Pire année : Bourse, obligations, immobilier, or et cash

Rédigé par Édouard Petit
Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015 · Mis à jour le 01/08/2026 · Qui suis-je ?

Rédigé par

Édouard Petit

Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015

Mis à jour le 01/08/2026

Le 28 janvier 2026, l’once d’or a touché 5 595 dollars. Record absolu. Cinq mois plus tard, elle repassait sous les 4 000 dollars, signant le pire trimestre du métal jaune depuis treize ans.

L’actif présenté partout comme le refuge ultime a perdu près de 28 % en cinq mois.

Et ce n’est même pas sa pire année.

J’avais écrit une première version de cet article en 2018. Depuis, nous avons traversé le Covid, le retour de l’inflation, le pire krach obligataire de l’histoire moderne, une correction immobilière et une bulle sur l’or. Autant dire que les données méritaient une mise à jour complète.

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La question posée est simple : quelle a été la pire année, en pouvoir d’achat, pour chaque grande classe d’actifs en France depuis 1900 ? La réponse, elle, ne l’est pas. Et elle contredit à peu près tout ce que l’on croit savoir sur le risque.

L’essentiel en 30 secondes

  • Actions françaises : pire année en 2008, pas en 1929 ni pendant les guerres.
  • Obligations d’État : pire année en 1947, à cause de l’inflation. 2022 est déjà la deuxième pire depuis 1900.
  • Or : pire année en 1981 (‑45 % en pouvoir d’achat pour un Français). Sa performance réelle depuis 1900 n’est que de 1,3 % par an.
  • Immobilier parisien : ‑30 % en 1948. Et une baisse de 22 % en pouvoir d’achat entre 2020 et 2025 que presque personne n’a remarquée.
  • Ne rien faire : le pire de tous. En 1946, l’inflation française a dépassé 50 %. Sur 2022‑2025, un compte courant a perdu 12 % de pouvoir d’achat.
  • Depuis 1900, actions et obligations ont chacune perdu plus de 70 % en termes réels. Un portefeuille 60/40 n’a jamais perdu plus de 50 %.

Quelle a été la pire année pour les actions françaises ?

La réponse est 2008. Pas 1929, pas 1940, pas 1968. 2008.

Cette année-là, le CAC 40 a perdu 42,7 % hors dividendes, avec une inflation de 2,8 %. Dividendes réinvestis, la perte de pouvoir d’achat reste de l’ordre de 42 %. C’est la baisse annuelle la plus violente qu’un actionnaire français ait subie en 126 ans.

Voilà déjà une première surprise. On imagine spontanément que les pires années boursières sont celles des guerres mondiales ou de la Grande Dépression. C’est faux, et pour une raison instructive.

Dans les années trente, la pire année pour les actions françaises a été 1931, avec une chute de 33 %. Mais l’inflation, cette année-là, a été de ‑4 %. Oui, négative : les prix ont baissé. Votre argent gagnait mécaniquement du pouvoir d’achat pendant que la Bourse s’effondrait. La perte réelle a donc été nettement moins brutale qu’en 2008.

C’est le fil conducteur de tout cet article, et il faut le poser tout de suite : le risque d’un placement ne se mesure pas à sa variation de prix, mais à sa variation de pouvoir d’achat. Deux chutes de 30 % n’ont rien à voir selon que les prix montent de 50 % ou baissent de 4 % la même année.

Autre enseignement de 1931 : un portefeuille d’actions mondiales n’a que très légèrement limité la casse par rapport à un portefeuille d’actions françaises. Lors des paniques généralisées, la diversification géographique protège moins qu’on l’espère. Elle protège en revanche remarquablement bien contre le risque qu’un pays décroche durablement, ce qui est arrivé à la France, au Japon ou au Royaume-Uni à différents moments. J’ai détaillé ce point dans mon article sur le MSCI World, où l’on voit que la Bourse mondiale a été à la fois plus performante et moins volatile que la Bourse française sur dix ans.

Quelle a été la pire année pour les obligations ? (et pourquoi 2022 change tout)

La pire année obligataire française est 1947. Et sa mécanique mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est parfaitement contre-intuitive.

Cette année-là, les obligations d’État n’ont baissé que d’une dizaine de pour cent en valeur faciale. Un porteur qui regardait son relevé n’a pas eu de sueurs froides. Sauf que l’inflation a atteint près de 50 %. Résultat : une perte de pouvoir d’achat d’environ 40 %, soit presque autant que la pire année boursière, sur un placement réputé sans risque.

Longtemps, la pire baisse « visible » des obligations françaises datait de 1994 : ‑15 % en valeur nominale. Mais l’inflation n’était que de 2 %, donc l’impact réel restait supportable.

Puis 2022 est arrivée.

Le calcul que personne ne fait

En 2022, les obligations d’État de la zone euro ont perdu 18,2 %, leur pire année depuis la création de l’euro. L’inflation française a été de 5,2 %.

(1 − 0,182) ÷ (1 + 0,052) − 1 = −22,2 % de pouvoir d’achat

Autrement dit : 2022 est la deuxième pire année obligataire française depuis 1900, derrière 1947. Devant 1994, devant 1926, devant toutes les crises que vous avez en tête.

Et encore, ce chiffre concerne un indice d’obligations d’État toutes maturités confondues. Les investisseurs positionnés sur les obligations longues, celles à 15 ou 25 ans, ont pris bien davantage. À l’échelle mondiale, l’indice Bloomberg Global Aggregate a reculé de 16,3 % : sa pire année depuis sa création.

Voici l’objection sérieuse, celle que me font régulièrement des lecteurs avertis : « une obligation détenue jusqu’à l’échéance rembourse son nominal, donc cette perte est comptable, pas réelle ». C’est exact sur le plan nominal. C’est faux sur le plan qui compte.

Parce que ce qui vous est remboursé, ce sont des euros. Et si ces euros ont perdu 13 % de leur pouvoir d’achat entre-temps, la perte est bien définitive. Le vrai risque des obligations d’État n’a jamais été le défaut de paiement. C’est l’inflation. 1947 le hurlait, 2022 l’a rappelé, et l’immense majorité des épargnants ne l’a toujours pas intégré. J’ai consacré un article entier au fonctionnement de cette classe d’actifs, à lire ici si le sujet vous intéresse.

L’or protège-t-il vraiment ? Sa pire année date de 1981

Revenons à l’actualité par laquelle j’ai commencé, parce qu’elle est le meilleur cas pratique qu’on puisse rêver.

Sur 2024 et 2025, l’or a offert un spectacle exceptionnel : plus de 40 % de hausse en euros sur la seule année 2025, un record historique en janvier 2026 à 5 595 dollars l’once. Puis, en deux séances de fin janvier, une chute de près de 1 200 dollars, la plus brutale depuis 1983. Fin juin 2026, l’once repassait sous 4 000 dollars.

Ce n’est pourtant pas la pire année de l’or pour un épargnant français. Ce titre revient à 1981 : le métal a reculé de 36 % en francs, dans une année où l’inflation française frôlait 15 %. Soit une perte de 45 % de pouvoir d’achat. Étonnant, pour un actif censé protéger contre l’inflation.

Et ce n’est pas une anomalie. L’édition 2026 du Global Investment Returns Yearbook a intégré l’or à sa base de données pour la première fois, et en tire un constat que je n’ai vu relayé nulle part en français :

13 / 28
Sur les 28 années où l’inflation américaine a dépassé 3 % depuis 1900, l’or a affiché une performance négative 13 fois. Soit pratiquement une fois sur deux.
Source : UBS Global Investment Returns Yearbook 2026, Dimson, Marsh & Staunton.

Second chiffre du même rapport, tout aussi dérangeant : depuis 1900, le prix réel de l’or en dollars a été multiplié par 5,2. Cela représente une performance de 1,3 % par an net d’inflation, sur 126 ans. À comparer aux 6,6 % par an des actions américaines sur exactement la même période.

Soyons juste, car l’objection est légitime : depuis la fin de Bretton Woods en 1971, l’or a fait bien mieux, autour de 4,7 % par an en réel pour un investisseur en dollars. Le choix de la date de départ change tout, ce qui est précisément le signe d’un actif sans rendement intrinsèque : l’or ne produit ni bénéfices, ni loyers, ni coupons. Sa valeur dépend uniquement de ce que le suivant acceptera de payer.

Ma position n’a pas changé : une poche d’or de quelques pour cent peut avoir du sens dans un patrimoine diversifié, parce qu’elle se comporte différemment du reste. Mais elle ne remplace ni un fonds en euros, ni des actions, et elle ne « protège » pas mécaniquement de l’inflation. Si vous souhaitez vous y exposer proprement, je compare les véhicules disponibles dans mon guide sur les ETF et ETC or.

L’immobilier : la baisse de 22 % que presque personne n’a vue

Historiquement, la pire année de l’immobilier parisien est 1948, avec un recul d’un peu plus de 30 %. C’est beaucoup, mais c’est moins que les autres classes d’actifs sur cette période, ce qui a nourri le mythe français de la pierre-refuge.

Sauf que ce mythe vient de prendre un coup, et presque personne ne s’en est aperçu. Voici pourquoi.

Les prix des appartements parisiens ont culminé à 10 860 € le m² en novembre 2020 selon les indices Notaires-Insee. Au quatrième trimestre 2025, ils s’établissent à 9 600 € le m². Soit ‑11,6 % en euros courants. Les Notaires du Grand Paris mesurent d’ailleurs ‑10,1 % sur cinq ans glissants.

Une baisse à un chiffre, donc. Rien de dramatique en apparence. Maintenant, ajoutez l’inflation cumulée sur ces cinq années : +15 % environ (Insee, moyennes annuelles : 1,6 % en 2021, 5,2 % en 2022, 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024, 0,9 % en 2025).

Le vrai chiffre
(1 − 0,101) ÷ (1 + 0,15) − 1 ≈ −22 % de pouvoir d’achat en 5 ans

Un appartement parisien a perdu, en cinq ans, près d’un quart de sa valeur réelle. Sans krach, sans gros titres, sans panique. Simplement parce que l’inflation a fait le travail en silence.

Et ce chiffre est même flatteur, car il ignore tous les coûts de détention : taxe foncière, charges de copropriété, travaux, ravalement, mise aux normes énergétiques. Un propriétaire parisien qui aurait acheté fin 2020 et revendrait aujourd’hui aurait, dans les faits, détruit du patrimoine.

Les Notaires du Grand Paris ont chiffré ce phénomène dans une étude de janvier 2026. Pour une revente après trois ans de détention, la moins-value moyenne d’un appartement parisien atteint ‑8,9 %, soit ‑50 350 € pour une surface moyenne de 53 m². Et cela avant les frais de notaire et les commissions d’agence, qui représentent facilement 10 % de plus.

C’est ici que se niche l’erreur que je vois le plus souvent. On considère l’immobilier comme peu risqué parce qu’il n’est pas coté. Un appartement ne vous envoie pas de notification quand il perd 4 % dans le trimestre. Cette absence de cotation ne réduit pas le risque d’un iota : elle le rend simplement invisible, ce qui est très différent, et bien plus dangereux, parce qu’on ne se protège pas d’un risque qu’on ne voit pas.

Ajoutez l’effet de levier du crédit, qui amplifie les gains comme les pertes, et vous obtenez un actif structurellement plus risqué que la perception qu’en ont la plupart des Français. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut le fuir : sur dix ans, les mêmes Notaires mesurent +21,1 % sur les appartements parisiens. L’immobilier fonctionne sur des durées longues, pas sur trois ans. Si vous êtes en train d’arbitrer, mon outil Acheter ou louer vous donnera un cadre de décision chiffré.

Et la pire année pour ceux qui n’ont rien fait ?

C’est la question la plus importante de l’article, et celle que personne ne pose jamais.

La pire année pour un épargnant français ayant laissé son argent dormir est 1946, avec une inflation supérieure à 50 %. En une seule année, la moitié du pouvoir d’achat évaporée. Pire encore : l’inflation est restée autour de 50 % par an entre 1945 et 1948. Sur ces quatre années, les prix ont été multipliés par cinq.

Traduction concrète : le patrimoine de ceux qui n’avaient rien investi a été divisé par cinq. Pendant ce temps, le prix des actions françaises était à peu près multiplié par deux en valeur nominale. Elles n’ont pas protégé intégralement du désastre, mais elles ont protégé bien mieux que le matelas, mieux que les obligations (‑15 % en nominal) et mieux que l’immobilier parisien (‑50 % en nominal).

Et ce n’est pas une singularité française. En classant les 21 pays de la base Dimson-Marsh-Staunton disposant d’un historique continu, on constate que la pire année du « ne rien faire » a été de l’ordre de ‑40 % en moyenne. Dans un tiers des pays étudiés, un épargnant a perdu un tiers de son patrimoine en douze mois pour avoir simplement laissé son argent sur un compte. En Allemagne, en Autriche et en Italie, l’inflation des années vingt et trente a été si extrême que le patrimoine non investi a été purement anéanti.

« Oui, mais c’était la guerre, le monde a changé. » C’est l’objection habituelle, et elle n’est pas absurde. Voyons donc ce qui s’est passé sur les quatre dernières années, en paix, dans un pays stable.

2022‑2025 : la démonstration grandeur nature

Les quatre dernières années constituent le meilleur cas d’école que j’aie vu depuis que j’écris sur ce blog. Prenons un épargnant qui disposait de 10 000 € au 1er janvier 2022, et suivons quatre trajectoires.

PlacementPerf. cumulée 2022‑2025Inflation cumuléePouvoir d’achat10 000 € deviennent
ETF actions monde (MSCI World, €) +41,0 % +13,6 % +24,1 % 12 410 € de pouvoir d’achat
Fonds en euros moyen +10,1 % +13,6 % −3,0 % 9 700 € de pouvoir d’achat
Livret A +9,8 % +13,6 % −3,3 % 9 670 € de pouvoir d’achat
Compte courant (ne rien faire) 0 % +13,6 % −12,0 % 8 800 € de pouvoir d’achat

Méthode : MSCI World Net Return en euros (‑12,78 % en 2022, +19,60 % en 2023, +26,60 % en 2024, +6,77 % en 2025, source MSCI). Livret A : taux moyens pondérés par la durée de chaque palier (1,375 %, 2,92 %, 3,00 %, 2,16 %). Fonds en euros : rendements moyens du marché, bruts de prélèvements sociaux. Inflation : moyennes annuelles Insee (5,2 %, 4,9 %, 2,0 %, 0,9 %) chaînées. Hors fiscalité et hors frais d’enveloppe. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.

Quatre ans de pouvoir d’achat 10 000 € placés du 1ᵉʳ janvier 2022 au 31 décembre 2025, net d’inflation 0 % Actions monde (ETF) +24,1 % Fonds en euros −3,0 % Livret A −3,3 % Compte courant −12,0 % Sources : MSCI, Insee, Caisse des Dépôts, France Assureurs. Calculs Épargnant 3.0. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Regardez bien la deuxième ligne du tableau. Le fonds en euros, produit préféré des Français, a fait perdre du pouvoir d’achat sur quatre ans. Le Livret A aussi. Et pourtant, ce sont eux que l’on qualifie de « placements sans risque ».

Un détail que je tiens à souligner par honnêteté : cette période a été particulièrement favorable aux actions. Choisissez une autre fenêtre de quatre ans et le classement peut s’inverser complètement. Ce n’est pas la démonstration que les actions gagnent toujours. C’est la démonstration que l’absence de volatilité affichée n’est pas l’absence de perte.

Un mot pour les lecteurs attentifs, sur un point que je vois très mal expliqué : en 2025, le MSCI World a progressé de 6,77 % en euros… alors qu’il gagnait près de 20 % en dollars. L’écart vient intégralement du change, l’euro s’étant apprécié de plus de 13 % face au billet vert sur l’année. Détenir un ETF World, c’est détenir environ 72 % de dollars. Cela joue dans les deux sens, et cela explique bien des incompréhensions à la lecture des relevés.

Faut-il en conclure qu’il faut tout mettre en actions ?

Non. Et je veux être très clair là-dessus, parce que c’est exactement la conclusion abusive que beaucoup tirent de ce type d’article.

Le Yearbook 2026 apporte le chiffre qui, à mes yeux, clôt le débat. Depuis 1900, les actions comme les obligations ont, chacune et à plusieurs reprises, perdu plus de 70 % en termes réels. Aucune des deux classes d’actifs n’est un abri.

Mais un portefeuille mélangeant 60 % d’actions et 40 % d’obligations, lui, n’a jamais reculé de plus de 50 % sur 126 ans.

La seule protection qui a tenu 126 ans Pire perte réelle observée depuis 1900, par type de portefeuille niveau de départ −70 % et plus 100 % actions −70 % et plus 100 % obligations −50 % jamais dépassé Mélange 60 / 40 Source : UBS Global Investment Returns Yearbook 2026 (Dimson, Marsh & Staunton), données 1900‑2025.

Voici l’objection intelligente, et elle est sérieuse : « la diversification ne fonctionne plus, tout est corrélé, 2022 l’a prouvé quand actions et obligations ont baissé ensemble ».

Le constat est exact. Le Yearbook 2026 le confirme d’ailleurs noir sur blanc : la concentration du marché américain n’a jamais été aussi élevée depuis au moins cent ans, et les corrélations entre actions et obligations, comme entre marchés développés et émergents, ont augmenté. La diversification est devenue plus difficile.

Mais la conclusion qu’on en tire est erronée, pour deux raisons.

Premièrement, plus difficile ne veut pas dire inutile. Les mêmes chercheurs mesurent que sur la quasi-totalité des 32 marchés étudiés, investir mondialement plutôt que dans son seul pays a amélioré le rapport rendement/risque, sur la période 1974‑2025. Et le chiffre du graphique ci-dessus n’a pas bougé : le mélange 60/40 a toujours réduit la perte maximale.

Deuxièmement, et c’est le point décisif, la corrélation entre actions et obligations n’est pas le seul mécanisme protecteur pour un épargnant français. Le fonds en euros a une propriété que n’a aucune obligation cotée : il ne peut pas baisser. C’est l’effet cliquet. En 2022, les porteurs d’obligations ont pris ‑18 % quand les porteurs de fonds en euros encaissaient +1,9 %. C’est exactement pour cela que je continue de défendre le fonds en euros dans la poche peu risquée d’un portefeuille lazy, malgré son rendement modeste. Il n’est pas là pour performer. Il est là pour ne pas vous obliger à vendre vos actions au pire moment.

ETF : les trois erreurs qui vous coûtent vraiment cher

Ce que ça change concrètement pour votre épargne en 2026

Passons du siècle à votre relevé bancaire.

1. Votre poche de sécurité rapporte enfin un peu plus que l’inflation

Le Livret A est passé à 1,7 % au 1er août 2026, après 1,5 % depuis février. Avec une inflation autour de 1 %, le rendement réel redevient légèrement positif, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps.

Les fonds en euros ont servi 2,65 % en moyenne au titre de 2025, leur meilleur niveau depuis 2014, avec des projections autour de 2,9 % pour 2026. Mais la moyenne cache tout : certains contrats ont servi moins de 2 %, d’autres plus de 4 %. Sur un même produit prétendument identique, l’écart est du simple au double, et il ne dépend que du contrat que vous avez signé. C’est le sujet de mon comparatif des meilleures assurances vie, que je remets à jour chaque année.

2. Le seul chiffre qui compte reste votre coût total annuel

Vous ne contrôlez ni l’inflation, ni les marchés, ni les taux. Vous contrôlez à 100 % ce que vous payez. Voici les ordres de grandeur, frais d’enveloppe et frais de fonds additionnés, pour une exposition aux actions mondiales.

SolutionFrais de l’enveloppeFrais du supportCoût total annuel
PEA + ETF World (WPEA ou DCAM) 0 % (hors courtage) 0,20 % 0,20 %
Compte-titres + ETF World (SWRD, MWRD) 0 % (hors courtage) 0,12 % 0,12 %
Assurance vie en ligne + ETF World 0,50 % 0,20 à 0,25 % 0,70 à 0,75 %
Assurance vie bancaire + fonds actif maison 0,90 à 1,00 % 1,50 à 2,00 % 2,40 à 3,00 %

Données émetteurs et contrats, à jour d’août 2026. Le compte-titres est soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, là où le PEA exonère d’impôt sur le revenu après 5 ans (prélèvements sociaux de 17,2 % dus dans tous les cas). L’enveloppe prime toujours sur le produit.

Prenez une minute pour regarder la dernière ligne. Sur une hypothèse de 7 % de rendement brut, payer 3 % par an revient à céder plus de 40 % de votre performance à des intermédiaires. Chaque année. Sur trente ans, ce n’est pas un détail : c’est la différence entre financer les études de vos enfants et ne pas pouvoir le faire. Si vous démarrez, mon comparatif des meilleurs PEA vous évitera les pièges les plus coûteux.

3. Calibrez votre exposition sur ce que vous pouvez encaisser, pas sur ce que vous espérez gagner

Tout cet article dit une chose : les pertes de 40 à 50 % arrivent, sur toutes les classes d’actifs, y compris celles qu’on croit sûres. La bonne question n’est donc jamais « combien puis-je gagner ? » mais « quelle baisse suis-je capable de traverser sans vendre ? ».

C’est ici que l’investissement programmé prend tout son sens. On le présente souvent comme une technique d’optimisation, et les études montrent d’ailleurs qu’investir en une fois bat l’investissement étalé environ deux fois sur trois. Ce n’est pas le sujet. Le DCA, c’est-à-dire le versement automatique d’une même somme à intervalle régulier, n’est pas une stratégie mathématique : c’est une stratégie comportementale. Son mérite est de vous garder investi. Un plan théoriquement optimal qui vous fait paniquer et vendre au plus bas est infiniment pire qu’un plan imparfait que vous tenez vingt ans. J’ai développé cette mécanique dans mon article sur l’investissement programmé face aux krachs.

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Le récapitulatif : la pire année de chaque placement

PlacementPire annéeCe qui s’est passéLa leçon
Actions françaises 2008 ‑42,7 % (CAC 40), inflation +2,8 % La chute est brutale mais visible, et historiquement récupérée
Obligations d’État 1947 (puis 2022) ‑10 % nominal, inflation ~50 % → ‑40 % réel Le vrai risque obligataire est l’inflation, pas le défaut
Or 1981 ‑36 % en francs, inflation ~15 % → ‑45 % réel Un « refuge » peut chuter très fort, y compris quand l’inflation monte
Immobilier parisien 1948 Un peu plus de ‑30 % sur l’année L’absence de cotation masque le risque, elle ne le supprime pas
Ne rien faire 1946 Inflation supérieure à 50 % en une seule année Le placement « sans risque » est le seul à perdre à coup sûr

Données pour un épargnant français, en monnaie locale (franc puis euro), nettes d’inflation, depuis 1900. Sources : base Dimson, Marsh & Staunton (UBS Global Investment Returns Yearbook), Insee, Euronext. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.

On peut évidemment objecter que le monde a changé, qu’il est plus sûr aujourd’hui qu’il ne l’était dans la première moitié du siècle dernier. C’est probablement vrai. Mais préserver un patrimoine, ce n’est pas gérer le scénario médian : c’est gérer les événements rares et extrêmes. Et sur ce terrain, l’histoire est le seul laboratoire dont nous disposons.

Conclusion pour l’Épargnant 3.0

Retenez trois choses de cet article.

Le risque n’est pas la volatilité, c’est la perte de pouvoir d’achat. Un actif qui ne bouge pas mais qui rend 1 % quand l’inflation fait 5 % vous appauvrit avec une régularité de métronome. Un actif qui plonge de 40 % puis remonte ne vous a rien coûté si vous n’avez pas vendu.

Aucune classe d’actifs n’est un refuge. Actions, obligations, or, immobilier : toutes ont connu des années catastrophiques. Ce qui a tenu depuis 1900, ce n’est jamais un actif, c’est un mélange.

Ne rien faire est la seule stratégie qui perd à tous les coups. Elle n’a pas de pire année identifiable : elle a 126 années de mauvaises années.

Voici ce que je ferais cette semaine, dans cet ordre :

  1. Calculez ce que dort réellement sur vos comptes. Additionnez compte courant et livrets, et retranchez ce qui correspond à 3 à 6 mois de dépenses. Le surplus vous coûte de l’argent chaque jour.
  2. Vérifiez votre coût total annuel : frais d’enveloppe + frais de fonds. Au-delà de 1 % par an, vous payez trop cher, et c’est la seule variable que vous maîtrisez totalement.
  3. Fixez votre part d’actions en fonction de la baisse que vous pouvez encaisser, pas de la performance que vous espérez. Une perte temporaire de 50 % doit rester supportable.
  4. Mettez en place un versement automatique et cessez de regarder. C’est le comportement, bien plus que la sélection de produits, qui déterminera votre résultat.

Si vous voulez aller plus loin sur la construction d’une allocation qui résiste aux mauvaises années, je détaille la méthode complète dans la formation Épargnant 3.0.

La Bourse n’est pas une fin en soi, et la préservation du patrimoine encore moins. Ce sont des outils au service de vos projets : un logement, les études des enfants, une retraite plus sereine, la liberté de choisir. Comprendre le risque, ce n’est pas apprendre à avoir peur. C’est arrêter d’avoir peur de la mauvaise chose.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste !

À propos de l’auteur

Édouard Petit

Édouard Petit

Créateur d’Épargnant 3.0 · Professeur de finance à l’ESCP · Auteur

Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.

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Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

Édouard Petit

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8 commentaires

  1. Bonjour

    J ai lu épargnant 3.0 j’ai bien compris que il faut investir dans des etf world de façon répétitive et avec rigueur sur un pea

    Il faut coupler cela a une assurance vie voir 2 avec de fond sécurisé

    Connaissez vous un etf qui suit le wti indice barril de brent ? je n’ai rien trouvé sauf 1 etf mais avec peu de liquidité

    Votre dernier livre donne t il plus d information sur les différent etf possible?

    Merci encore pour vos analyses

    Bien cdt chris

  2. Bonjour juste une question simpliste Imaginons que dans 30 ans , le modèle classique de l’entreprise au sens capitalistique ait disparu au profit d’une autre forme d’outils productif (coopératives, free-lance.). Que devient la valeur du trackers action sur lequel vous avez accumulé toute votre vie si les entreprises sont remplacées par d’autres structures ? je ne peux pas imaginer le modèle capitalistique actuel croître à l’infini avec des ressources naturelle qui sont finies. Le modèle économique sera forcément revu à un moment ne serais ce que pour préserver la planète. Avec un trackers action, on achète un modèle capitaliste et on parie qu’il survivra à tout donc qu’il remontera toujours in fine.. mais en sommes nous vraiment sur ?

    1. Bonjour,
      Je n’ai pas de boule de cristal, mais cela me paraît peu probable, surtout à 30 ans. Les entreprises existent depuis de centaines d’années. Elles changeront certainement de forme ou de modèle.
      Mais c’est vrai que les bourses de la Russie ou de la Chine ne se sont pas très bien comportées lors du passage au communisme, qui a signé l’arrêt du capitalisme. Mais les populations non plus il me semble. On aurait certainement bien d’autres problèmes. D’ailleurs, quelle classe d’actif a bien résisté à ce moment ?
      Il faudrait vraiment savoir quel modèle émergerait pour imaginer l’impact.

  3. article vraiment interessant,je serais curieux de voir ce qu”auraient donné certaines allocations d’actifs type Yale,Permanent portfolio,all weather…sur une periode aussi longue.

  4. Bonjour Monsieur Petit,

    Merci de cet article.
    Vous aviez approuvé le choix de mon allocation ci-dessous au sein d’un PEA. Mais en cas de crise justement (apparemment, pour beaucoup, tous les indicateurs sont au rouge), quel type d’arbitrage feriez-vous pour limiter la casse avant la grande dégringolade?

    Peut-on par exemple, au sein du PEA, vendre ses avoirs, conserver le cash dans l’enveloppe du PEA sans en perdre les bénéfices fiscaux, et racheter ses trackers lorsque leur cours sont au plus bas ?

    40% EUROPE : VAN FTSE EU ETF EUR – ISIN IE00B945VV12

    30% LARGE CAPS US : AMUNDI ETF SP 500 – FR0010892224 500.00

    10% SMALL CAPS US : AMUNDI RUSSEL 2K (FR0011636190 RS2K)

    10% JAPON : AMUNDI TOPIX EUR

    10% EMERGEANTS : AMUNDI ETF MSCI EM (FR0010959676 AEEM)

    Je vous remercie d’avance pour votre réponse

    Benoit

  5. Vous avez un talent certain pour présenter le risque sous différents points de vue variés et éclairants.
    Je suis en train d’augmenter très progressivement mon pourcentage d’actions et après chacun de vos billets je me dis que je pourrais le faire plus rapidement.
    Mais avec les valorisations actuelles, cela reste quand même effrayant d’augmenter significativement sa part d’actions.

    1. Merci, je trouve le sujet du risque éminemment intéressant ; et même aux Etats-Unis je n’ai pas trouvé de livre qui parle correctement de ce sujet. J’adorerais écrire un livre uniquement sur le risque, mais je crois que j’aurais un lectorat vraiment restreint. Pourtant c’est un sujet primordial …