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EST-CE LA FIN DES FONDS EN EUROS ? Réaction à l’annonce de Generali et Allianz

Les assureurs Generali et Allianz ont récemment dit qu’ils allaient inciter les épargnants à ne plus utiliser les fonds en euros. Est-ce vraiment la fin des fonds en euros ? La fin de l’assurance vie ?

Les annonces de ces grands assureurs ont vraiment marqué les esprits. J’ai même été (rapidement) interviewé sur le Journal de France 3 à ce sujet. Sur la photo, vous pouvez voir votre serviteur en haut à droite. J’ai même réussi à avoir le logo de la communauté en gros plan.

Epargnant 3.0 sur France 3

Je partage avec vous ici, la version longue des réponses que j’avais préparées.

Qu’est-ce qu’un fonds en euros ? Et quelle est la différence avec les unités de compte ?

L’assurance vie est un contenant permettant d’épargner

Il faut déjà bien comprendre que contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, fonds en euros et assurance vie ne sont pas synonymes. L’assurance vie est une enveloppe fiscale, c’est aussi une assurance, mais avec des caractéristiques proches d’un produit d’épargne. Comme c’est une enveloppe, un contenant, on peut y mettre plein de choses. On peut y mettre en l’occurrence des fonds en euros et des unités de compte.

Les fonds en euros sont une anomalie française

Les fonds en euros n’existent nulle part ailleurs. A vous de voir, si c’est le résultat du génie français ou non …

Les fonds en euros sont des fonds qui ne peuvent pas baisser. Ils sont sécurisés. Mais attention à deux subtilités, qui sont finalement assez importantes (pourtant je ne sais pas pourquoi, j’ai l’impression que pratiquement personne n’en parle) :

  1. Les fonds en euros peuvent avoir une performance inférieure à l’inflation. On peut donc perdre du pouvoir d’achat lorsque l’on investit en fonds en euros. Par exemple, cela a été le cas pour la plupart des fonds en euros l’année dernière. Cependant, cela a été bien pire pour le Livret A …
  2. Certains fonds en euros ne peuvent pas baisser avant la prise en compte des frais, et non après la prise en compte des frais. Cela veut dire que si, par exemple, un fonds en euros a des frais de 0,8% par an, il peut avoir une performance de -0,8% sur un an, avant prise en compte de l’inflation. Avec une inflation “classique” à 2% par an, ça fait tout de même -2,8% !

Comme vous le voyez, les fonds en euros ne sont pas la formule magique pour préserver le pouvoir d’achat de son patrimoine.

Les fonds en euros contiennent la plupart du temps beaucoup d’emprunts d’état, notamment français. Vous avez dû voir dans la presse que l’on est en période de taux négatif. En ce moment vous prêtez à la France pour -0,3% par an !

Alors comment font les assureurs pour distribuer plus que les taux d’emprunt négatifs ?

Nous n’allons pas rentrer dans le détail ici. Mais ils ont au moins deux leviers :

  1. Ils investissent dans des actifs financiers plus risqués que les obligations d’État : obligations d’entreprise, et même actions ou immobilier.
  2. Ils ont des stocks de plus-values qu’ils n’ont pas redistribuées aux épargnants et qu’ils distribuent au compte goutte.

Les Unités de Compte c’est tout simplement tout ce qui peut baisser

Les Unités de Compte, c’est finalement beaucoup plus simple à comprendre que les fonds en euros. C’est tout ce qui peut baisser. Ça peut être des fonds actions, des fonds d’obligations, des actions en direct, de l’immobilier, et bien d’autres choses.

Naturellement, c’est plus risqué que les fonds en euros … mais c’est aussi censé être plus rémunérateur sur le long terme.

J’ai écrit un article spécifique sur les Unités de Compte ici.

Qu’ont dit Generali et Allianz ?

Generali veut limiter l’accès aux fonds en euros

Generali a dit surtout les choses suivantes dans cet article des Échos :

  • Ils vont faire des stocks de plus-value pendant les bonnes années pour pouvoir redistribuer l’argent plus progressivement. (Je vous explique en détail dans quelques lignes cette histoire de stocks de plus-value)
  • Ils vont baisser la rentabilité des fonds en euros.
  • Ils vont mettre des barrières à l’entrée, on ne pourra pas mettre 100% en fonds en euros.
  • Ils vont peut-être mettre des frais d’entrée, ce qui n’était pas la règle jusque-là.
  • Si les épargnants veulent plus de performance, il faut prendre plus de risque. Ils peuvent se tourner vers les Unités de Compte et/ou les fonds eurocroissance.

« Le modèle de la sécurité absolue, de la liquidité permanente, de la garantie totale et à tout instant du capital, qui est finalement une réplication du modèle du Livret A, est à bout de souffle. Le monde du fonds euros roi est terminé ! »

Generali

Allianz veut introduire des bonus de fidélité

Allianz a été interviewé sur ce sujet encore une fois par Les Échos. L’assureur allemand dit à peu près la même chose que l’assureur italien.

« Nous faisons partie de ceux qui pensent que le fonds euros est un vestige d’un passé révolu où les taux d’intérêt étaient positifs et qu’il faut lui substituer un produit qui soit durablement attractif dans le contexte financier actuel. Ce ne peut pas être seulement des fonds euros avec davantage d’unités de compte (UC) ou d’eurocroissance »

Allianz

Allianz regrette que certains acteurs mettent des millions d’euros de “manière opportuniste”, et diluent la performance des épargnants historiques. Je vous explique ce sujet un peu technique juste après.

Allianz veut introduire à la fois des contraintes pour les gros apports et des bonus de fidélité. Les bonus de fidélité consisteraient à différer la distribution de performance.

Mon avis : les fonds en euros manquent de transparence, notamment sur la gestion des réserves

On l’a vu les fonds en euros peuvent aujourd’hui distribuer des revenus largement supérieurs au rendement des obligations d’État en grande partie grâce aux réserves, c’est-à-dire de l’argent mis de côté (je vous épargne ici les subtilités sur les différences entre les réserves et les plus-values latentes).

Ce n’est pas une mauvaise chose que les fonds en euros aient des réserves. En effet, si les obligations d’État venaient à baisser (si les taux remontent), il faudrait que les assureurs utilisent ces réserves pour faire en sorte de continuer à servir une performance positive.

D’ailleurs, l’ACPR, l’autorité qui supervise les assurances, demande justement aux assureurs d’augmenter leurs réserves. D’une certaine façon, les assureurs font juste ce qu’on leur dit de faire !

Quelques inconvénients majeurs aux fonds en euros

Cependant, ce concept de réserve présente trois inconvénients que l’on ne peut passer sous le tapis :

  1. Les réserves ont été constituées par les investisseurs historiques et elles sont reversées aux nouveaux épargnants. Ce n’est pas forcément très “juste”.
  2. Les assureurs communiquent peu sur le montant des réserves. Donc on ne sait pas facilement qui en a encore sous le pied et peut continuer à distribuer des plus-values intéressantes sur le long terme.
  3. C’est un petit peu “bizarre” de laisser le choix à la personne (morale) à qui vous confiez votre argent (les assureurs en l’occurrence) de vous redonner ou non les fruits de vos investissements, de différer leurs distributions, voire de donner à quelqu’un d’autre l’argent que vous avez gagné !

Écrit de cette façon-là, de manière aussi claire, cela vous fait peut-être un peu peur ! Mais c’est le “prix à payer” pour avoir un produit qui ne baisse pas … La sécurité a toujours un coût !

Cela est inhérent au fonctionnement des fonds en euros.

Cela étant c’est tout de même un produit dont la transparence pourrait être améliorée. Lorsqu’on lit les rapports de gestion des fonds en euros, on tombe un peu de sa chaise !

Mon avis : il faut prendre du risque pour avoir de la performance

Le monde de la finance est assez simple : si l’on ne veut pas prendre de risque, on n’a pas de performance ! Si on veut une épargne performante, il faut prendre du risque.

Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Je veux bien comprendre que les assureurs essaient de faire comprendre cela aux épargnants. Je ne sais pas s‘ils utilisent la meilleure pédagogie possible. Cependant, sur le fond, ils ont entièrement raison.

Que doivent faire les Épargnants 3.0 ?

Les fonds en euros continuent à être utiles … au sein d’un patrimoine diversifié

Les fonds en euros sont une anomalie. Normalement, on ne devrait pas avoir de performance du tout sans prendre de risque. Ici on en a un peu, alors pourquoi s’en priver ?

Oui, ce n’est pas un produit parfait, mais la perfection existe-t-elle ?

Les assureurs vont continuer à mettre des barrières dans l’accès aux fonds en euros, pour les raisons que je viens de citer, mais aussi parce que cela leur coûte cher en fonds propres. De manière caricaturale : ils doivent garder de l’argent liquide en réserve – chez eux, pas dans le fonds en euros – pour garantir le fonds en euros.

Mais tant que l’on peut, cela ne me paraît pas absurde d’en profiter. Et je vous rappelle que si vous sortez des fonds en euros vous offrez une partie de vos plus-values à d’autres épargnants. C’est à vous de voir …

D’ailleurs, précisons que les assureurs ne comptent pas fermer les fonds en euros. Ils ne vont pas vous obliger à les vendre. Ou en tout cas ce n’est pas encore le cas, et je n’ai jamais entendu parler d’une telle éventualité.

Les contraintres nous obligent à plus de diversification pour avoir plus de performance

Cela étant, les assureurs vont continuer à mettre des contraintes dans l’accès aux fonds en euros :

  • Ils vont faire baisser le rendement.
  • On ne pourra plus mettre 100% de son épargne en fonds en euros dans son assurance vie.

Il faudra donc apprendre à vivre avec plus de risques ou se résoudre à mettre tout son argent sur son compte courant. Il serait alors complètement grignoté au fur et à mesure par l’inflation. En plus, il est loin d’être improbable que les banques vous fassent payer lorsque vous laisser votre argent sur votre compte courant. Les Etats les font bien payer pour leur prêter ! Ce n’est pas de la science-fiction. Cela existe déjà !

De toutes les manières, les fonds en euros n’auraient jamais du être qu’une partie du panel de possibilités. On revient à quelque chose de plus normal.

Comment avoir plus de performance ? Avec quoi compléter les fonds en euros ? Par quoi remplacer les fonds en euros ?

Alors que faire ? Quelles unités de compte choisir ? Quel pourcentage de son patrimoine avoir en fonds en euros ? Quel pourcentage de son patrimoine avoir en actions ?

J’ai justement créé une FORMATION qui vous aidera à répondre à ces questions. Je vous explique même :

  • Comment savoir ce qu’il y a dans votre fonds en euros ?
  • Quels sont les avantages de l’assurance vie au delà de l’accès aux fonds en euros ?
  • Comment compléter vos fonds en euros avec des unités de compte et améliorer votre performance sur le long terme ?
  • Comment réduire le risque lorque l’on investit dans un produit risqué ?
  • Quelle est la différence entre les fonds en euros dynamiques et les fonds classiques ? Lesquels sont faits pour vous ?
  • … et bien plus encore.

Une autre question à laquelle je réponds dans les modules « Plus »

  • Quels ETF obligataires permettent de remplacer les fonds en euros ? (attention peu sont éligibles)
  • Quels sont les avantages des ETF obligataires ?
  • Comment choisir ces ETF ? Comment les acheter ?

Si vous ne savez pas ce qu’un ETF (Exchange Trade Fund), je vous explique en détail pourquoi il ne faut vraiment pas passer à côté cet outil, quasiment indispensable au développement de votre patrimoine.

La formation est très didactique, je vous guide pas à pas, et il y a même de nombreuses démonstrations.

Sur ce je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste.

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3 Comments

  1. totofoo90 dit :

    Juste une petite remarque sur la possibilité de taxation des dépôts sur comptes courants.
    En effet, on entend de plus en plus cette information (souvent balayée de la main pour des raisons plus ou moins correctes) et dans l’absolu, cela me parait logique d’un point de vue financier: les banques sont quand même là pour générer des profits à leurs actionnaires… En étant moi-même un, je ne vais pas m’étendre sur la bivalence de mon point de vue!
    Cependant, je suis beaucoup moins à l’aise quand ces mêmes banques nous disent que les taux de crédit ne peuvent être négatifs en France « pour des raisons techniques », leurs logiciels n’étant soi-disant pas capables de gérer ce genre de cas!
    J’ai donc 2 points à identifier pour répondre à ça:
    1. Une mise à jour logicielle pour corriger ce bug ne doit pas être si compliqué que ça.
    2. Si l’on décide de taxer les dépôts en raison des taux négatifs de la BCE, il faut accepter les taux de crédit négatifs comme il en existe d’ors et déjà en Allemagne. Entendre les banques utiliser le même argument pour étayer un point et son contraire dans la même phrase est tout de même assez dérangeant.

    Oui, la situation est différente de l’Allemagne en tenant compte des taux fixes français, mais j’avais espéré qu’une association de consommateurs monte au créneau à ce sujet plus tôt, et ce n’est pas le cas à ma connaissance (je serai très heureux d’être mal informé!)

  2. Franck059 dit :

    Je me permets de rappeler que ce qui est réellement une anomalie (et historique de surcroît) est la politique de taux négatifs de la BCE. Et ses conséquences multiples, dont celle en particulier faisant l’objet de cet article.
    Personnellement j’attends de voir comment se comporteront Spirica, Suravenir et Apicil avant de généraliser.

  3. Les plus values n’ont jamais été aussi élevées puisque les taux des obligations sont au plus bas.

    Une réaction normale et compréhensible des assureurs seraient de clore les fonds en euros, de les basculer sur des fonds monétaires (tant pis pour ceux qui ne réagiront pas) et de distribuer les plus values.

    Par contre la réaction actuelle donne une seule impression : celle de vouloir faire fuir les épargnants pour garder les plus values.

    Dans tous les cas la fuite des investisseurs des fonds euros n’aura qu’une conséquence possible : la remontée des taux des pays de la zone euro et la banqueroute de certains.