DAX 40 : ce que l’indice allemand rapporte vraiment

Rédigé par Édouard Petit
Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015 · Mis à jour le 01/08/2026 · Qui suis-je ?

Rédigé par

Édouard Petit

Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015

Mis à jour le 01/08/2026

Comparer honnêtement le DAX au CAC 40, lire sa vraie composition et décider si un ETF allemand a sa place dans votre portefeuille. Vous saurez aussi pourquoi le chiffre cité partout est faux.

Le DAX et le CAC 40 ne se comparent pas.

En 2025, le DAX a gagné 23 % et le CAC 40 seulement 10,4 %. La presse en a tiré un récit simple : l’Allemagne écrase la France. Ce récit repose sur une erreur de méthode.

Le DAX que tout le monde cite est un indice de performance : il réinvestit les dividendes versés par les quarante sociétés qu’il contient. Le CAC 40 que tout le monde cite est un indice nu : il ne suit que les cours. Comparer les deux revient à chronométrer deux coureurs dont l’un part trois cents mètres devant.

Euronext publie pourtant depuis 1994 la version comparable de l’indice français, le CAC 40 GR, dividendes réinvestis. Même date de départ que le DAX, le 31 décembre 1987, et même base de 1 000 points. Il suffit de les mettre côte à côte : au 30 juillet 2026, 28 100 points pour le CAC 40 GR, soit 9,0 % par an, contre 25 600 points et 8,8 % par an pour le DAX.

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Base 1 000 en décembre 1987

Deux indices, dividendes réinvestis des deux côtés

CAC 40 GR

28 100 points

DAX

25 600 points

Soit 9,0 % par an contre 8,8 % : l’écart tient dans le bruit.

Niveaux au 30 juillet 2026. Le CAC 40 sans dividendes, celui que la presse compare au DAX, s’arrête à moins d’un tiers de ce niveau. Illustration, pas une promesse de rendement.

Un mot d’honnêteté sur ce calcul : ces deux dixièmes de point d’écart annuel sont du bruit. Déplacez la date d’arrêt de quelques mois et le classement peut s’inverser. Ce que la comparaison établit n’est donc pas une supériorité française. C’est qu’il n’y a rien à gagner à préférer un de ces deux marchés à l’autre, et que le récit de 2025 était une illusion d’optique.

Le vrai enseignement est ailleurs, dans l’écart entre 9,0 % et 5,7 % par an pour un seul et même marché, la France. Ces 3,3 points mesurent exactement ce que valent les dividendes : plus d’un tiers de la performance des actions sur longue période.

Quarante sociétés, dont dix pèsent 64 % de l’indice.

Depuis septembre 2021, le DAX compte 40 sociétés au lieu de 30. La réforme a suivi l’effondrement de Wirecard et a durci les critères d’admission : résultat opérationnel positif sur deux exercices, publication à l’heure des comptes audités, flottant d’au moins 10 %.

Une évolution plus récente est passée sous les radars, et elle compte davantage. Depuis mars 2024, le poids maximal d’une seule valeur est passé de 10 % à 15 %. L’indice accepte désormais d’être nettement plus concentré qu’avant, et il en profite : voici sa composition officielle.

#SociétéPoids (%)
1Siemens11,9
2Allianz9,4
3SAP9,1
4Siemens Energy6,9
5Airbus6,8
6Deutsche Telekom5,3
7Infineon4,6
8Munich Re3,8
9Deutsche Bank3,5
10Deutsche Post3,1
Total des dix premières64
Source : STOXX, factsheet DAX au 31 juillet 2026. Poids arrondis, calculés sur la capitalisation ajustée du flottant.

Trois choses que ce tableau ne dit pas. D’abord, Siemens à 11,9 % s’approche du plafond de 15 % : le relèvement de 2024 n’était pas théorique. Ensuite, l’automobile, qu’on croit être le cœur de l’indice, ne pèse que 4,4 % de l’ensemble, loin derrière l’industrie à 27,9 %, l’assurance à 14,1 % et la technologie à 14,0 %. Enfin, ces 64 % concentrés sur dix valeurs représentent plus du double de la concentration d’un indice monde.

Un détail achève de le montrer : STOXX affiche un indice allemand à 100 %, alors qu’Airbus, cinquième pondération, a son siège social aux Pays-Bas. Le règlement admet en effet un siège opérationnel en Allemagne. Le DAX ne mesure donc pas l’économie allemande, et le pays a d’ailleurs traversé une récession technique pendant que son indice enchaînait les records. C’est un panier de multinationales cotées à Francfort, pas un thermomètre du produit intérieur brut.

Sur dix ans, l’Allemagne a rapporté moins qu’un indice monde.

Reste la seule question qui compte pour un épargnant : qu’est-ce que ça rapporte ? Les données de S&P Dow Jones Indices, toutes en euros et dividendes inclus, arrêtées au 31 décembre 2025, donnent sur dix ans 7,3 % par an pour le marché allemand, 8,7 % pour le marché français et 11,9 % pour l’ensemble des pays développés.

Quatre points et demi d’écart annuel, maintenus dix ans, multiplient le capital final par 1,5 en faveur de l’indice monde. Ce moindre rendement s’est en plus payé plus cher en risque : la volatilité de l’indice MSCI Germany ressort à 19,6 % sur dix ans contre 14,9 % pour le MSCI World, et sa pire perte historique atteint 66 %. Plus de risque pour moins de rendement, c’est la définition d’un portefeuille inefficient.

L’objection sérieuse existe, et elle repose sur un fait exact : l’Allemagne est décotée. Fin avril 2026, l’indice MSCI Germany se payait 15,6 fois les bénéfices contre 24,4 fois pour le MSCI World. Mais une décote n’est pas une anomalie à ramasser, c’est une information : le marché paie moins cher des bénéfices plus cycliques, donc plus risqués.

Un résultat clôt d’ailleurs le débat. Dimson, Marsh et Staunton, sur 126 années et 35 marchés, mesurent le gain de rendement par unité de risque qu’apporte un investissement mondial plutôt que domestique. Il est positif pour la quasi-totalité des pays, Allemagne comprise. Même un épargnant allemand aurait eu intérêt à quitter le DAX pour un indice monde.

Décomposer une performance, remettre deux indices sur la même base, mesurer le risque à côté du rendement : c’est le raisonnement que j’applique à chaque brique d’un portefeuille, et je le déroule en entier dans la Masterclasse.

ETF : les trois erreurs qui vous coûtent vraiment cher

Un ETF DAX est un pari, pas une diversification.

Commençons par la question que personne ne pose : combien d’Allemagne détenez-vous déjà ? Dans un ETF MSCI World, l’Allemagne pèse environ 2 %. Sur 10 000 euros investis, cela fait déjà 200 euros d’actions allemandes, sans que vous ayez rien fait.

Ajouter un ETF DAX revient donc à surpondérer volontairement un pays par rapport à son poids réel dans le marché mondial. Ce n’est pas interdit, mais ce n’est pas de la diversification : c’est une concentration assumée. Le seul cas où je la trouve défendable est celui d’un portefeuille déjà déformé vers la France, et même là, un ETF zone euro ferait le travail sans pari sur un pays.

Compter avant d’acheter

Ouvrez la fiche de votre ETF monde et lisez la ligne « Allemagne » dans la répartition géographique. Un ETF DAX doublerait ou triplerait ce chiffre. Fixez ce plafond avant d’acheter, pas après : au-delà de 10 % du portefeuille actions sur un seul pays, vous prenez un risque que l’histoire ne rémunère pas.

Si vous décidez d’y aller, deux points pratiques. Le premier : faites-le en indiciel. Sur dix ans, 94,6 % des fonds actions Allemagne ont été battus par leur indice de référence, et le fonds moyen a rapporté 4,4 % par an quand l’indice rapportait 7,3 %. Près de trois points de performance annuelle perdus en route, et ce calcul tient déjà compte des fonds fermés en cours de période. Je détaille cette mécanique dans mon guide de la gestion passive.

Le second : le PEA est l’enveloppe naturelle. Un ETF DAX à réplication physique détient plus de 75 % d’actions européennes, donc il y est en principe éligible, ce qu’un bon courtier PEA confirme en un coup d’œil. Comptez alors 0,1 % de frais annuels et rien de plus, contre 0,5 à 0,6 % de frais de gestion supplémentaires dans une assurance vie.

L’écart paraît dérisoire au moment de souscrire. Sur 10 000 euros placés vingt ans à 6 % brut, il coûte environ 3 200 euros, soit près d’un tiers de la mise de départ. Le calcul tient en une ligne : capital final égale 10 000 multiplié par (1 + 6 % moins les frais), puissance 20.

Refaites-le sur vos propres chiffres, votre durée et votre taux de frais réel.

Les questions qu’on me pose sur l’indice allemand.

Que s’est-il passé avec Wirecard, et cela peut-il se reproduire ?

En juin 2020, cette société de paiement membre du DAX a reconnu que 1,9 milliard d’euros inscrits à son bilan n’existaient pas, et l’action est tombée de plus de 100 euros à quasiment zéro en quelques jours. La réforme de 2021 a durci les critères d’admission, mais aucun règlement d’indice ne détecte une fraude comptable. C’est précisément pour cela qu’on ne concentre pas son épargne sur quarante lignes.

Un ETF DAX est-il vraiment éligible au PEA ?

La plupart le sont, parce qu’ils détiennent physiquement des actions dont les sièges sont dans l’Espace économique européen. L’éligibilité dépend toutefois de la déclaration de l’émetteur et de la liste que tient votre courtier. Vérifiez-la sur la fiche produit avant de passer votre ordre, jamais après.

Le MDAX ou un DAX ESG sont-ils de meilleures options ?

Ce sont d’autres paris, pas des corrections du problème. Le MDAX suit les cinquante valeurs situées juste derrière le DAX, avec plus de volatilité et des frais plus élevés. Une variante ESG retire quelques secteurs sans changer la concentration ni le fait que vous misez sur un seul pays.

Et les ETF DAX à effet de levier ?

Ce ne sont pas des outils de long terme. Leurs frais sont plusieurs fois supérieurs à ceux d’un ETF classique, et leur réinitialisation quotidienne détruit du capital dès que le marché devient volatil, même s’il finit par revenir à son point de départ. J’ai expliqué pourquoi en détail dans mon article sur les ETF à levier.

Ce que je retiens du DAX.

Le DAX est un bon indice. Ses règles sont transparentes, son calcul rigoureux, et il intègre les dividendes par construction, ce qui est une honnêteté dont le CAC 40 ferait bien de s’inspirer. Il est simplement mal comparé, et souvent mal utilisé.

  1. Le seul comparatif valide est DAX contre CAC 40 GR. Depuis 1987, 8,8 % contre 9,0 % par an : personne ne gagne.
  2. L’Allemagne pèse déjà environ 2 % de votre ETF monde. En vouloir davantage est un choix, pas une diversification.
  3. Si vous en voulez, prenez un indice et un PEA. Ces deux décisions pèsent plus lourd que le choix du pays.

Reste la question que cet article laisse ouverte, et c’est la plus intéressante : à partir de quel poids un satellite cesse-t-il d’être une conviction pour devenir un pari que rien ne rémunère ? C’est le cœur de la construction d’un portefeuille, et cela mérite mieux qu’une règle de pouce.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste.

À propos de l’auteur

Édouard Petit

Édouard Petit

Créateur d’Épargnant 3.0 · Professeur de finance à l’ESCP · Auteur

Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.

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Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

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6 commentaires

  1. Bonjour Edouard.
    Merci beaucoup pour votre article.
    D’après vous, si on souhaite investir en zone euro via le PEA , quel indice vous semble le mieux adapter dans la durée ?

    1) Diversifier le plus possible via un indice large comme l’ Euro stoxx 300 par exemple ?
    Si oui que pensez vous de ETF Lyxor Core EURO STOXX 300 (DR) dans le PEA ?

    2) Ou bien rester sur notre bon vieux CAC40 qui semble avoir une performance assez correct dans la durée.

    Très bonne journée et bravo pour votre travail et vos livres que j’ai dévoré pendant le confinement ;)

  2. Bonjour,
    Très bon article merci !
    La question que je me pose, c’est pourquoi le DAX sous performe le CAC40 alors que l’économie Allemande sur performe celle de la France ? Ces indices ne seraient-ils finalement pas représentatifs de l’activité économique du pays ? Il me semble que c’est la même chose entre les indices Chinois et Américains
    Vincent

    1. C’est représentatif de plein de choses, mais pas de l’économie à un instant t
      Par exemple, dans les pays émergents, il y a beaucoup d’émissions de nouvelles actions, et donc la croissance économique ne se transmet pas en entier dans l’économie
      Par ailleurs, la bourse, c’est de l’anticipation, et pas une vue sur le passé

  3. Très bon article.
    Merci pour les courbes, ça tue une légende tenace sur la sur-performance de l’indice phare Allemand, que j’ai pu entendre ici et là ;-)

  4. Peut être que je me trompe mais pour moi l’indice DAX , c’est un peu comme le CAC 40 , c’est à dire un indice qui représente une faible proportion de la capitalisation boursière mondiale.
    Du coup , je ne suis pas un expert mais comme j’investis chaque mois sur un ETF , je préfère utiliser un ETF sp 500 ou un ETF MSCI world , comme ça j’ai l’impression d’être plus large et plus diversifié si je me trompe pas ???

    Merci à vous Mr Edouard Petit pour votre site car grâce à votre site et aux ETFs , j’investis en bourse chaque mois via mes assurances vie et mon PEA sans être un spécialiste

    1. Bonjour Fort,

      Oui, investir sur un ETF sp 500 ou MSCI World est un très bon début.

      Personnellement, j’ai testé pas mal de portefeuille avec 1 ou plusieurs ETF (avec des variantes en termes de répartition et de pondération), il n’y a pas vraiment de portefeuille magique ;-) qui gagnerait tout le temps ou meilleur qu’un autre.

      Ne pas se laisser avoir par les backtests flatteurs sur-optimisés que certains vous vendent sur certains portefeuilles, car, en fonction de son point d’entrée et des cycles économiques, certains portefeuilles peuvent en effet superformer sur certaine période mais jamais sur le long terme (20 ans et plus), et ça personne ne peut prévoir quand un portefeuille pourra superformer le marché.

      Vous pouvez donc rester sur cette conviction de départ, cette simplicité est la garantie de votre succès, sur le long terme, vous pouvez gagner autant que quelqu’un qui s’est diversifié sur 20 ETF différents ou 100 actions différentes dans son portefeuille.

      Franck.