POINTS CLÉS

  • Votre épargne doit être aussi diversifiée que possible, en mixant des actions du monde entier et des obligations que l’on trouve dans les fonds en Euros.
  • Il est vain de chercher à faire mieux que le marché. Le plus important est de réduire ses frais.
  • Pour investir en actions, il faut donc investir en ETF, aussi appelé trackers.
  • Il suffit d’investir de façon mécanique tous les mois ou tous les trimestres. Cela ne prend qu’1 minute par mois.
  • Ces principes, qui sont celles de la gestion passive, permettent d’avoir une performance exceptionnelle, digne des meilleurs gérants.

Comme je l’explique dans mon livre « Epargnant 3.0 », l’investisseur particulier peut faire mieux fructifier son épargne que 97% des professionnels. Il s’agit d’une méthode simple qui ne prend qu’une minute par mois. Ce n’est pas une recette obscure de Gourou mais une méthode qui s’appuie sur les meilleurs travaux académiques en matière de finance. D’ailleurs, elle est simple à énoncer : acheter, avec le moins de frais et le moins d’impôt possible, régulièrement et de manière automatique (sans réfléchir !), un certain nombre d’actifs diversifiés au prix du marché. Donc ne pas chercher à faire mieux que le marché et plutôt profiter de la tendance à long terme des actifs. Par exemple, depuis 1900 les actions ont eu une performance dans le monde de 8% par an, malgré deux guerres mondiales. Certainement mieux que le livret A !

Principe N°1 : S’appuyer sur les ETF, des fonds très performants et avec un faible coût

Pour l’épargnant cela veut dire d’une part acheter des fonds en Euros, c’est-à-dire des obligations, et d’autre part des actions au sein de votre PEA. Pour la partie actions, il existe des fonds diversifiés mondialement qui suivent des indices mondiaux et avec très peu de frais. On les appelle les trackers ou ETF (Exchange Traded Funds).

Mais revenons aux fondements scientifiques de cette méthode. Cette dernière s’appuie en particulier sur les travaux d’Eugène Fama, prix Nobel d’Économie 2013. Il a démontré qu’il était vain d’essayer de faire mieux que le marché. En effet, le prix du marché est la moyenne de l’intelligence collective de l’ensemble des gérants. Pour faire mieux que le marché, il ne faut pas seulement être bon, il est faut être meilleur que cette intelligence collective de façon régulière.

Un autre point particulièrement important est que les frais ont un impact négatif significatif sur la performance. En France, les frais des fonds (SICAV, FCP, Unités de Comptes …) sont en moyenne de 2% sur les actions. Or les actions  ont eu une performance de 8% par an, en moyenne dans le monde depuis 1900 (malgré deux guerres mondiales !). Ainsi, le marché aurait transformé 100 000€ en 466 000 € en 20 ans. Les fonds auraient transformé ces 100 000€ en 321 000 €. Cela correspond tout de même à 145 000 € de frais !

Cette théorie est validée par la pratique. L’étude SPIVA (S&P Indices Versus Active Funds) nous apprend que sur 10 ans 90% des fonds ont fait moins bien que l’indice du marché sur lequel ils investissent (on compare bien sûr un fonds investissant en France avec un indice français, un fonds investissant aux États-Unis avec un indice américain, etc.). C’est mathématique, la moyenne des fonds a une performance égale au marché moins les frais. Et compenser 2% de frais annuels pour atteindre la performance du marché est pratiquement impossible.

Or, il n’existe aucun moyen d’identifier à l’avance les quelques fonds qui pourraient surperformer le marché. D’ailleurs, il a été prouvé que l’inducteur principal de la performance d’un fonds était la faiblesse de ses frais.

Alors, comment faire pour investir dans le marché ? En utilisant, des fonds qui suivent les indices. En France, la méthode la plus simple est d’acheter des trackers, aussi appelés ETF. Ce sont des fonds négociables en bourse, et avec des frais contenus. Vous passerez de frais annuels de 2% par an à moins de 0,4% par an. En raisonnant en intérêts composés, le gain devient réellement significatif.

Principe N°2 : Investir dans des enveloppes peu fiscalisées, telles que le PEA et l’assurance Vie

Cerise sur le gâteau, il est possible d’investir dans son PEA sur des trackers suivant des indices non européens. L’intérêt du PEA est bien sûr la franchise d’impôt à partir de cinq ans. Par exemple, en achetant sur un tracker suivant l’indice MSCI World, vous allez pouvoir investir dans le marché actions mondial, c’est-à-dire dans plus de 1500 sociétés. Cela permet de largement réduire le risque par rapport à un investissement limité à l’Europe. Pour ceux qui aiment les chiffres, il est possible de quantifier ce risque. Depuis 2010, la volatilité du CAC 40 a été de plus de 20% contre 15% pour l’indice monde. La perte maximale sur cette période a été de plus de 30% pour le CAC 40 et 20% pour l’indice monde.

Investir dans le PEA va aussi grandement limiter les frais. En effet, les frais de gestion des Unités de Compte dans les assurances vie sont souvent de plus de 1% par an (au-delà du fait que peu d’assurances vie proposent des ETF). Les frais d’achats et de tenue de compte chez un bon courtier sont proches de zéro en revanche. Naturellement, l’assurance vie présente d’autres avantages, notamment en termes de succession.

Principe N°3 : Diversifier son épargne

Naturellement, il n’est pas recommandé d’investir l’ensemble de son portefeuille financier en actions. En effet, les chutes de la bourse peuvent être brutales. Il faut donc aussi investir en obligations, moins volatiles que les actions. La façon la plus efficace d’investir en obligations en France est  au travers d’un fonds en Euros. En effet, un fonds en Euros ne subit pas les frais de gestion des unités de compte, qu’aurait un fonds obligations classique. Par ailleurs, la fiscalité de l’assurance vie est assez favorable.

Principe N°4 : N’y passer qu’une minute par mois

Ainsi, le plan d’actions devient fort simple :

  • Définir le pourcentage d’actions et d’obligations dans son portefeuille financier. Ce pourcentage dépendra entre autres de votre capacité à accepter des baisses, votre horizon de temps et potentiellement d’autres paramètres. C’est peut-être la partie la plus compliquée de la méthode.
  • Ouvrir une assurance vie et un PEA en ligne afin de s’assurer d’avoir des frais contenus.
  • Investir automatiquement, tous les mois ou tous les trimestres, sur un fonds en Euros dans l’assurance vie et un tracker monde dans le PEA. Le montant est en fonction de votre capacité d’épargne et sur la base de la répartition que vous avez décidée dans la première étape.

Ça ne prend pas plus d’une minute par mois. Vous n’avez aucune question à vous poser. Vous n’avez pas de moyen de savoir si le marché est haut et bas, s’il vaut mieux investir aux États-Unis ou dans les pays émergents, si la croissance de la chine est surévalué, quel va être l’impact de la hausse des taux de la FED, etc. Si le marché est à ce niveau-là, c’est que l’intelligence collective des professionnels l’a décidé. Ils ont « voté » pour ces prix. Il est peu probable d’être mieux informé ou plus malin que l’ensemble de ces professionnels ! De toutes les façons, si vous investissez progressivement, vous allez acheter « haut » et acheter « bas ». Vous allez donc moyenner votre prix d’achat, et tendre vers la tendance à long terme des actions.

Il faut savoir que les investisseurs individuels ont souvent tendance à être à contre temps du marché. Ils achètent quand ça a monté, et ne monte plus … et vendent quand cela a baissé, donc lorsque la bourse va remonter. Chercher à rentrer et sortir du marché au meilleur moment est une erreur classique qui coûte cher.

Si vous voulez aller jusqu’au bout de la méthode, il faut rééquilibrer de temps en temps votre portefeuille (une fois par an, voire encore moins). En effet, puisque les actions ont plus tendance à monter que les obligations, il est probable que votre allocation en actions augmente. Vous devez alors vendre des actions pour acheter des obligations et donc réinitialiser votre allocation d’actifs. Petit problème, si vous sortez de l’argent de votre PEA vous ne pourrez plus en remettre. Une des solutions est d’adapter vos apports afin de garder à peu près la même allocation au cours du temps.

Résultat de la gestion passive : une performance digne des meilleurs gérants

Mais qu’en est-il de la performance de cette méthode ? Pour faire le test, on peut faire une analyse sur une période de 10 ans, de différentes stratégies : un tracker monde, un bon fonds en Euros (en l’occurrence Eurossima), la moyenne des fonds en Euros, et le célèbre Carmignac Patrimoine (n°3 de la catégorie sur 10 ans) et la moyenne des fonds patrimoniaux. Du côté de la gestion passive, j’ai pris une allocation équilibrée 50% actions monde / 50% fonds en Euros.

On obtient les résultats suivants (sans apports mensuels, afin de faciliter les calculs) :

  • Tracker Monde : 5,4% par an (volatilité : 13,3%)
  • Bon fonds en Euros : 3,8% par an
  • Moyenne des fonds en Euros (et 3% de frais d’Entrée) : 2,9% par an
  • Carmignac Patrimoine : 5,5% par an (volatilité : 7,3%)
  • Carmignac Patrimoine sur une assurance vie (3% de frais d’entrée et 1% de frais de gestion : 4,1% par an
  • Moyenne des fonds patrimoniaux (sans les frais d’assurance vie) : 2,5%
  • Moyenne des fonds patrimoniaux (avec les frais d’assurance vie) : 1,1%
  • Gestion passive : 4,82% (volatilité 6,6%)

On peut voir que la gestion passive rivalise sans problèmes avec les meilleurs fonds et surperforme largement la moyenne des fonds patrimoniaux.

Encore une fois, statistiquement la gestion passive va surperformer de la différence de frais avec la gestion classique. Sachant que les fonds patrimoniaux ont des frais moyens de 2% et que la gestion passive a des frais de moins de 0,5%, cela fait 1,5% par an. En ajoutant les frais de gestion des unités de compte, la méthode passive avec PEA surperformera en moyenne de 2 à 3 points par an !

Les actions ont fait dans le monde à peu près 8% par an depuis 1900. Les obligations un peu plus de 4%. On arrive à une moyenne de 6%. Cela fait un différentiel de plus de 2 points sur un portefeuille qui rapporte 6%. 30% à 50% de performance en plus !

Au final, si cette méthode est simple, il ne faut pas négliger les aspects psychologiques. En effet, vous êtes votre plus grand ennemi. Le plus grand risque est bien de tout vendre quand la bourse va baisser de 30% et que toutes les télés et radios annonceront la fin de capitalisme. Cela arrivera. Il faudra rester confiant, et continuer à acheter mécaniquement des actions… et même vendre des fonds Euros pour acheter des actions et rééquilibrer votre portefeuille.

Cette méthode ne prend qu’une minute par mois, mais elle requiert de la discipline. Vous pouvez aller plus loin sur blog, notamment en lisant l’article  » L’investisseur est son meilleur ennemi, il investit à contre temps « .