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Gestion active vs passive : les vraies définitions

Rédigé par

Édouard Petit

Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015

Rédigé par

Édouard Petit

Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015

Deux amis investissent depuis quinze ans. Marc verse 300 € par mois dans le fonds actions de sa banque. Il n’y a jamais touché, jamais arbitré, jamais regardé son relevé autrement qu’en diagonale. Julien n’a que des ETF. Il en change quatre ou cinq fois par an, allège quand le marché lui semble tendu, renforce sur la thématique du moment.

Lequel des deux fait de la gestion passive ?

Si vous hésitez, c’est normal. Le débat entre gestion active et gestion passive dure depuis cinquante ans, et mon impression est qu’il repose en grande partie sur une erreur de vocabulaire. Pendant tout ce temps, on vous a demandé de choisir entre deux camps. En réalité, on vous posait une question incomplète.

Si je vous demande aujourd’hui si vous faites de la gestion active ou de la gestion passive, il y a de bonnes chances que votre réponse soit fausse. Non pas parce que vous ne connaissez pas les définitions, mais parce qu’elles sont incomplètes. Elles mélangent deux choses différentes : le produit que vous achetez et le comportement que vous adoptez.

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Ces deux dimensions sont indépendantes. Marc a un produit actif et un comportement passif. Julien a des produits passifs et un comportement très actif. Tant qu’on les confond, on ne peut ni diagnostiquer sa propre situation, ni la corriger. Alors séparons-les.

Dans dix minutes de lecture, vous saurez dans quel quadrant vous vous situez réellement, pourquoi la plupart des investisseurs se trompent de diagnostic, et quel changement produit le plus d’effet sur votre patrimoine.

Actif ou passif : ce sont deux questions, pas une

Les deux axes que l’on confond Le produit que vous détenez et le comportement que vous adoptez sont indépendants. LE COMPORTEMENT ACTIF PASSIF Le pilote d’ETF Produit passif,décisions actives.Rotation sectorielle,arbitrages, attente du« bon point d’entrée ».C’est de la gestion activeavec des outils passifs. Le collectionneur Produit actif,décisions actives.On empile les fonds« stars » et on arbitreaprès chaque baisse.Double couche de frais,double couche d’erreurs. L’Épargnant 3.0 Produit passif,comportement passif.ETF large, versementsprogrammés, on netouche plus à rien.Coût minimal,erreurs minimales. Le client fidèle Produit actif,comportement passif.Versements mensuelsdans le fonds maison,jamais un arbitrage.Discipline exemplaire,facture indéfendable. PRODUIT PASSIF PRODUIT ACTIF LE PRODUIT

Marc est en bas à droite. Julien est en haut à gauche. Aucun des deux n’est là où il croit être.

L’axe horizontal : le produit

Un produit actif cherche à faire mieux que le marché. Un gérant sélectionne des titres en pariant que certains vont surperformer, et il choisit ses moments d’achat et de vente. Deux leviers, toujours les mêmes : le stock picking, c’est-à-dire le choix des titres, et le market timing, c’est-à-dire le choix du moment. Le produit se compare à un indice de référence, indiqué dans le DIC (Document d’Informations Clés, l’ancien DICI). Retenez ce point, il servira plus loin : c’est le gérant lui-même qui choisit son indice de référence.

Un produit passif ne cherche pas à faire mieux. Il suit un indice boursier et vise à le répliquer au centime près. On appelle ces fonds des fonds indiciels ; cotés en Bourse, ce sont des ETF (Exchange Traded Funds), ou trackers.

L’écart de prix est brutal. Selon l’ESMA, le régulateur européen des marchés, le coût annuel total d’un fonds actions actif européen tourne autour de 2 % par an pour un particulier. Un ETF qui suit l’indice MSCI World et qui est éligible au PEA coûte aujourd’hui 0,20 % par an. Un rapport de un à dix.

L’axe vertical : le comportement

Un comportement actif, c’est reprendre ses décisions. Arbitrer, alléger, renforcer, attendre le bon moment, réagir à l’actualité. Peu importe le support utilisé : un investisseur qui fait dix arbitrages d’ETF par an fait du market timing, exactement comme un gérant.

Un comportement passif, c’est décider une fois, puis tenir. Versements programmés, allocation figée, rééquilibrage annuel mécanique. Rien d’autre.

À retenir La gestion passive n’est pas l’absence de décisions. C’est le refus de les reprendre chaque semaine.

Pourquoi le quadrant en bas à gauche gagne

Parce que c’est le seul où les deux axes travaillent dans le même sens. Le produit passif supprime la couche de frais qui grève la performance, et le comportement passif supprime la couche d’erreurs qui grève le reste. Les trois autres quadrants perdent sur au moins un des deux tableaux, et le quadrant en haut à droite perd sur les deux.

Bonne nouvelle pour Marc : il est déjà à la moitié du chemin. Son comportement est irréprochable, c’est la partie la plus difficile à acquérir. Il lui reste un déplacement horizontal, qui ne demande aucun effort intellectuel supplémentaire, juste un changement de support. Julien a le problème inverse, et c’est le plus coûteux à corriger, parce qu’il porte sur un tempérament et non sur une ligne de contrat.

Pourquoi presque tout le monde confond les deux axes

Parce que le raccourci « passif égale ne rien faire » fonctionne dans neuf cas sur dix. Il suffit du dixième pour se tromper complètement. Cinq situations très concrètes le montrent.

  • Un indice n’est pas figé. Le MSCI World est révisé quatre fois par an. Des sociétés entrent, d’autres sortent. Quelqu’un, quelque part, écrit les règles qui décident qui entre et qui sort. Le MSCI World d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celui de 2005.
  • Vous achetez dix « bonnes » actions et vous les gardez cinquante ans. Vous ne faites strictement rien pendant un demi-siècle. Comportement parfaitement passif, sélection parfaitement active.
  • Vous pondérez autrement que par la capitalisation boursière, selon la valorisation ou la volatilité, comme le font les ETF smart beta. Vous suivez un indice, donc c’est passif. Mais cet indice a été construit avec l’objectif de capter une prime de facteur par rapport à un indice pondéré par la capitalisation, donc c’est actif.
  • Vous construisez un portefeuille de six ETF que vous cherchez à optimiser, en surpondérant l’Europe parce que les États-Unis vous paraissent chers. Produits passifs, décision d’allocation parfaitement active.
  • Vous versez tous les mois dans le fonds actions de votre banque sans jamais y regarder. Produit actif, comportement d’une passivité exemplaire.

Chaque fois que les deux axes divergent, l’étiquette unique se casse. Et depuis quelques années, l’industrie financière a fait en sorte qu’ils divergent de plus en plus souvent.

L’axe du produit n’est plus binaire : c’est un dégradé

Il y a dix ans, on pouvait encore tracer une ligne nette entre fonds actifs et fonds indiciels. Aujourd’hui, tout l’espace intermédiaire a été rempli. Voici comment je range les produits, du plus passif au plus actif.

Du plus passif au plus actif Il n’y a pas deux camps, il y a un continuum. Et une variable qui compte : la transparence. ETF indiciel large, pondéré par la capitalisation MSCI World, FTSE All-World. Règles publiques. 0,10 % à 0,25 %. ETF sectoriel, pays ou thématique Réplication passive d’un pari actif que vous prenez vous-même. ETF smart beta ou factoriel Un algorithme vise une prime de facteur, mais il est publié en détail. ETF actif Un gérant décide, dans une enveloppe cotée. 0,69 % en moyenne. Fonds pseudo-actif Tarif de la gestion active, portefeuille de l’indice. Le pire des deux. Fonds actif à forte conviction Part active élevée. Vraie chance de battre l’indice, vrai risque aussi. Gestion discrétionnaire et hedge funds Processus non communiqué. Vous achetez une confiance, pas une règle. Frais moyens ETF actifs et passifs : etf.com, mai 2026. Frais ETF PEA : émetteurs, août 2026. Classement pédagogique proposé par Épargnant 3.0.

L’ETF actif est le phénomène marquant du moment. Aux États-Unis, il représente désormais environ 80 % des nouveaux lancements d’ETF et a collecté 459 milliards de dollars en 2025, soit près d’un tiers de la collecte totale. En Europe, le mouvement démarre : les ETF actifs ne pèsent encore qu’environ 3 % des encours ETF actions et 4 % des encours obligataires, avec une croissance attendue de l’ordre de 25 % par an.

Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Ni l’un ni l’autre. Un ETF actif n’est pas une troisième voie entre gestion active et gestion passive. C’est de la gestion active dans une meilleure boîte. Il apporte de vrais progrès : cotation continue, transparence quotidienne des positions, et surtout des frais nettement inférieurs à ceux d’un OPCVM actif classique (0,69 % en moyenne contre environ 2 % de coût total). Pour quelqu’un qui veut de toute façon de la gestion active, c’est une amélioration nette.

Mais il ne change rien au taux de base : sur dix ans, seuls 24 % des ETF actifs ont battu leur indice de référence. Le sac est plus joli, le contenu est le même. Quand on vous vend un ETF actif en insistant sur le mot « ETF », on espère que vous ne lirez pas la phrase entière.

Combien payez-vous réellement pour le pari actif ?

Voici la partie que l’on ne trouve à peu près nulle part en français, et c’est celle qui permet de situer n’importe quel produit sur le dégradé.

Un fonds actif ne prend pas un pari sur 100 % de votre argent. Il prend un pari sur la fraction de son portefeuille qui s’écarte de l’indice. Cette fraction porte un nom : l’active share, la part active. Un fonds dont l’active share est de 25 % investit comme l’indice à 75 %, et ne se distingue que sur le quart restant.

Prenons deux fonds actions. Tous les deux facturent 1,80 % par an. Sur la plaquette, ils se ressemblent. Voici ce que vous achetez réellement.

Deux fonds à 1,80 %. Un seul vend de la gestion active. Chaque carré représente 5 % du portefeuille du fonds. Fonds A active share 90 % Vous payez 1,80 % pour un vrai pari. Surcoût sur la part indicielle : 0,16 % par an. Fonds B active share 25 % De l’indice, facturé au prix de la gestion active soit 1,20 % par an payés pour rien Pari actif du gérant Identique à l’indice Même prix affiché. Illustration Épargnant 3.0. Part indicielle valorisée au prix d’un ETF monde éligible PEA (0,20 %).
Illustration pédagogique. La part indicielle est valorisée au prix d’un ETF monde éligible au PEA (0,20 % par an, données émetteurs août 2026). Coût par unité de risque actif = frais du fonds ÷ active share.
 Fonds AFonds B
Frais annuels affichés1,80 %1,80 %
Active share (part qui s’écarte de l’indice)90 %25 %
Coût par unité de risque actif2,00 %7,20 %
Part du portefeuille identique à l’indice10 %75 %
Surcoût annuel sur la part indicielle0,16 %1,20 %

Le fonds B vous facture 1,80 % sur une poche qui, aux trois quarts, reproduit l’indice. Cette poche indicielle, vous pourriez l’acheter à 0,20 %. Vous payez donc 1,60 point de trop sur 75 % de votre capital, soit 1,20 % par an jetés par la fenêtre, sans le moindre pari, sans la moindre conviction. Sur 100 000 €, cela fait 1 200 € par an pour rien. C’est une image de garagiste : vous payez la révision complète, mais on ne touche qu’à un pneu.

Le fonds A, lui, est cher mais honnête. Vous savez ce que vous achetez : un pari véritable, avec une vraie chance de gagner et une vraie chance de perdre.

Le piège classique

Les fonds du type B ont un nom officiel : les fonds pseudo-actifs, ou closet indexers. En 2016, l’ESMA a estimé qu’entre 5 % et 15 % des fonds actions européens grand public entraient potentiellement dans cette catégorie, selon les seuils retenus.

Et le pire est ailleurs. L’étude publiée par l’ESMA en 2020 montre que ces fonds délivrent à la fois des performances nettes inférieures et des frais supérieurs à ceux des fonds réellement actifs. Vous payez plus cher, pour moins de gestion, et vous obtenez moins.

Comment les repérer sans calculer d’active share ? Ouvrez le DIC, identifiez l’indice de référence, comparez les deux courbes sur cinq ans. Si elles ont la même forme mais que la vôtre est régulièrement en dessous d’un écart proche des frais du fonds, vous tenez votre réponse.

Revenez un instant à la matrice. Les fonds pseudo-actifs occupent toute la colonne de droite : ils conservent les défauts de la gestion active, à commencer par sa facture, sans en offrir la contrepartie. Que vous soyez le client fidèle ou le collectionneur, vous payez un pari qui n’est pas pris.

La phrase à retenir Le vrai clivage n’est pas actif contre passif. C’est cher contre pas cher.

C’est exactement ce que constate Morningstar dans son baromètre européen : quel que soit l’univers, les fonds actifs du quintile le moins cher affichent systématiquement de meilleurs taux de succès à long terme que leurs concurrents plus chers. Ce n’est pas le talent qui trie, c’est la facture.

Quatre études, quatre questions différentes, une seule conclusion

On cite souvent SPIVA comme s’il s’agissait de l’unique argument. C’est réducteur. Quatre travaux indépendants répondent à quatre questions distinctes, et c’est leur enchaînement qui ferme le débat.

Périodes closes au 31/12/2025 pour SPIVA, le Persistence Scorecard et Morningstar ; au 31/12/2024 pour Heroes in Haystacks. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
ÉtudeQuestion poséeRéponse
SPIVA Europe
S&P Dow Jones Indices
Les gérants battent-ils leur indice ?Non. 98,4 % des fonds actions monde en euros sont battus sur 10 ans.
Active/Passive Barometer
Morningstar
Obtient-on le même résultat avec une autre méthode ?Oui. 11,4 % de taux de succès des gérants actions sur 10 ans.
Persistence Scorecard
S&P Dow Jones Indices
Les gagnants d’hier restent-ils gagnants ?Non. 11,1 % des fonds du 1er quartile y sont encore deux ans après.
Heroes in Haystacks
S&P Dow Jones Indices
Et si on ne sélectionne que les meilleurs du passé ?Ça ne suffit pas. 87,9 % de ces portefeuilles d’élite restent battus sur 10 ans.

Reprenons chacune, parce que le détail vaut le détour.

SPIVA : l’ampleur de l’échec

Imaginez cent gérants professionnels alignés devant vous. Des équipes d’analystes, des modèles quantitatifs, des accès directs aux directions financières, des millions d’euros de moyens. Dix ans plus tard, un ou deux auront battu leur indice. Les quatre-vingt-dix-huit autres auront fait moins bien que le marché.

La force du SPIVA Scorecard tient à un détail méthodologique décisif : il corrige le biais du survivant. Il compte au dénominateur tous les fonds qui existaient au départ, y compris ceux fermés ou fusionnés en cours de route parce qu’ils étaient mauvais. Ce n’est pas un détail : sur dix ans, seuls 62 % des fonds actions monde en euros ont survécu. Près de quatre sur dix ont disparu des classements, et donc des mémoires.

Fonds actifs battus par leur indice sur 10 ans Fonds domiciliés en Europe, libellés en euros. Période close au 31 décembre 2025. Actions monde Actions États-Unis Actions France Actions Europe Actions émergentes 98,4 % 98,2 % 98,1 % 97,0 % 90,9 % Source : SPIVA Europe Scorecard Year-End 2025, S&P Dow Jones Indices (Report 1a). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Le taux d’échec n’est pas le chiffre le plus parlant. L’écart de performance l’est davantage.

Source : SPIVA Europe Scorecard Year-End 2025, Report 3a (moyennes équipondérées, nettes de frais, période de 10 ans close au 31/12/2025). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Catégorie (fonds en euros)Fonds actifs
10 ans
Indice
10 ans
Écart annuel
Actions monde7,60 %11,85 %−4,25 pts
Actions États-Unis10,29 %13,93 %−3,64 pts
Actions France4,46 %8,66 %−4,20 pts
Actions Europe5,22 %8,55 %−3,33 pts

Regardez la ligne « actions France ». Le fonds moyen a délivré 4,46 % par an quand son marché faisait 8,66 %. Sur dix ans, l’épargnant a récolté à peine plus de la moitié de la performance de son propre marché domestique. Et il a payé pour cela.

C’est très exactement ce qui rend le quadrant en bas à gauche si difficile à battre. Il ne gagne pas parce qu’il serait brillant. Il gagne parce que la colonne de droite part chaque année avec trois à quatre points de retard, et que ce retard se compose.

Morningstar : la même conclusion par un autre chemin

Une objection légitime serait de dire que S&P vend des indices et n’est donc pas neutre. Le European Active/Passive Barometer de Morningstar utilise une méthodologie différente : il ne compare pas les fonds à un indice théorique, mais aux fonds passifs réellement investissables de leur propre catégorie, frais compris. Autrement dit, il compare ce que vous auriez pu acheter à ce que vous avez acheté.

Résultat sur près de 32 000 fonds européens : le taux de succès des gérants actions sur dix ans s’établit à 11,4 %. Sur les grandes valeurs de la zone euro, il tombe à 3,8 %. Deux méthodes indépendantes, deux fournisseurs de données concurrents, la même conclusion.

« Oui, mais les meilleurs fonds actifs, eux, surperforment »

C’est l’objection la plus solide, et je ne vais pas la caricaturer. Elle est même partiellement vraie, et j’ai un exemple magnifique à vous donner.

En 2025, au Danemark, 100 % des fonds actions danois ont battu leur indice. Pas 60 %, pas 80 % : la totalité. Le taux de sous-performance affiché par SPIVA est de 0,00 %. La raison ? Le poids lourd local, Novo Nordisk, a enchaîné une deuxième année catastrophique, entraînant l’indice à −17,2 % pendant que le fonds moyen faisait +6,8 %. Quand la plus grosse ligne d’un indice s’effondre, tous ceux qui la sous-pondéraient gagnent.

Niveau 1 : l’argument standard

La gestion active sous-performe massivement : autour de 90 % des fonds perdent contre leur indice sur le long terme.

Niveau 2 : le contre-argument sérieux

Ces chiffres décrivent une moyenne. Il existe bel et bien des fonds actifs qui battent leur indice, et il existe des configurations de marché (indice ultra-concentré qui se retourne, comme au Danemark en 2025) où la gestion active gagne largement. Se contenter de la moyenne, c’est ignorer la dispersion.

Niveau 3 : la réponse de fond

Le problème n’a jamais été l’existence des bons gérants. Le problème est de les identifier à l’avance. C’est exactement ce que mesurent les deux dernières études.

Le Europe Persistence Scorecard de fin 2025 est sans appel : sur 386 fonds actions monde en euros classés dans le premier quartile fin 2023, seuls 11,1 % y étaient encore deux ans plus tard. Le hasard pur en aurait laissé 6,25 %. On parle donc d’un signal minuscule, noyé dans le bruit.

L’étude « Heroes in Haystacks » de décembre 2025 pousse le raisonnement jusqu’au bout. S&P a simulé des milliers de portefeuilles 60/40 construits uniquement à partir de fonds du premier quartile des cinq années précédentes. Le résultat reste écrasant : 87,9 % de ces portefeuilles d’élite sous-performent un simple mélange d’indices sur dix ans, avec en prime une volatilité supérieure. Sélectionner sur la performance passée ne fonctionne pas. Ce n’est pas une opinion, c’est un résultat mesuré.

Quant au cas danois, il dit exactement l’inverse de ce que l’on croit : la gestion active y a gagné parce qu’elle était structurellement sous-exposée à la plus grosse capitalisation. C’est un pari de concentration, pas une compétence de sélection. Le même pari, appliqué aux mégacaps américaines depuis dix ans, a coûté très cher aux gérants européens.

Un dernier point que l’on oublie systématiquement : ces taux d’échec ne s’améliorent pas avec le temps, ils oscillent. Pour les fonds actions monde en euros, la sous-performance annuelle a fait 90 % en 2014, 54 % en 2017, 55 % en 2020, 91 % en 2024, puis 71 % en 2025. Aucune tendance. Ceux qui annoncent « le retour de la gestion active » à chaque bonne année confondent une oscillation avec un tournant.

Si tout le monde devient passif, les marchés cessent-ils de fonctionner ?

C’est l’objection favorite des professionnels, et elle est intellectuellement respectable. Si plus personne n’analyse les entreprises, qui fixe les prix ? La gestion passive serait un passager clandestin, profitant gratuitement du travail des gérants actifs, et son succès finirait par détruire les conditions mêmes de son efficacité.

Niveau 1

L’indexation fonctionne parce que les marchés sont suffisamment efficients pour rendre extrêmement difficile une surperformance régulière après frais : les prix intègrent rapidement l’information disponible.

Niveau 2

Si l’indexation devient dominante, l’efficience s’érode. Les capitaux affluent mécaniquement vers les plus grosses capitalisations sans le moindre jugement sur leur valeur. La recherche académique documente d’ailleurs des effets mesurables : demande moins élastique, informativité des prix dégradée, comouvement accru entre titres.

Niveau 3

Deux réponses, et la seconde est empirique.

D’abord l’arithmétique. William Sharpe l’a démontrée en 1991 dans un article de trois pages : avant frais, la performance moyenne de l’ensemble des investisseurs actifs est égale à celle du marché, puisque toutes leurs positions additionnées constituent le marché moins la part indexée. Après frais, elle lui est nécessairement inférieure. Cette démonstration ne dépend d’aucune hypothèse sur l’efficience, ni sur la part de marché de la gestion passive. Elle reste vraie que l’indexation pèse 5 % ou 60 % des encours.

Ensuite les faits. Si la montée de la gestion passive créait mécaniquement des opportunités pour les gérants actifs, on devrait le voir dans les données. C’est l’inverse : douze années d’expansion continue de l’indexation n’ont produit aucune amélioration détectable du taux de succès des gérants, qui oscille toujours dans la même bande. L’hypothèse la plus élégante ne survit pas à la mesure.

Un dernier point de bon sens : la part de marché de la gestion passive se mesure en encours détenus, pas en volume échangé. Un fonds indiciel large fait tourner quelques pourcents de son portefeuille par an. Ce sont les acteurs actifs, arbitragistes et teneurs de marché compris, qui font l’écrasante majorité des transactions quotidiennes. Or ce sont les transactions qui forment les prix, pas la détention.

L’axe du comportement : celui que personne ne mesure

Tout ce qui précède concerne l’axe horizontal. Or l’axe vertical décide au moins autant du résultat final, et il est beaucoup moins documenté parce qu’il ne se vend pas.

Julien, notre pilote d’ETF, illustre le problème. Ses produits sont excellents. Son coût de possession est dérisoire. Et pourtant, chacun de ses arbitrages est un pari implicite : il pense savoir mieux que l’ensemble des acteurs du marché quel secteur va surperformer, et quand. C’est très exactement la définition de la gestion active. Il l’exerce simplement avec des outils passifs, et sans le budget de recherche d’une société de gestion.

C’est là qu’intervient le DCA (Dollar Cost Averaging, l’investissement programmé), et il faut être honnête sur ce qu’il est et ce qu’il n’est pas.

Niveau 1

Investir régulièrement réduit le risque de se tromper de moment d’entrée.

Niveau 2

Mathématiquement, c’est faux dans la majorité des cas. Investir toute la somme d’un coup bat l’étalement environ deux fois sur trois, simplement parce que les marchés montent plus souvent qu’ils ne baissent. Le DCA a donc un coût d’opportunité statistique.

Niveau 3

Le DCA n’est pas une stratégie d’optimisation mathématique, c’est une stratégie comportementale. Son intérêt n’est pas de maximiser l’espérance de gain, mais de vous maintenir sur l’axe vertical du bon côté. Un investissement théoriquement optimal qui provoque une panique et une vente au pire moment est catastrophique. Le DCA n’augmente pas les rendements attendus. Il augmente vos chances de rester investi assez longtemps pour les obtenir.

Et pour l’épargnant qui verse une partie de son salaire chaque mois, le débat est purement théorique : il n’a pas de capital à placer d’un coup. Le DCA n’est pas un choix, c’est sa réalité.

La phrase à retenir La gestion active essaie de battre le marché. La gestion passive essaie surtout d’éviter de se battre contre lui.

Le seul chiffre qui compte : le coût total annuel

Reprenons le cas de Marc. Passer du quadrant en bas à droite à celui de gauche, cela représente combien exactement ? Le calcul demande d’additionner deux choses que l’industrie prend soin de présenter séparément : les frais de l’enveloppe et les frais internes du support. C’est la somme qui compte, et c’est le seul montant que vous contrôlez à 100 %.

Un point que peu de gens connaissent, d’ailleurs : selon l’ESMA, sur les fonds qui versent des rétrocessions, environ 45 % des frais courants ne vont pas au gérant mais au distributeur. Vous ne payez donc pas seulement de l’expertise, vous payez aussi le fait qu’on vous ait vendu le produit.

Hypothèses : 300 € versés chaque mois pendant 25 ans, rendement brut du marché de 7 % par an, frais prélevés annuellement. Formule : capital = V × [((1+i)^n − 1) ÷ i], avec i = (1 + rendement net)^(1/12) − 1 et n = 300 mois. Total versé : 90 000 €. Simulation pédagogique, pas une prévision. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
MontageFrais enveloppeFrais supportCoût totalCapital à 25 ans
PEA en ligne + ETF monde0 %0,20 %0,20 %228 100 €
Bonne assurance vie en ligne + ETF monde0,50 %0,20 %0,70 %211 900 €
Assurance vie bancaire + fonds actions actif0,90 %2,00 %2,90 %154 800 €
Le même effort d’épargne, trois destinations 300 € par mois pendant 25 ans. 90 000 € versés. 7 % brut par an. 0,20 % PEA + ETF monde 228 100 € 0,70 % Bonne AV + ETF monde 211 900 € 2,90 % AV bancaire + fonds actif 154 800 € Frais de l’enveloppe Frais du support Simulation pédagogique, pas une prévision.

73 300 € d’écart entre la première et la troisième ligne. Soit 81 % de tout ce que Marc aura versé de sa poche. Pour le même effort mensuel, le même risque de marché, la même durée, et exactement le même comportement. La seule différence, ce sont 2,70 points de frais par an.

Et j’ai été généreux avec la troisième ligne : j’ai supposé que le fonds actif délivrait exactement la performance du marché avant frais. Les données SPIVA suggèrent que ce n’est pas ce qui se passe.

Un mot rapide sur les enveloppes, parce que le raisonnement doit rester français. Le PEA est l’enveloppe actions la moins chère du marché : zéro frais de garde chez un bon courtier, et exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans (les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus). L’assurance vie coûte 0,50 % sur les unités de compte chez les meilleurs contrats contre 0,85 % à 1 % dans la plupart des contrats bancaires, et apporte la transmission ainsi que le fonds en euros. Quant au PER, retenez une seule règle : la déduction fiscale à l’entrée ne rachète jamais un mauvais produit. Ne défiscalisez jamais par principe.

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Mes définitions de la gestion passive et de la gestion active

Il n’existe pas de définition parfaite. Il s’agit davantage d’un état d’esprit, lié à votre vision du marché et à la relation que vous entretenez avec celui qui gère votre argent. Voici tout de même les miennes, formulées le plus précisément possible.

La gestion passive a pour objectif d’obtenir une performance ajustée du risque la plus proche possible de celle du marché, c’est-à-dire du résultat de l’intelligence collective. Elle part du principe qu’il est extrêmement difficile de battre le marché et qu’il faut donc réduire les frais au minimum. Elle suit les variations du marché, à la hausse comme à la baisse, y compris dans les moments d’exubérance ou de panique. Elle est transparente : la règle est publiée, auditable, et ne dépend d’aucune personne en particulier.

La gestion active considère qu’il est possible d’exploiter les inefficiences du marché et donc de faire mieux que lui. Elle suppose qu’un gérant peut être plus performant que la somme des intelligences mondiales. Il existe donc de bons et de mauvais gérants, mécaniquement : pour que certains battent le marché, il faut que d’autres le perdent. La charge d’identifier les bons repose entièrement sur l’épargnant. Le processus de gestion étant une propriété intellectuelle, il n’est dévoilé que partiellement, ce qui implique de faire confiance à une personne ou à une équipe.

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ETF : les 3 erreurs qui vous coûtent vraiment chère

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Certains préfèrent opposer gestion discrétionnaire et gestion systématique. Je trouve ce découpage plus honnête, mais insuffisant : les gérants de hedge funds utilisent massivement des algorithmes, sauf qu’on ne les connaît pas. Un ETF smart beta suit lui aussi un algorithme, mais celui-ci est décrit ligne par ligne dans la méthodologie de l’indice. Le critère qui compte vraiment, pour moi, c’est celui-là : pouvez-vous auditer la règle, ou devez-vous faire confiance ?

Questions fréquentes

La gestion passive existe-t-elle vraiment à l’état pur ?

Non, et il faut l’admettre. Choisir un indice mondial plutôt qu’un indice européen est déjà une décision. Choisir un ETF capitalisant plutôt que distribuant en est une autre. La gestion passive n’est pas l’absence de choix, c’est le fait de faire ses choix une seule fois, selon des règles transparentes, puis de s’y tenir.

Un ETF est-il toujours de la gestion passive ?

Non. Un ETF est une enveloppe cotée en Bourse, pas une stratégie. Un ETF sur un secteur unique, un ETF à effet de levier ou un ETF actif sont des produits actifs dans une enveloppe d’ETF. À l’inverse, il existe des fonds indiciels non cotés parfaitement passifs. Le mot « ETF » ne vous dit rien sur le degré d’activité de la gestion.

Faut-il mélanger gestion active et gestion passive ?

C’est la conclusion consensuelle du secteur, et je la trouve trop confortable. La question n’est pas de partager en deux par principe, mais de savoir ce que vous payez pour chaque euro qui s’écarte de l’indice. Si vous tenez à une poche active, exigez trois choses : une part active élevée, des frais bas, et une durée de détention longue. Sans ces trois conditions, vous achetez de l’indice au prix de la conviction.

Comment savoir si mon fonds actuel est un fonds pseudo-actif ?

Ouvrez son DIC. Identifiez l’indice de référence. Comparez ensuite la performance du fonds et celle de l’indice sur 5 et 10 ans. Si les deux courbes ont la même forme mais que la vôtre est régulièrement en dessous d’un montant proche des frais du fonds, vous avez la réponse. Vous payez la gestion active et vous recevez l’indice, diminué des frais.

Marc ou Julien : lequel s’en sortira le mieux ?

Impossible à dire avec certitude, et c’est justement l’intérêt de la question. Marc perd mécaniquement 2 à 3 points de frais chaque année, ce qui est mesurable et certain. Julien perd un montant inconnu à chaque arbitrage raté, ce qui est invisible et potentiellement bien pire. Le seul cas confortable est celui où l’on ne perd ni l’un ni l’autre.

Conclusion pour l’Épargnant 3.0

Vous savez maintenant où vous êtes placé sur la matrice. C’est l’essentiel de ce que je voulais vous transmettre. Actif et passif ne décrivent pas une seule chose, mais deux : le produit que vous détenez et le comportement que vous adoptez. Une fois les deux axes séparés, tout devient lisible. On peut être passif sur un produit actif, très actif sur des ETF, et l’immense majorité des épargnants français se trouvent dans le quadrant qu’ils croient le moins occuper.

Plutôt qu’une liste de conseils, je préfère vous laisser une méthode. Avant chaque investissement, posez-vous seulement trois questions.

  1. La règle est-elle publique ? Puis-je lire la méthodologie et la vérifier, ou dois-je faire confiance à quelqu’un ?
  2. Combien cela me coûte-t-il réellement ? Frais de l’enveloppe plus frais du support, additionnés, exprimés en un seul pourcentage annuel.
  3. Est-ce que je paie pour une véritable prise de risque active, ou simplement pour un indice plus cher ?

Si vous prenez l’habitude de vous poser ces trois questions, vous éviterez déjà la majorité des erreurs d’investissement. Elles fonctionnent pour un ETF, pour un fonds bancaire, pour une gestion pilotée, pour un mandat de gestion privée et pour à peu près tout ce qu’on vous proposera dans les vingt prochaines années.

Et concrètement, cette semaine. Prenez vos relevés. Pour chaque support détenu, notez les frais de l’enveloppe et les frais internes du support, puis additionnez. Si le total dépasse 1 % par an sur une poche actions, vous avez une marge de progression immédiate et sans risque supplémentaire. Le calculateur d’impact des frais de l’application Épargnant 3.0 vous donne le montant exact en quelques secondes.

Pour aller plus loin sur la construction du portefeuille, le choix des indices et l’articulation entre les enveloppes, c’est le sujet de mon livre Créer et piloter un portefeuille d’ETF. Si vous débutez, Épargnant 3.0 pose les bases en moins de deux heures. Et les grands principes de la gestion passive sont détaillés gratuitement sur ce blog.

Le mot de la fin Le véritable avantage de la gestion passive n’est pas qu’elle demande moins de travail. C’est qu’elle vous dispense d’être plus intelligent que les autres investisseurs. Vous n’avez plus besoin d’avoir raison plus souvent qu’eux. Vous avez seulement besoin de rester investi plus longtemps qu’eux.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste !

À Propos De l’auteur

Édouard Petit, fondateur d'Épargnant 3.0

Édouard Petit

Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.

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2500+

avis lecteurs

depuis

2015

GUIDE GRATUIT

Guide gratuit : bien investir en ETF

Bien investir en ETF : auto diagnostic

Les 3 erreurs que j’observe dans les portefeuilles d’ETF

Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

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5 commentaires

  1. Le double fardeau de la gestion active
    Pour que la gestion active fonctionne et génère une réelle surperformance, dénicher une anomalie mathématique ou financière ne suffit pas. L’investisseur actif est en réalité condamné à accomplir un double exploit. Il doit avoir raison deux fois :
    Avoir raison sur la valeur : Il doit être capable d’analyser une entreprise avec plus de perspicacité que la moyenne pour identifier que le marché s’est trompé (par exemple, en trouvant une action sous-évaluée).
    Avoir raison sur le timing : Il faut impérativement que le reste du marché finisse par se rendre compte de son erreur et corrige le prix à la hausse, et ce, pendant que l’investisseur détient encore la position.

  2. christopher haddad dit :

    Merci de votre reponse.
    “S’en prendre correctement”, puis-je avoir plus d’informations ?

  3. christopher haddad dit :

    Bonjour Édouard,

    Depuis des mois que je suis en voyage, la bourse m’intéresse tout particulièrement.
    Investi dans les crypto currencies, je souhaite diversifier mon patrimoine dans les trackers, et je pense que vous êtes l’expert français actuel.
    Une question : lors du calcul de la rentabilité, personne n’évoque les frais de transaction. Que ce soit Boursorama ou Degiro, le tarif minimum est de 2€ par ordre.
    Cela impacte énormément le profit, quel est votre point de vue ?

    Merci déjà pour l’aide que vous avez apporté.

    Au plaisir,

    1. Bonjour Christophe, mon point de vue est que cela n’impacte pas vraiment le profit lorsque l’on s’y prend correctement