit, le levier rapporte 5 500 €. À prix stables, la même case devient une perte de 4 400 €. Et si la plus-value était imposée comme les loyers, le gain tomberait à 800 € : il vient de la hausse des prix et d’une fiscalité de la plus-value plus douce que celle des loyers, qu’une loi de finances peut changer. Sans hausse des prix ni avantage fiscal, il ne reste presque rien : c’est la leçon de la finance d’entreprise, où la dette ne crée de valeur que par l’impôt qu’elle fait économiser, le reste n’étant que du risque déplacé.
Le chiffre qui fait vendre : 11 % par an sur votre apport.
Revenons à l’appartement de 200 000 € et suivons-le sur vingt ans. Vous apportez 36 000 €, soit les frais plus 10 % du prix, et vous empruntez 180 000 €. Les prix montent de 2 % par an : vous revendez 297 000 €, payez l’impôt sur la plus-value et soldez le crédit.
Rapportez ce résultat à votre seul apport, et vous obtenez 11 % par an. C’est le chiffre des simulations commerciales, et il est faux pour une raison simple : les loyers ne couvrent ni la mensualité, ni les charges, ni l’impôt. Il manque environ 500 € par mois la première année, 600 € la dernière, soit 123 000 € sortis de votre poche en plus de l’apport.
Comptez chaque euro au moment où il quitte votre compte, et la rentabilité réelle de votre argent tombe à 4,5 % par an, impôts compris. Le même bien acheté comptant aurait rapporté 3,3 %. Le levier ajoute 1,2 point, pas huit.
Ce calcul est généreux pour l’immobilier, et je préfère le dire : ni frais d’agence à la revente, ni ravalement, ni rénovation énergétique, ni impayé, ni vacance au-delà de ce qui est prévu. Chacun de ces postes fait baisser les 4,5 %, jamais l’inverse. Et la rénovation n’a plus rien de théorique : depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au DPE ne peut plus être mis en location, et les logements classés F suivront le 1er janvier 2028.
Votre prix, votre loyer, votre taux et votre tranche changent tout : refaites ces ordres de grandeur avec vos montants, l’application gratuite d’Épargnant 3.0 vous y aide sur votre téléphone.
Ce que le levier achète vraiment : un pari sur les prix.
Puisque les loyers ne paient plus le crédit, tout le résultat dépend d’une variable : le prix de revente dans vingt ans. Le tableau refait le même calcul pour cinq trajectoires de prix.
| Évolution des prix | Comptant (%/an) | À crédit (%/an) |
|---|---|---|
| Baisse de 1 % par an | 1,0 | −0,2 |
| Prix stables | 1,8 | 1,6 |
| Hausse de 1 % par an | 2,6 | 3,2 |
| Hausse de 2 % par an | 3,3 | 4,5 |
| Hausse de 3 % par an | 4,1 | 5,9 |
Trois choses que le tableau ne dit pas.
- Le point de bascule est bas, mais fragile. Dans cet exemple, le crédit devient favorable dès que les prix montent d’environ 0,3 % par an. Que charges et vacance prennent 35 % des loyers au lieu de 25 %, et ce seuil passe à 0,8 % ; avec des prix en hausse de 2 % par an, l’achat à crédit perd alors 0,5 point de rentabilité, l’achat comptant 0,2. Le levier multiplie aussi les charges qu’on a oubliées.
- La hausse passée ne se répétera pas pour les mêmes raisons. De 1965 à 2000, le prix des logements a suivi le revenu des ménages ; il s’en est ensuite écarté et le dépassait encore de 55 % au deuxième trimestre 2025, selon les séries de Jacques Friggit, alors que les loyers restaient collés au revenu. Ce surplus est surtout venu de la baisse des taux, celle qui rendait aussi le crédit presque gratuit. Au deuxième trimestre 2026, les prix des logements anciens étaient en baisse de 0,8 % sur un an. Personne ne sait ce qu’ils feront sur vingt ans, et c’est précisément ce que vous pariez.
- Le levier joue aussi à la baisse, et vite. Avec 36 000 € d’apport sur 216 000 € engagés, une baisse de 10 % suivie d’une revente forcée dans les premières années efface la totalité de l’apport.
La finance d’entreprise distingue d’ailleurs deux leviers, et l’immobilier locatif cumule les deux. Le premier est opérationnel : taxe foncière, copropriété, assurance et entretien sont des coûts fixes, si bien qu’un loyer en baisse de 10 % fait reculer le revenu net de plus de 13 % quand un quart des loyers part en charges. Le second est financier : la mensualité ne bouge pas, quoi qu’il arrive. Leurs effets se multiplient, et c’est pourquoi des charges plus lourdes pénalisent deux fois plus l’achat à crédit que l’achat comptant.
En 2026, le levier achète donc un pari concentré sur le prix d’un seul logement. Quelle part de votre patrimoine lui confier, à côté de votre résidence principale et de votre épargne financière, est une question d’allocation, pas d’immobilier : c’est le fil conducteur de ma Masterclasse.
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ETF : les trois erreurs qui vous coûtent vraiment cher
Une heure pour comprendre les erreurs à éviter et investir plus efficacement.
Face à un PEA, le loyer qu’il faut vraiment.
« En Bourse, on ne place que l’argent qu’on a. » Justement.
C’est l’argument qu’on m’oppose le plus souvent, et il confond la taille et la rentabilité. Oui, avec 20 000 €, vous n’achetez que 20 000 € d’actions, quand la banque vous permet d’acheter un bien de 100 000 €. Mais vous ne vous enrichissez pas de la taille de ce que vous détenez. Vous vous enrichissez de ce que rapporte votre argent : l’apport, plus chaque euro d’effort mensuel.
Reprenez le tableau de sensibilité, au coût du crédit d’aujourd’hui. Avec un loyer net de 2 %, vos 20 000 € et vos versements rapportent 1,3 % par an après impôt ; avec 3,5 %, ils rapportent 4,0 % ; avec 5 %, 6,4 %. Tout placement sans levier qui fait mieux que ces taux sur dix ans vous enrichit davantage que les 100 000 € d’immobilier, avec exactement le même argent.
Le loyer qu’il faut pour faire jeu égal avec un PEA.
Retenons, par hypothèse, 5 % par an au-delà de l’inflation pour des actions mondiales, avant impôt : c’est l’ordre de grandeur des séries longues d’Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, dont le marché américain, le plus favorable, ressort à 6,6 % de 1900 à 2025 dans le Global Investment Returns Yearbook 2026 d’UBS. Avec 2 % d’inflation et 18,6 % de prélèvements sociaux à la sortie d’un PEA, il reste environ 6 % par an, soit 4 % une fois l’inflation retirée. C’est la barre.
Côté immobilier, même bien de 100 000 €, même apport et même crédit sur vingt ans, avec des prix et des loyers qui suivent l’inflation et une tranche à 30 %. Le tableau donne le loyer net qu’il faut pour que votre argent, apport et efforts compris, rapporte autant que ce PEA.
| Coût du crédit | Revente à 10 ans (%) | Revente à 20 ans (%) |
|---|---|---|
| 1 % | 2,6 | 4,0 |
| 2 % | 3,1 | 4,3 |
| 3 % | 3,6 | 4,7 |
| 3,6 % (août 2026) | 4,0 | 4,9 |
| 4 % | 4,2 | 5,1 |
| 5 % | 4,8 | 5,5 |
| Sans crédit | 8,9 | 8,8 |
Trois lectures de ce tableau.
- Avec le crédit d’aujourd’hui, la barre est autour de 4 à 5 % de loyer net. Soit 5,3 à 6,5 % brut avec un quart de charges, et un écart de 0,4 à 1,3 point au-dessus du coût du crédit. Plus vous gardez le bien longtemps, plus il faut d’écart : le crédit se rembourse, le levier fond, alors que le PEA capitalise sans impôt jusqu’à la sortie.
- Sans crédit, il faudrait près de 9 % de loyer net. Ce n’est pas le levier qui handicape l’immobilier face aux actions, c’est la fiscalité : les loyers sont imposés chaque année à 47,2 % avec une tranche à 30 %, les gains d’un PEA une seule fois, à 18,6 %. Le crédit sert d’abord à compenser cet écart.
- Tout repose encore sur les prix. S’ils stagnent au lieu de suivre l’inflation, il faut environ 6,7 % de loyer net à 3,6 % de crédit, près de 9 % brut, sur dix comme sur vingt ans. Et le calcul ignore les frais de revente, les gros travaux et l’écart de risque entre un seul logement financé à cinq fois l’apport et un portefeuille mondial sans dette. En finance d’entreprise, l’actionnaire d’une société endettée exige une rentabilité d’autant plus élevée que la dette est lourde. Financé à 80 %, votre bien devrait viser une barre plus haute que celle d’un portefeuille sans dette, pas la même.
Ce n’est pas une promesse côté actions non plus : elles peuvent perdre la moitié de leur valeur en quelques mois, et il faut pouvoir attendre. Mais la question est la même des deux côtés : jamais combien vous pouvez acheter, toujours combien rapporte ce que vous y mettez.
Viser 8 ou 10 % brut : un deuxième métier.
Pour beaucoup d’investisseurs aguerris, ces seuils n’ont rien d’impressionnant : il suffirait de viser 8 ou 10 % brut pour que le levier travaille, quels que soient les taux. C’est vrai, et le tableau le confirme : à 3,6 % de crédit, un loyer net de 5 %, soit environ 6,7 % brut avec un quart de charges, dépasse déjà la barre du PEA sur vingt ans.
Mais ce rendement ne se trouve pas dans les annonces. Il se fabrique : chercher pendant des mois le bien que personne n’a vu, négocier, retaper, diviser un immeuble de rapport en lots, obtenir les autorisations, parfois un permis de diviser, meubler, trouver puis changer les locataires, gérer les impayés et les urgences. C’est ce que j’appelle un effort entrepreneurial, et il a un prix.
Faites le calcul à l’envers. Sur un bien de 100 000 €, passer de 5 % à 8 % brut rapporte 3 000 € de loyers de plus par an. Avec une tranche à 30 % en location nue, il en reste environ 1 600 € après impôt. Si ce surplus vous demande 100 heures par an, vous êtes payé 16 € de l’heure, avant les charges supplémentaires qu’entraînent les petites surfaces et la rotation des locataires.
Ce n’est pas une mauvaise affaire pour qui aime ce travail. C’est simplement autre chose qu’un placement : une petite entreprise, concentrée sur un immeuble, dont le levier amplifie le résultat dans les deux sens. Et quand le marché offre un rendement élevé sans travail, c’est en général qu’il fait payer un risque : une demande locative plus fragile, une revente plus lente. Acheter moins cher, bien louer, bien gérer : ce sont des métiers, pas un placement.
Quatre vérifications avant de signer.
Si vous envisagez malgré tout un achat locatif à crédit, vérifiez quatre points, dans cet ordre.
- Le loyer net franchit la bonne barre. Au-dessus du coût total du crédit, environ 3,6 % en août 2026, pour que le levier ne vous coûte rien ; autour de 4 à 5 %, frais d’acquisition compris, pour faire jeu égal avec un PEA.
- Vous garderez le bien longtemps. Les 8 % de frais d’acquisition se paient le premier jour, et l’impôt sur la plus-value ne disparaît qu’après 22 ans de détention pour l’impôt sur le revenu, 30 ans pour les prélèvements sociaux.
- L’effort mensuel est compté comme un placement. Dans l’exemple de 200 000 €, 500 à 600 € par mois : la vraie comparaison est ce qu’ils rapporteraient ailleurs, avec un risque comparable.
- Une baisse des prix ne vous oblige pas à vendre. C’est l’épargne de précaution, et la marge dans votre taux d’endettement, qui transforment une perte latente en simple mauvaise année.
Les questions qu’on me pose sur le levier
Le levier joue-t-il de la même façon pour une résidence principale ?
Non, et plutôt en sa faveur. Le loyer que vous ne payez plus n’est pas imposé, la plus-value à la revente est exonérée, et les intérêts ne se déduisent pas : l’écart se calcule donc avant impôt. Le bon calcul est celui de l’arbitrage entre acheter ou louer.
Peut-on utiliser un effet de levier en Bourse ?
Oui, mais sans les qualités d’un crédit immobilier à taux fixe : le crédit lombard est le plus souvent à taux variable et peut imposer de vendre en pleine baisse, et les ETF à levier quotidien s’érodent dans les marchés agités. Les foncières cotées empruntent déjà pour acheter leurs immeubles, comme je l’explique dans mon comparatif SCPI et SIIC.
Faut-il emprunter le plus longtemps possible ?
Allonger la durée réduit l’effort mensuel, pas l’écart. En août 2026, le taux moyen était de 3,4 % sur vingt-cinq ans contre 3,3 % sur vingt, hors assurance, et l’assurance se paie plus longtemps. Le levier n’en devient pas plus rentable, seulement plus facile à porter.
L’inflation ne rend-elle pas le crédit presque gratuit ?
Elle allège la dette en valeur réelle, si loyers et prix suivent. Mais une inflation durable fait aussi monter les taux, donc baisser ce que les acheteurs peuvent payer : c’est ce qui a fait reculer les prix après 2022. Le taux fixe protège l’emprunteur déjà engagé, pas celui qui achète trop cher.
Le levier ne crée pas de valeur, il l’amplifie.
Le levier immobilier n’est ni une arnaque ni un passe-droit, et il ne crée pas de valeur par lui-même : il amplifie l’écart entre ce que rapporte le bien et ce que coûte le crédit. Quand il enrichit, c’est pour trois raisons identifiables : un loyer net nettement supérieur au coût du crédit, une hausse des prix, un avantage fiscal. En 2021, la première suffisait. À 3,6 % assurance comprise, et avec des taux de crédit que la hausse de l’OAT pousse vers le haut, il ne reste que les deux autres, et aucune ne se décide à la signature.
Le crédit reste le seul moyen, pour un particulier, d’acheter un actif plusieurs fois plus gros que son épargne, à taux fixe et sans appel de marge. Face à un PEA, il vaut la peine dès que le loyer net atteint 4 à 5 % et que les prix suivent l’inflation, ou quand vous êtes prêt à en faire un métier. Dans tous les autres cas, posez la seule question qui compte : combien rapporte mon argent, une fois payés les charges, les impôts et le crédit ?
Pour un épargnant 3.0, la conclusion est simple. L’immobilier locatif n’est pas une étape obligée de l’enrichissement, et le levier n’en est pas la justification. Le cœur du patrimoine reste un portefeuille indiciel, diversifié et peu coûteux, logé dans un PEA ou une assurance-vie, alimenté régulièrement et sans effort entrepreneurial. Le crédit immobilier y a toute sa place pour la résidence principale ; un investissement locatif à crédit peut compléter l’ensemble quand ses chiffres le justifient, jamais parce que le levier le justifierait à lui seul. Reste la question que ce calcul ne tranche pas : quelle place donner à chaque brique de votre patrimoine ?
Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne, et surtout pour tout le reste !
À propos de l’auteur

Édouard Petit
Créateur d’Épargnant 3.0 · Professeur de finance à l’ESCP · Auteur
Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.
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livres vendus
2 500+
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2015
actif depuis
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Les trois erreurs que j’observe le plus souvent dans les portefeuilles d’ETF.
Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

Édouard Petit
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