Combien allez-vous toucher à la retraite ? Le calcul pour un salarié du privé
Rédigé par Édouard Petit
Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015 · Mis à jour le 01/08/2026 · Qui suis-je ?
Mis à jour le 01/08/2026
Calculer l’ordre de grandeur de votre future pension avec les paramètres 2026, base et complémentaire comprises. Puis mesurer l’écart entre cette pension et votre dernier salaire, le seul chiffre qui décide de votre effort d’épargne.
Vous ne toucherez pas une pension, mais deux.
Un salarié du privé relève de deux régimes obligatoires. L’Assurance retraite verse la retraite de base, l’Agirc-Arrco verse la complémentaire. Les deux se liquident au même moment, mais elles ne calculent pas du tout la même chose, et c’est cette différence qui explique presque tout le reste.
La retraite de base : un pourcentage, plafonné
La formule tient en une ligne : salaire annuel moyen × taux × (trimestres acquis ÷ durée requise).
Le salaire annuel moyen est la moyenne de vos 25 meilleures années, chacune retenue dans la limite du plafond de la Sécurité sociale de son année, puis revalorisée. Le taux plafonne à 50 %, atteint quand vous avez la durée requise ou quand vous atteignez 67 ans. Chaque trimestre manquant retire 0,625 point de taux, dans la limite de 20 trimestres, soit un plancher à 37,5 %. Chaque trimestre travaillé au-delà du taux plein ajoute 1,25 % de pension.
La complémentaire : un compte de points
Chaque année, vous achetez des points : (salaire sous le plafond × 6,20 % + fraction au-dessus × 17 %) ÷ prix d’achat du point. À la liquidation, votre pension annuelle brute est simplement le total de vos points multiplié par la valeur de service.
Une subtilité vaut la peine d’être connue : le taux réellement prélevé sur votre bulletin de paie est de 7,87 % et 21,59 %, taux d’appel de 127 % compris. Ces 27 % supplémentaires financent l’équilibre du régime et ne créent aucun droit. Vous cotisez sur 7,87 %, vous accumulez sur 6,20 %.
Six paramètres suffisent à faire le calcul cette année.
- Plafond de la Sécurité sociale : 48 060 € par an. C’est la part de votre salaire que la retraite de base accepte de regarder.
- Retraite de base maximale : 2 002,50 € brut par mois. Le plafond du régime général, quel que soit votre salaire.
- Valeur de service du point : 1,4386 €. Elle convertit vos points en pension annuelle brute, et elle est gelée depuis novembre 2024.
- Prix d’achat du point : 20,1877 €. Il convertit vos cotisations en points, et il monte chaque année.
- Taux de calcul des points : 6,20 % puis 17 %. La part du salaire qui crée des droits, sous puis au-dessus du plafond.
- Durée requise, génération 1969 et après : 172 trimestres. Le taux plein sans décote, à partir de 64 ans.
Le plafond est fixé par l’arrêté du 22 décembre 2025. Les valeurs du point viennent de la circulaire Agirc-Arrco 2025-15-DT du 23 octobre 2025 et s’appliquent jusqu’au 31 octobre 2026.
Le plafond décide de votre taux de remplacement.
Chaque année de salaire n’est retenue dans le calcul de la base qu’à hauteur du plafond de la Sécurité sociale. En 2026, 48 060 €. La retraite de base ne peut donc pas dépasser 24 030 € par an, soit 2 002,50 € brut par mois, que vous ayez gagné 50 000 € ou 250 000 € en fin de carrière.
Au-dessus du plafond, il ne reste que la complémentaire. Vous y cotisez à un taux plus élevé, mais sur un régime dont le rendement a été volontairement réduit depuis 2019 et dont la valeur du point est aujourd’hui gelée.
S’y ajoute une érosion plus discrète : les salaires portés à votre compte sont revalorisés sur les prix, pas sur les salaires. Sur quarante ans de carrière, la moyenne de vos 25 meilleures années décroche donc mécaniquement de votre dernier salaire. Le Conseil d’orientation des retraites en fait l’une des causes principales de la baisse des taux de remplacement au fil des générations, dans son rapport annuel de juin 2026.
Le résultat se mesure. Pour la génération 1964, à carrière complète et au taux plein, le COR obtient 75,2 % du dernier salaire net pour un non-cadre et 51,9 % pour un cadre. Même durée cotisée, même régime, 23 points d’écart.
Le calcul complet, sur un salaire de 45 000 €.
Prenons un salarié à 45 000 € brut par an, en euros d’aujourd’hui, sur 43 ans de carrière, avec un départ au taux plein et les paramètres 2026 figés. Son salaire reste sous le plafond : toute sa rémunération compte dans les deux régimes.
- Base : 45 000 € × 50 % = 22 500 € par an, soit 1 875 € brut par mois.
- Points acquis : 45 000 € × 6,20 % = 2 790 € de cotisation génératrice de droits, divisés par 20,1877 €, soit 138 points par an et 5 940 points sur la carrière.
- Complémentaire : 5 940 × 1,4386 € = 8 550 € par an, soit 710 € brut par mois.
- Total : environ 2 585 € brut par mois, pour un salaire de 3 750 € brut. Soit 69 %.
Ce 69 % est trop beau, et je préfère le dire tout de suite plutôt que de vous laisser le découvrir dans quinze ans. Il suppose un salaire constant en euros constants sur 43 ans. Une carrière réelle progresse, et le taux de remplacement se mesure sur le dernier salaire, pas sur la moyenne de la carrière. C’est exactement l’erreur que je vois le plus souvent, et que j’ai faite moi-même sur mes premiers calculs : appliquer 50 % à son salaire actuel. Les chiffres du COR cités plus haut, eux, intègrent cette progression, et c’est pourquoi ils sont plus bas.
Refaire ce calcul avec vos propres chiffres prend deux minutes, et c’est le seul moyen de savoir de quel côté de l’écart vous êtes.
Du brut au net, puis l’écart qui reste.
Une pension n’est pas prélevée comme un salaire, et c’est la bonne nouvelle du dossier. Selon votre revenu fiscal de référence, les prélèvements sociaux vont de 0 % à 9,1 % (CSG 8,3 %, CRDS 0,5 %, CASA 0,3 %), auxquels s’ajoute une cotisation maladie de 1 % sur la seule retraite complémentaire pour les taux de CSG médian et normal. Un actif, lui, laisse plus de 20 % de son brut.
Sur notre exemple, au taux le plus élevé, 2 585 € brut deviennent environ 2 340 € net avant impôt. Côté impôt sur le revenu, les pensions restent imposables, avec un abattement de 10 % plafonné à 4 439 € pour l’ensemble du foyer fiscal sur les revenus 2025. Ce plafond est atteint dès 44 390 € de pensions annuelles dans le foyer : au-delà, l’abattement n’augmente plus.
Reste à faire la soustraction qui compte. En retenant 22 % de cotisations salariales, ordre de grandeur usuel, notre salarié touchait environ 2 900 € net par mois. Il en percevra 2 340. Il manque 560 € par mois. Sur une retraite de vingt-cinq ans, hors rendement et hors inflation, cela représente de l’ordre de 170 000 € en euros d’aujourd’hui.
C’est ce montant qui dimensionne un plan d’épargne, jamais le pourcentage. Un taux de remplacement ne se place pas sur un compte.
Il existe trois façons de combler cet écart : le PER, qui déduit vos versements aujourd’hui pour les imposer plus tard, l’assurance vie, et les enveloppes de long terme comme le PEA. Le choix de chacune compte moins que l’ordre dans lequel vous les remplissez, et que le coût total que vous acceptez de payer : frais du contrat, frais des supports, fiscalité à la sortie. Un point de frais annuel sur trente ans efface une part considérable de l’effort.
Vous savez maintenant combien il vous manquera. La question suivante, celle de la méthode pour le combler sans y passer vos soirées, est le sujet de la Masterclasse gratuite.
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Les questions qu’on me pose le plus souvent.
La suspension de la réforme des retraites change-t-elle ma date de départ ?
Seulement si vous êtes né entre 1964 et 1968. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 gèle le calendrier pour les pensions prenant effet à compter du 1ᵉʳ septembre 2026 : l’âge légal se situe alors entre 62 ans et 9 mois et 63 ans et 9 mois selon votre année de naissance, et les générations 1964 et début 1965 ont un à deux trimestres de moins à valider. Pour les générations nées à partir de 1969, rien ne change : 64 ans et 172 trimestres. Le détail par génération est publié par Service Public.
Que se passe-t-il si je pars sans tous mes trimestres ?
Vous subissez une double peine, et beaucoup ne voient que la première. Le taux baisse de 0,625 point par trimestre manquant, et le résultat est ensuite proratisé par le rapport entre vos trimestres et la durée requise. La complémentaire applique de son côté un coefficient de minoration définitif. Attendre 67 ans annule la décote quel que soit votre nombre de trimestres, mais pas la proratisation.
Le malus de 10 % sur la complémentaire existe-t-il encore ?
Non. Le coefficient de solidarité, qui minorait la retraite Agirc-Arrco de 10 % pendant trois ans si vous ne décaliez pas votre départ d’un an, a été supprimé pour toutes les retraites complémentaires prenant effet à compter du 1ᵉʳ décembre 2023. Les simulations et les articles antérieurs à cette date en tiennent encore compte, et sous-estiment donc votre pension.
Mon relevé de carrière peut-il être faux ?
Régulièrement, et presque toujours sur les mêmes points : les débuts de carrière, les jobs d’été, les périodes de chômage, l’apprentissage, les employeurs disparus. Le relevé consolidé est accessible sur info-retraite.fr, qui agrège tous vos régimes et propose une estimation. Un trimestre manquant repéré à 45 ans se corrige avec les bulletins de paie ; à 63 ans, il coûte 0,625 point de taux.
Ce que ce calcul devrait changer pour vous.
Le système français reste solide sur le premier tiers d’un revenu et devient progressivement inopérant au-dessus du plafond. Plus vous gagnez, plus l’écart à combler est grand, et plus vous avez de temps devant vous pour le faire. C’est la seule bonne nouvelle du dossier, et elle est considérable si vous avez quarante ans.
Faites ce calcul en couple, une fois, avec les deux relevés de carrière posés sur la table. Vous obtiendrez un chiffre en euros par mois. Reste alors la vraie question, celle à laquelle un article ne peut pas répondre à votre place : combien devez-vous mettre de côté chaque mois, et dans quel ordre.
À propos de l’auteur

Édouard Petit
Créateur d’Épargnant 3.0 · Professeur de finance à l’ESCP · Auteur
Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.
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Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

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