Si vous vous êtes renseigné sur les trackers, vous avez surement déjà du entendre ce mot de « smart beta ». La dénomination n’est pas particulièrement bien choisie et les définitions peuvent souvent différer. Cependant, par simplicité, nous allons utiliser le terme « smart beta » pour tous les ETF qui suivent un indice qui n’est pas pondéré en fonction de la capitalisation boursière.

Certaines personnes présentent « le smart beta » comme une façon simple et sécurisée de faire mieux que le marché. D’ailleurs, les encours des trackers smart beta ont littéralement explosé. Cependant, le « smart beta » est certes très intéressant mais il a de nombreux inconvénients : plus de risqués, plus de coûts et une plus grande complexité.


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Le smart beta est plus performant car plus risqué

Le smart beta s’appuie largement sur les travaux d’Eugene Fama, prix Nobel d’économie en 2013. Il est le père de la théorie des marchés efficients. Il a aussi démontré que les actions de petite capitalisation et les actions value avaient une meilleure performance que le reste du marché. Mais c’est au prix d’un plus grand risque. E. Fama défini le risque non pas par la volatilité, mais par le fait de mal performer au plus mauvais moment. En effet, en cas de grande crise économique vous avez des risques de perdre votre emploi ou de voir votre salaire diminuer, c’est à ce moment que vous avez besoin d’argent … et avoir des actions au plus bas est un vrai handicap. En effet, vous avez besoin de cet argent. Ce risque doit être compensé par une plus grande performance.

Fama met à disposition une somme de données impressionnante sur son site web. Avant de regarder le résultat commençons par définir ce qu’est une action dite « value ». Une action dite « value » est un entreprise mal valorisée par rapport à des critères fondamentaux tels que son bénéfice. On peut donc le mesurer par le nombre de fois que vous êtes prêt à payer les bénéfices. Par exemple, en moyenne, quand on achète l’indice monde on paye 18 fois les bénéfices. Si vous êtes prêt à payer plus cher c’est que vous pensez que les bénéfices vont augmenter. On oppose donc les actions « value » aux actions « growth » (de croissance). D’un côté vous avez les Google ou les Amazon et de l’autre côté des sociétés moins « glamour » et moins performantes donc moins bien valorisées. Vous allez le voir tout de suite, ces actions peu glamour font mieux que les actions de croissance. (Pour les puristes, une petite précision : E. Fama utilise le critère fondamental du prix divisé par la valeur des actifs et non le prix divisé par les bénéfices. C’est moins intuitif mais le résultat est à peu près identique).

Entre 1926 et 2015 (sans déduire l’inflation), les résultats sont les suivants :

  • Les entreprises de petite taille ont eu une performance de 11,7% par an contre 9,6% pour les entreprises de grande taille
  • Les entreprises « value » ont fait 12,6% par an contre 9,3% par an pour les entreprises de croissance
  • Cumuler l’effet « small » et « value » est très puissant. Les « small value » ont dépassé 15% par an par exemple. Le pire investissement étant les petites entreprises de croissance (les start-up), avec un petit 2% (et donc négatif si on retire l’inflation).

Mais attention, ces entreprises ont aussi des risques plus élevés. Par exemple, pendant la crise de 29, entre septembre 1929 et décembre 1932 :

  • Les actions de petite taille ont perdu 82% contre 73% pour les actions de grande taille
  • Les actions value ont perdu 80% contre 70% pour les actions de croissance

Cela est normal, les entreprises de petites tailles et les entreprises « value » sont plus fragiles. Par exemple, les entreprises « value » sont souvent plus endettées.

Il peut aussi y avoir des critères liés à la psychologie de l’investisseur

Cela étant, certains considèrent qu’il y a aussi des aspects psychologiques et non uniquement liés au risque.

Par exemple, les investisseurs sont plus attirés par les entreprises connues, dont ils aiment les produits. C’est effectivement beaucoup plus amusant de posséder des Amazon ou Google plutôt que des entreprises peu connues et avec des résultats financiers moyens. Mais justement le fait que tout le monde veuille ces belles entreprises fait que vous les achetez trop cher. Par ailleurs, au final il y a peu d’élues parmi les entreprises de croissance.

Il existe de nombreux autres facteurs que le small et le value. On peut citer les critères momentum, low volatility ou quality. Mais à mon sens il faut faire attention car tous ces critères ne sont pas très robustes.

MSCI a fait un tableau de synthèse des explications possibles à la surperformance de ces facteurs :

smartbeta_msci

Mais attention ces stratégies peuvent sous-performer pendant très longtemps

Il n’existe pas ce que l’on appelle de « free meal » (repas gratuit) en Finance (à part la diversification). On échange très souvent une performance contre un risque et il existe un autre risque avec les stratégies « smart beta ». Celui de sous-performer. Certains facteurs sous-performent parfois pendant plus de dix ans le marché. C’est alors extrêmement dur de rester consistant dans sa stratégie. Vous êtes encore une fois votre meilleur ennemi.

D’ailleurs, il suffit de regarder les indices MSCI World depuis 5 ans (en $ ici) :

  • World : 6,39% par an
  • World small : 6,07% par an
  • World value : 5,19%

Dans ces conditions, vous serez certainement influencé par les nombreuses personnes qui vous diront que ces effets de surperformance n’ont plus lieu d’être. Et il y a de nombreux arguments que ne peux développer ici. Cela vous influencera très certainement.

Les récentes recherches ont montré qu’il était peut être possible de réduire ce problème en ayant un portefeuille diversifié de smart beta (de risques). En effet, les facteurs sont peu corrélés et en les mixant on réduit le risque. Par exemple, l’indice MSCI Diversified Multi Factor combine les facteurs small, value, momentum et quality. Certains trackers ont été créés pour suivre ces stratégies.

Cependant, il faut tout de même faire attention car des facteurs peuvent s’annuler entre eux. A titre d’exemple, dans de nombreuses conditions, l’effet momentum annule l’effet value et vous vous retrouvez avec un portefeuille neutre … mais plus complexe et plus cher.

 C’est une stratégie qui coûte cher

Un autre point important est que les ETF qui suivent ces stratégies sont souvent plus chers :

  • Leurs frais de gestion sont plus élevés (0,43% contre 0,13% selon Morningstar)
  • Les coûts d’achat et de vente des actions sous-jacente sont plus élevés car il faut vendre et acheter en fonction de la stratégie alors que lorsque l’on suit un indice il suffit de garder les actions
  • Les spread d’achat/vente sont plus élevés car il y a moins de liquidité

Conclusion

Cet article n’est qu’un aperçu de toute la richesse du « smart beta » et des recherches académiques associées. Ce n’est pas une stratégie à recommander à tout le monde car elle comprend des risques supplémentaires ; mais surtout elle demande une compréhension fine des mécanismes. Et ils me paraissent plus complexes à appréhender que les mécanismes un indice world pondéré en fonction de la capitalisation et qui suit le marché. Il faut notamment être en capacité d’évaluer si cette surperformance va continuer ou s’effondrer.

Mais pour celui qui fait l’effort d’approfondir ce sujet, je pense qu’il y a des pistes pour faire un portefeuille financier réellement performant.