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QUELLE A ÉTÉ LA PIRE ANNÉE POUR LES ACTIONS, LES OBLIGATIONS, L’IMMOBILIER, L’OR … ET NE RIEN FAIRE ?

Lorsque l’on regarde les données sur le long terme, on est souvent assez surpris, que ce soit sur la performance ou sur le risque. Par exemple, il est assez difficile de croire que l’immobilier a eu une performance quasi nulle sur le long terme (nette d’inflation et de loyer) dans la plupart des pays. Dans cet article, je me focalise sur le risque. Il existe de nombreux indicateurs de risques. Ici, j’ai choisi la pire année. Évidemment, la classe d’actif analysée peut remonter en flèche ou encore baisser les années suivantes. Cependant, beaucoup d’épargnants raisonnent par année. Cet exercice me semble donc intéressant, même s’il ne raconte pas toute l’histoire.

Voilà les résultats, pour un investisseur français, en monnaie locale (franc puis euro), net d’inflation, depuis 1900 :

La pire année boursière a eu lieu en 2008, et non suite à la crise de 29 ou pendant les guerres. Dans les années trente la pire année pour les actions françaises a été 1931. La bourse a baissé de 33%, mais l’inflation a été de -4% (oui une inflation négative, les prix ont baissé). On remarquera aussi, qu’un portefeuille d’actions mondiales a, cette année-là (contrairement à d’autres nombreuses années) qu’assez légèrement limité la casse par rapport à un portefeuille d’actions uniquement françaises.

La pire année pour les obligations a été 1947. La chute a été même plus forte que la pire chute pour les actions. Cette année-là les obligations n’ont baissé qu’une dizaine de pour cent, cependant l’inflation a été de pratiquement 50%. La pire baisse sans prendre en compte l’inflation s’est passée en 1994. Les obligations ont baissé de près de 15% en valeur nominale, mais étant donné que l’inflation était de 2% l’impact en pouvoir d’achat a été vraiment moins élevé qu’en 1947. L’inflation peut vraiment ravager la valeur des obligations.

Laisser son argent dormir est aussi (très) risqué, comme je l’ai montré dans cet article. En 1946, l’inflation a été de plus de 50%. Pire, l’inflation a été autour de 50% par an entre 1945 et 1948. Pendant, cette période les obligations ont baissé de 15% (brut d’inflation), l’immobilier parisien pas loin de 50% (brut d’inflation), le prix des actions a pratiquement été multiplié par deux (brut d’inflation) et l’inflation a multiplié les prix par cinq. Votre patrimoine a été divisé par cinq si vous n’avez rien fait !

L’immobilier parisien a chuté d’un peu plus de 30% en 1948. C’est beaucoup, mais moins que les autres classes d’actifs. Mais comme nous l’avons vu dans le paragraphe précédent, les actions ont mieux protégé votre patrimoine si l’on regarde de 1945 et à 1948.

L’or est un sujet particulier, car coté en dollar. L’or est censé protéger contre les guerres, mais c’est aussi pendant ces périodes là où les taux de changes varient grandement et où le marché noir est très présent (sur le marché des changes et celui de l’or). Par exemple, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le cours de l’or en dollar était fixe, cependant le franc a largement chuté face au dollar. Les données sont assez divergentes entre les sources, mais, hors marché noir, il semble que les chutes pendant la Deuxième Guerre mondiale et l’après-guerre aient largement dépassé 50%. On notera aussi que l’or a baissé en 1981 de pratiquement un tiers en dollars, de 36% en francs et que l’inflation était de pratiquement 15%. Cela aboutit tout de même à une baisse de 45% en pouvoir d’achat. Étonnant pour un actif qui est censé être protecteur non ?

Nous venons de voir que les actions n’avaient pas été plus risquées que les obligations si on regardait la pire année … en France. Mais qu’en est-il dans les autres pays ? J’ai pris les données du Crédit Suisse Global Investment Yearbook de Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton de la London Business School. J’ai classé les pays en fonction du rapport entre la pire baisse pour les actions et pour les obligations.

Par exemple, au Royaume-Uni (le quatrième pays à partir de la gauche), les actions ont baissé de plus de 50% sur une année calendaire alors que les obligations n’ont baissé « que » de 30%.

On remarquera que dans un nombre de pays non nul (les huit pays sur la droite du graphique) les pertes d’un investissement en obligations sont équivalentes ou (largement) supérieures aux pertes dues aux actions. L’inflation a été pratiquement infinie dans les années trente en Allemagne, Autriche et Italie. Cela a été très problématique pour ceux qui n’ont rien investi, mais aussi ceux qui ont investi en obligations.

On pourra aussi noter que ne rien faire aura coûté beaucoup d’argent dans de nombreux pays. La pire année moyenne a tout de même été de 40%. Dans un tiers des pays analysés, un épargnant aura perdu le tiers de son patrimoine en un an s’il n’a pas investi son argent. Les années terribles pour les comptes courants ou les obligations ont souvent été concentrées autour des guerres mondiales.

On peut toujours argumenter que le monde a changé. On pourra considérer que le monde est plus sûr que pendant la première moitié du siècle dernier. Cela étant, chercher à préserver son patrimoine, c’est gérer les risques et les événements extrêmes et rares. L’histoire est de ce point de vue là riche d’enseignements. Laisser dormir son argent ou investir uniquement dans ce que l’on appelle communément les actifs peu risqués, n’a pas toujours été une bonne stratégie pour préserver son patrimoine. C’est très vrai sur le long terme et parfois vrai sur le court terme.

 

 

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8 Comments

  1. Bonjour

    J ai lu épargnant 3.0 j’ai bien compris que il faut investir dans des etf world de façon répétitive et avec rigueur sur un pea

    Il faut coupler cela a une assurance vie voir 2 avec de fond sécurisé

    Connaissez vous un etf qui suit le wti indice barril de brent ? je n’ai rien trouvé sauf 1 etf mais avec peu de liquidité

    Votre dernier livre donne t il plus d information sur les différent etf possible?

    Merci encore pour vos analyses

    Bien cdt chris

  2. Bonjour juste une question simpliste Imaginons que dans 30 ans , le modèle classique de l’entreprise au sens capitalistique ait disparu au profit d’une autre forme d’outils productif (coopératives, free-lance.). Que devient la valeur du trackers action sur lequel vous avez accumulé toute votre vie si les entreprises sont remplacées par d’autres structures ? je ne peux pas imaginer le modèle capitalistique actuel croître à l’infini avec des ressources naturelle qui sont finies. Le modèle économique sera forcément revu à un moment ne serais ce que pour préserver la planète. Avec un trackers action, on achète un modèle capitaliste et on parie qu’il survivra à tout donc qu’il remontera toujours in fine.. mais en sommes nous vraiment sur ?

    1. Bonjour,
      Je n’ai pas de boule de cristal, mais cela me paraît peu probable, surtout à 30 ans. Les entreprises existent depuis de centaines d’années. Elles changeront certainement de forme ou de modèle.
      Mais c’est vrai que les bourses de la Russie ou de la Chine ne se sont pas très bien comportées lors du passage au communisme, qui a signé l’arrêt du capitalisme. Mais les populations non plus il me semble. On aurait certainement bien d’autres problèmes. D’ailleurs, quelle classe d’actif a bien résisté à ce moment ?
      Il faudrait vraiment savoir quel modèle émergerait pour imaginer l’impact.

  3. article vraiment interessant,je serais curieux de voir ce qu »auraient donné certaines allocations d’actifs type Yale,Permanent portfolio,all weather…sur une periode aussi longue.

  4. benoit pauc dit :

    Bonjour Monsieur Petit,

    Merci de cet article.
    Vous aviez approuvé le choix de mon allocation ci-dessous au sein d’un PEA. Mais en cas de crise justement (apparemment, pour beaucoup, tous les indicateurs sont au rouge), quel type d’arbitrage feriez-vous pour limiter la casse avant la grande dégringolade?

    Peut-on par exemple, au sein du PEA, vendre ses avoirs, conserver le cash dans l’enveloppe du PEA sans en perdre les bénéfices fiscaux, et racheter ses trackers lorsque leur cours sont au plus bas ?

    40% EUROPE : VAN FTSE EU ETF EUR – ISIN IE00B945VV12

    30% LARGE CAPS US : AMUNDI ETF SP 500 – FR0010892224 500.00

    10% SMALL CAPS US : AMUNDI RUSSEL 2K (FR0011636190 RS2K)

    10% JAPON : AMUNDI TOPIX EUR

    10% EMERGEANTS : AMUNDI ETF MSCI EM (FR0010959676 AEEM)

    Je vous remercie d’avance pour votre réponse

    Benoit

  5. Vous avez un talent certain pour présenter le risque sous différents points de vue variés et éclairants.
    Je suis en train d’augmenter très progressivement mon pourcentage d’actions et après chacun de vos billets je me dis que je pourrais le faire plus rapidement.
    Mais avec les valorisations actuelles, cela reste quand même effrayant d’augmenter significativement sa part d’actions.

    1. Merci, je trouve le sujet du risque éminemment intéressant ; et même aux Etats-Unis je n’ai pas trouvé de livre qui parle correctement de ce sujet. J’adorerais écrire un livre uniquement sur le risque, mais je crois que j’aurais un lectorat vraiment restreint. Pourtant c’est un sujet primordial …

  6. misteronline dit :

    Encore une fois un article de blog passionnant. Bravo !