CAGR : formule, calcul Excel et erreurs à éviter (2026)
Un fonds actif qui affiche fièrement “+7,4% par an en moyenne” peut très bien avoir fait perdre de l’argent à ses porteurs de parts sur la période. Ce n’est pas un paradoxe. C’est une confusion entre deux chiffres qui se ressemblent, mais qui ne mesurent pas la même chose : la moyenne arithmétique des performances annuelles, et le CAGR.
Cette confusion ne se limite pas aux placements financiers, loin de là. Je la retrouve constamment dans les discussions en entreprise : en comité de direction, dans un point d’activité, ou face à des investisseurs, un dirigeant qui annonce une croissance de chiffre d’affaires ou une amélioration de marge “en moyenne de X% par an” commet, neuf fois sur dix, exactement la même erreur. Ce n’est pas un détail réservé aux financiers. C’est un des rares réflexes qui, une fois acquis, change immédiatement la façon dont vous lisez n’importe quel chiffre de croissance, que vous soyez épargnant, entrepreneur, salarié en analyse financière ou simplement curieux de comprendre les statistiques qu’on vous présente. Maîtriser cette distinction, c’est arrêter de se faire manipuler, volontairement ou non, par le chiffre le plus flatteur.
Le CAGR (Compound Annual Growth Rate), qui se prononce “cagueur” en français dans la bouche de la plupart des professionnels, mesure une performance annualisée. Je préfère d’ailleurs toujours dire “annualisé” plutôt que “annuel” : la nuance est justement au cœur de cet article.
Qu’est-ce que le CAGR et à quoi sert-il ?
Le CAGR mesure le pourcentage de croissance annuel moyen d’un indicateur sur une période donnée. Cet indicateur peut être un chiffre d’affaires d’entreprise, une marge ou un taux de profitabilité, un nombre de clients, le cours d’une action, un indice boursier, ou votre patrimoine. Le CAGR ne se limite absolument pas à la finance de marché : c’est un outil de mesure de croissance universel, dès qu’une grandeur évolue d’une période à l’autre. En analyse financière d’entreprise comme en gestion de patrimoine, c’est le même calcul, avec les mêmes pièges.

LE BEST-SELLER POUR DÉBUTER
Prenez vos finances en main en moins de 2 heures.
Pas de jargon, pas de calculs compliqués. Découvrez la méthode simple et prouvée pour investir efficacement sans y passer vos soirées.
⭐️⭐️ ⭐️ ⭐️ ⭐️ 35 000+ lecteurs et plus de 1 900 avis Amazon
8€ en papier et 5€ en Kindle
Le principe : on suppose que la croissance est réinvestie ou reconduite chaque année, pour profiter des intérêts composés, c’est-à-dire le fait que la croissance d’une année s’applique elle-même sur la base atteinte l’année précédente, et non sur la base de départ.
La formule du CAGR
Le calcul se fait en trois étapes :
- On divise la valeur finale par la valeur initiale
- On élève le résultat à la puissance (1 / nombre d’années)
- On soustrait 1
Ce qui donne la formule mathématique :
CAGR = (Valeur finale / Valeur initiale)^(1/n) − 1
Où n est le nombre d’années de la période observée.
Un premier exemple : chiffre d’affaires et profitabilité d’une entreprise
Avant de passer aux marchés financiers, prenons un exemple d’entreprise, puisque c’est l’un des usages les plus fréquents du CAGR en dehors de l’investissement.
Une société voit son chiffre d’affaires passer de 2,4 millions d’euros à 5,1 millions d’euros en 4 ans. Le CAGR se calcule ainsi :
CAGR = (5 100 000 / 2 400 000)^(1/4) − 1 = 20,74% par an
C’est le chiffre qu’un investisseur, un banquier ou un actionnaire retiendra pour juger de la dynamique réelle de croissance, plutôt que la simple variation totale sur la période (+112,5%), qui ne dit rien du rythme annuel.
Un piège spécifique à la profitabilité mérite d’être signalé. Si la marge opérationnelle de cette même société passe de 8% à 14% sur ces 4 années, deux lectures sont possibles, et elles ne racontent pas la même histoire :
- En points de marge : la progression est de 6 points sur 4 ans, souvent présentée (à tort) comme “1,5 point de marge gagné par an”, ce qui est une simple division, pas un CAGR.
- En CAGR du taux de marge lui-même : (14/8)^(1/4) − 1 = 15,02% par an, qui mesure la croissance relative du taux de profitabilité, et non sa progression en valeur absolue.
Les deux chiffres sont corrects, mais ils répondent à des questions différentes. Le CAGR de 15,02% dit “la profitabilité s’améliore à un rythme de 15% par an, en proportion de son propre niveau”. La progression de 1,5 point par an dit “chaque année, on gagne en moyenne 1,5 point de marge en valeur absolue”. Confondre les deux dans une présentation, ou pire, additionner un CAGR de chiffre d’affaires avec une progression en points de marge, revient à comparer des grandeurs qui n’ont rien en commun. Précisez toujours laquelle des deux lectures vous utilisez, en particulier face à un investisseur ou un banquier qui va comparer votre dossier à d’autres.
Un exemple avec des données à jour
Prenons l’indice MSCI Emerging Markets, qui suit les principales bourses des pays émergents (Chine, Taïwan, Corée du Sud, Inde, Brésil, etc.). D’après le dernier factsheet de MSCI, cet indice affiche un CAGR de 10,36% depuis fin 1987, exprimé en dollars.
Cela veut dire que 100 $ investis fin 1987 dans cet indice, avec réinvestissement des dividendes, seraient devenus environ 4 375 $ aujourd’hui, à un rythme de croissance annualisé constant de 10,36%. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Sur la même période, l’indice MSCI World (pays développés) affiche un CAGR de 8,96%. L’écart de 1,4 point sur près de 40 ans illustre bien la prime de risque que les marchés émergents ont historiquement offerte, en échange d’une volatilité largement supérieure.
Voici quelques repères récents pour se faire une idée plus concrète, tirés directement du factsheet MSCI d’avril 2026 :
| Indice | CAGR 5 ans | CAGR 10 ans | CAGR depuis fin 1987 |
|---|---|---|---|
| MSCI Emerging Markets | 6,54% | 9,68% | 10,36% |
| MSCI World | 11,80% | 13,22% | 8,96% |
| MSCI ACWI (World + Emerging) | 11,18% | 12,80% | 8,82% |
Données en dollars, au 30 avril 2026. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Vous noterez que le CAGR à 5 ans du MSCI World (11,80%) dépasse largement son CAGR depuis 1987 (8,96%). C’est le rappel qu’une performance récente, aussi flatteuse soit-elle, ne dit rien de la performance future. C’est tout l’inverse d’une prédiction : c’est un simple constat historique.
Comment calculer le CAGR dans Excel ou Google Sheets
Trois façons d’obtenir le même résultat :
Formule 1 :
CAGR = PUISSANCE(montant final / montant initial ; 1/(nombre d'années)) - 1
Formule 2, équivalente :
CAGR = (montant final / montant initial)^(1/(nombre d'années)) - 1
Formule 3, la plus directe :
CAGR = TAUX.INT.EQUIV(nombre de périodes ; valeur de début ; valeur de fin)
Sur Google Sheets, remplacez PUISSANCE par la fonction anglaise POWER, la syntaxe reste identique.
Il existe une quatrième option, un peu plus détournée mais utile si vous avez déjà une colonne de rendements annuels : la fonction MOYENNE.GEOMETRIQUE. Le CAGR correspond en effet exactement à la moyenne géométrique des facteurs de croissance annuels, moins 1. C’est là que les choses deviennent intéressantes, et c’est le sujet de la section suivante.
Le CAGR n’est pas la moyenne des performances annuelles
C’est l’erreur la plus répandue, et de loin la plus coûteuse en termes de décision d’investissement.
Niveau 1 : ce que tout le monde répète. Le CAGR est une moyenne annualisée, il faudrait donc en théorie retrouver un chiffre proche de la moyenne simple des performances de chaque année.
Niveau 2 : l’objection légitime. Si on additionne 14 rendements annuels et qu’on divise par 14, on obtient une moyenne. Pourquoi ce chiffre serait-il différent du CAGR, qui mesure lui aussi une “performance annuelle moyenne” ? Intuitivement, les deux devraient converger.
Niveau 3 : pourquoi ils ne convergent jamais. La moyenne arithmétique ignore un phénomène central en finance : la non-linéarité des pertes et des gains. Perdre 50% une année, puis gagner 50% l’année suivante, ne vous ramène pas à votre capital de départ. Vous perdez 50 (de 100 à 50), puis vous gagnez 50% de 50, soit 25 (de 50 à 75). Vous êtes à 75, pas à 100. La moyenne arithmétique de ces deux rendements est de 0% ((-50%+50%)/2). Le CAGR réel, lui, est négatif : environ -13,4% par an sur ces deux années. Plus la volatilité (l’amplitude des hauts et des bas) est grande, plus l’écart entre les deux moyennes se creuse. Le CAGR est toujours inférieur ou égal à la moyenne arithmétique, et l’écart grandit avec la variance des rendements.
Deux exemples réels et récents permettent de mesurer très exactement ce phénomène, à partir des mêmes 14 années (2012-2025), mais sur deux indices dont la volatilité diffère fortement.
Le MSCI Emerging Markets, en devise locale (source : factsheet MSCI, performances annuelles 2012-2025) :
| Année | Performance | Année | Performance |
|---|---|---|---|
| 2012 | +18,63% | 2019 | +18,88% |
| 2013 | -2,27% | 2020 | +18,69% |
| 2014 | -1,82% | 2021 | -2,22% |
| 2015 | -14,60% | 2022 | -19,74% |
| 2016 | +11,60% | 2023 | +10,27% |
| 2017 | +37,75% | 2024 | +8,05% |
| 2018 | -14,24% | 2025 | +34,36% |
En base 100 fin 2011, cet indice termine l’année 2025 à un niveau d’environ 227. La moyenne arithmétique de ces 14 années est de 7,38% par an. Le CAGR réel sur la même période n’est que de 6,04% par an. L’écart est de 1,34 point, et il n’a rien d’anecdotique : sur 14 ans, cela représente une différence de plusieurs milliers d’euros sur un capital de 50 000 €.
Le MSCI World en euros, sur exactement les mêmes années (source : factsheet MSCI World Index EUR, performances annuelles 2012-2025) :
| Année | Performance | Année | Performance |
|---|---|---|---|
| 2012 | +14,75% | 2019 | +30,76% |
| 2013 | +21,86% | 2020 | +6,88% |
| 2014 | +20,14% | 2021 | +31,64% |
| 2015 | +11,03% | 2022 | -12,34% |
| 2016 | +11,39% | 2023 | +20,20% |
| 2017 | +8,10% | 2024 | +27,15% |
| 2018 | -3,58% | 2025 | +7,21% |
En base 100 fin 2011, cet indice termine 2025 à un niveau d’environ 572, soit une performance très supérieure à celle des émergents sur la période. Et voici le point qui mérite toute votre attention : la moyenne arithmétique de ces 14 années est de 13,94% par an, contre un CAGR réel de 13,27% par an. L’écart n’est que de 0,67 point, presque deux fois moins que sur les émergents.
Pourquoi un tel contraste entre les deux séries ? Ce n’est pas un hasard. Le MSCI World en euros a connu, sur cette période, une seule année négative (2022, -12,34%) contre cinq années négatives pour les émergents. Moins une série est volatile, plus sa moyenne arithmétique se rapproche de son CAGR réel. Une série qui alterne fortement entre gains et pertes importants, comme celle des émergents, voit sa moyenne arithmétique s’écarter nettement de la réalité composée. C’est la variance elle-même, et non le niveau moyen de performance, qui gouverne l’ampleur de l’écart entre les deux mesures.
Un point de vocabulaire pour les plus rigoureux d’entre vous : ce que j’appelle ici “moyenne” est la moyenne arithmétique standard. Il existe aussi la moyenne géométrique, qui correspond exactement au CAGR. C’est d’ailleurs pour cela qu’Excel propose la formule MOYENNE.GEOMETRIQUE, qui donne le même résultat que la formule du CAGR appliquée à une série de facteurs de croissance annuels.
Cette distinction dépasse largement les indices boursiers. Jeremy Siegel, dans ses travaux de référence sur les rendements de long terme, montre que les actions américaines ont affiché depuis 1900 une performance de 6,4% en moyenne géométrique (le CAGR réel), contre 8,3% en moyenne arithmétique, en termes réels (après inflation). C’est bien le chiffre de 6,4% qui reflète ce que vous auriez réellement gagné.
Ce qu’il faut retenir en pratique. Quand un placement affiche “performance moyenne de X% par an”, posez-vous systématiquement la question : est-ce le CAGR, ou la moyenne arithmétique des années ? Ce n’est pas une nuance de pédant. Je peux vous dire, par expérience, que je croise régulièrement des plaquettes commerciales et des présentations qui utilisent la moyenne arithmétique parce qu’elle est plus flatteuse, sans jamais préciser la méthode de calcul.
Voyez l’écart de vos propres yeux
Le calculateur ci-dessous reproduit exactement les deux exemples que je viens de détailler, plus un troisième cas issu du monde de l’entreprise. Entrez vos propres évolutions annuelles (celles d’un placement, d’un chiffre d’affaires, d’une marge), et l’outil calcule instantanément la moyenne arithmétique, le CAGR réel, le niveau atteint année après année, et surtout ce que l’erreur vous coûterait si vous projetiez votre avenir financier sur le mauvais chiffre.
Calculateur de CAGR
Entrez une évolution annuelle en pourcentage : celle d’un placement, mais aussi d’un chiffre d’affaires, d’une marge, d’un nombre de clients ou de tout autre indicateur qui varie d’une année sur l’autre. L’outil calcule à la fois la moyenne arithmétique simple et le CAGR réel, et affiche le niveau atteint année après année, pour que vous voyiez l’écart de vos propres yeux.
| Année | Évolution (%) | Niveau atteint |
|---|
Vous connaissez seulement le point de départ et le point d’arrivée : un chiffre d’affaires, un capital, une marge, un effectif. L’outil calcule directement le taux de croissance annualisé entre les deux.
Pourquoi les fonds actifs profitent de cette confusion
C’est ici que la maîtrise du CAGR cesse d’être un exercice académique pour devenir un outil de décision concret.
Niveau 1 : l’argument standard. Les ETF indiciels battent la grande majorité des fonds gérés activement sur le long terme, à cause de leurs frais plus faibles.
Niveau 2 : l’objection qu’un bon conseiller en gestion de patrimoine vous opposera. Cette statistique globale masque les meilleurs gérants. Certains fonds actifs surperforment réellement leur indice, et un investisseur suffisamment informé pourrait les identifier à l’avance.
Niveau 3 : ce que les données montrent réellement, et que la plupart des blogs n’expliquent jamais. Le dernier SPIVA Europe Scorecard Year-End 2025 confirme que dans la catégorie Global Equity (les fonds actions internationales), 98,44% des fonds actifs domiciliés en Europe et libellés en euros ont sous-performé l’indice S&P World sur 10 ans. Sur 3 ans, ce taux est déjà de 92,46%. Ce n’est pas un accident de parcours récent : c’est une constante documentée depuis plus d’une décennie de publication du scorecard.
Mais l’argument le plus parlant n’est pas le pourcentage de fonds battus. C’est l’écart de CAGR lui-même. Sur cette même période de 10 ans, le fonds actif moyen (pondéré de manière égale) de la catégorie Global Equity euro a affiché un CAGR de 7,60%, contre 11,85% pour l’indice S&P World.
Un écart qui semble modeste, 4,25 points de CAGR, produit un résultat spectaculaire une fois composé sur 10 ans. Avec 10 000 € investis il y a 10 ans :
- Dans le fonds actif moyen (CAGR 7,60%) : environ 20 800 €
- Dans un ETF suivant le S&P World (CAGR 11,85%) : environ 30 650 €
C’est un écart de près de 9 850 €, soit près de 50% de capital final en plus pour l’ETF, sur un placement de départ identique. Ce calcul illustre à lui seul pourquoi un point de CAGR compte infiniment plus qu’un point de moyenne arithmétique : c’est la variable qui se compose, année après année, sans jamais s’arrêter. Vous pouvez tester vous-même ce type d’écart dans le calculateur ci-dessus, en entrant les rendements annuels d’un fonds que vous détenez.
Cela dit, la SPIVA a une limite méthodologique honnête à connaître : elle intègre des fonds de “closet indexing”, c’est-à-dire des fonds qui se présentent comme actifs mais répliquent en réalité presque intégralement leur indice de référence, tout en facturant des frais de gestion active. Ces fonds tirent mécaniquement la moyenne vers le bas, sans que cela relève d’un vrai échec de gestion active. Même en excluant ce biais, l’écart de CAGR documenté reste massif et constant à travers les années.
Je détaille la méthode complète pour construire un portefeuille d’ETF diversifié, avec le calcul du coût total réel (frais d’enveloppe + frais internes de l’ETF), dans Comment investir en Bourse et dans mon livre Créer et piloter un portefeuille d’ETF.
Le CAGR ne se prête pas à l’addition, ni à la comparaison directe entre indices
Deuxième erreur fréquente : croire qu’un CAGR de 8% suivi d’un CAGR de 5% l’année suivante donne un CAGR moyen de 6,5% sur les deux ans.
Les pourcentages, comme le CAGR, ne s’additionnent jamais. Si votre patrimoine croît de 50% une année, puis de 20% l’année suivante, il n’a pas progressé de 70% (50+20) au total, mais de 80% (1,5 × 1,2 = 1,80). C’est le principe même des intérêts composés : chaque taux s’applique à une base qui a déjà changé.
Pour les plus à l’aise avec les mathématiques : les pourcentages calculés en logarithmes népériens (Ln), eux, s’additionnent. C’est une des raisons pour lesquelles certains analystes financiers préfèrent travailler en “rendements continus composés” (continuous compounded rate of return) plutôt qu’en pourcentages classiques : cela simplifie considérablement les calculs de moyennes et d’agrégation sur de longues séries de données.
Le piège des durées non annuelles
Le CAGR est, par définition, un taux annuel. Mais dans la vraie vie, les durées d’investissement ne tombent jamais rond.
Si un placement passe de 100 € le 27 juillet 2022 à 200 € le 12 mars 2026, la durée exacte est de 3,63 ans, pas 3 ou 4 ans. Le CAGR se calcule alors sur cette base précise : (200/100)^(1/3,63) – 1, soit environ 21,1% par an. C’est exactement le calcul que fait l’onglet “Calcul simple” du calculateur plus haut : entrez vos deux dates, convertissez la durée en années décimales, et le résultat s’affiche instantanément.
Là où cela devient piégeux : la confusion entre taux annualisé et taux proportionnel. Prenez un crédit à la consommation affiché à 12% par an, remboursé en une seule fois au bout d’un an. En apparence, simple. Mais si les remboursements sont mensuels (ce qui est la norme, y compris pour les crédits immobiliers), vous ne payez pas 12% en une fois : vous payez 1% chaque mois. Or 1% par mois, composé sur 12 mois, ne fait pas 12% : cela fait (1,01)^12 – 1, soit 12,68% par an en taux réellement actuariel.
Sur un emprunt immobilier à 3% ou 4% l’an (les taux pratiqués mi-2026 pour les meilleurs profils), l’écart entre taux affiché et taux actuariel réel reste faible, de l’ordre de quelques centièmes de point. Mais sur des produits à taux plus élevé (crédit conso, certaines plateformes de financement participatif), l’écart devient significatif.
À l’inverse, sur de nombreuses plateformes de crowdfunding immobilier, vous verrez des annonces du type “9% sur 24 mois”. Si ce taux n’est versé qu’une seule fois à l’échéance, sans capitalisation intermédiaire, le taux annualisé réel est mécaniquement inférieur à 9% : autour de 4,4% par an, pas 9% divisé par deux. C’est un des pièges de présentation les plus fréquents dans ce secteur, et il mérite d’être vérifié systématiquement avant de signer.
CAGR ou TRI : lequel utiliser selon votre situation ?
Le CAGR repose sur une hypothèse simplificatrice forte : un seul flux d’entrée, un seul flux de sortie, et une performance stable chaque année. Dans la réalité de l’investissement programmé, cette hypothèse ne tient presque jamais.
Si vous versez 1 000 € chaque année dans un ETF suivant le S&P 500 pendant 5 ans, dans le cadre d’un DCA (Dollar Cost Averaging, c’est-à-dire un investissement régulier et programmé), le CAGR classique ne peut tout simplement pas s’appliquer : il n’y a pas une seule valeur initiale, mais cinq versements à des dates différentes.
C’est là qu’intervient le TRI (Taux de Rendement Interne), ou IRR (Internal Rate of Return) en anglais, parfois appelé Taux de Rendement Actuariel. Sa définition officielle : c’est le taux d’actualisation qui annule la valeur actuelle nette d’une série de flux financiers. Dit plus simplement : c’est le taux unique qui, appliqué à chaque versement en fonction de sa date exacte, redonne la valeur finale observée de votre portefeuille.
Dans Excel, la formule est TRI.PAIEMENTS (ou XIRR en anglais), qui prend en argument une colonne de dates et une colonne de flux (versements en négatif, valeur finale en positif, ou l’inverse selon la convention choisie). Sur des séries longues (au-delà de 40-50 lignes), Excel peine parfois à converger vers une solution : ajouter un troisième argument avec une estimation du résultat attendu (le gain total rapporté au capital investi, annualisé) résout généralement le problème.
Le point que la plupart des calculateurs en ligne ne clarifient jamais : le TRI d’un DCA n’est pas directement comparable au CAGR de l’indice sous-jacent sur la même période. Le TRI d’un versement programmé dépend fortement du timing des versements par rapport aux points hauts et bas du marché. Deux investisseurs qui utilisent le même ETF, sur la même période, avec le même montant total investi, peuvent obtenir des TRI sensiblement différents selon qu’ils ont surtout investi en début ou en fin de période de baisse. C’est une des raisons pour lesquelles je recommande de calculer votre propre TRI personnel plutôt que de vous fier uniquement au CAGR affiché de l’indice pour juger de votre performance réelle. J’ai construit une calculatrice DCA téléchargeable en PDF qui automatise ce calcul pour vos propres versements.
Ce que le CAGR ne vous dit jamais : le risque
Dernier point, souvent oublié y compris par des investisseurs expérimentés : le CAGR ne prend en compte que le point de départ et le point d’arrivée. Il ignore totalement la trajectoire entre les deux, c’est-à-dire le risque réellement subi.
Un placement qui passe de 100 € à 105 € puis à 110 € sur deux ans affiche exactement le même CAGR (environ 4,88% par an) qu’un placement qui passe de 100 € à 150 € puis retombe à 110 €. Le premier chemin est d’une tranquillité totale. Le second implique d’avoir traversé, psychologiquement, une chute de 26,7% depuis le point haut, sans en avoir la moindre garantie de retour. Deux expériences d’investisseur radicalement différentes, pour un seul et même CAGR final.
C’est précisément pour cette raison que les analyses financières sérieuses complètent toujours le CAGR par une mesure de risque : l’écart-type des rendements (la volatilité), ou le ratio de Sharpe, qui rapporte la performance excédentaire au risque pris pour l’obtenir. Le factsheet MSCI que j’ai cité plus haut, par exemple, indique que le MSCI Emerging Markets affiche un écart-type annualisé de 17,30% sur 10 ans, contre 14,85% pour le MSCI World. Autrement dit : la prime de performance des marchés émergents s’accompagne d’une prime de risque tout aussi réelle, et le CAGR seul ne le montre jamais.
Questions fréquentes sur le CAGR
Que signifie CAGR ?
CAGR est l’abréviation de Compound Annual Growth Rate, littéralement “taux de croissance annuel composé”. C’est un pourcentage qui exprime la croissance annualisée d’un indicateur (capital, chiffre d’affaires, marge) entre une valeur de départ et une valeur d’arrivée, sur une période donnée, en tenant compte de la composition.
Comment prononce-t-on CAGR en français ?
Il n’existe pas de prononciation officielle en français, mais l’usage professionnel le plus répandu est “cagueur”, en assimilant l’acronyme à un mot prononçable. Vous entendrez aussi parfois les lettres épelées une à une (“C-A-G-R”), plus rare à l’oral.
Quelle est la formule du CAGR dans Excel ?
La formule la plus directe est =TAUX.INT.EQUIV(nombre de périodes ; valeur de début ; valeur de fin). Vous pouvez aussi utiliser =PUISSANCE(valeur finale/valeur initiale ; 1/nombre d'années)-1, ou son équivalent avec l’opérateur puissance =(valeur finale/valeur initiale)^(1/nombre d'années)-1. Les trois donnent rigoureusement le même résultat. Sur Google Sheets, remplacez PUISSANCE par POWER.
Le CAGR est-il la même chose que le rendement annuel moyen ?
Non, et c’est la confusion la plus fréquente et la plus coûteuse. Le “rendement annuel moyen” désigne généralement la moyenne arithmétique des performances de chaque année, qui est presque toujours supérieure au CAGR réel dès que les rendements varient d’une année à l’autre. Seul le CAGR reflète ce que vous avez réellement gagné, parce qu’il tient compte de la composition. Le calculateur plus haut dans cet article vous permet de vérifier l’écart sur vos propres chiffres.
Un CAGR négatif, qu’est-ce que cela signifie ?
Cela signifie que la valeur finale est inférieure à la valeur de départ : l’indicateur a globalement décru sur la période, même si certaines années intermédiaires ont pu être positives. Un CAGR de -5% par an sur 10 ans, par exemple, correspond à une perte cumulée d’environ 40% du capital de départ.
Peut-on calculer un CAGR sur moins d’un an ?
Oui, la formule fonctionne avec n’importe quelle durée exprimée en années, y compris décimale (0,5 pour six mois, 0,25 pour un trimestre). Le résultat reste un taux annualisé : il répond à la question “si cette croissance se poursuivait au même rythme pendant une année entière, quel serait le taux obtenu ?”, ce qui peut donner des chiffres extrêmes sur de très courtes périodes et doit être interprété avec prudence.
Quelle est la différence entre CAGR et TRI ?
Le CAGR suppose un seul versement au départ et une seule valeur à l’arrivée, sans mouvement entre les deux. Le TRI (Taux de Rendement Interne) s’applique dès qu’il y a plusieurs flux financiers à des dates différentes, typiquement un versement programmé (DCA) avec des apports réguliers. Dans Excel, le TRI se calcule avec la formule TRI.PAIEMENTS (XIRR en anglais), en indiquant chaque flux et sa date.
Le CAGR d’un ETF affiché sur une fiche produit est-il fiable ?
Il est exact sur le plan du calcul, à condition de bien lire la période concernée et de vérifier s’il s’agit d’une performance brute ou nette de frais. En revanche, un CAGR passé, même fiable, ne préjuge jamais de la performance future : les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Peut-on utiliser le CAGR pour un chiffre d’affaires ou une marge d’entreprise ?
Oui, c’est l’un des usages les plus courants du CAGR en dehors de la finance de marché : il sert couramment à mesurer la croissance annualisée d’un chiffre d’affaires, d’un EBITDA, d’un nombre de clients ou d’un taux de marge, avec exactement la même formule et les mêmes précautions. Un point de vigilance spécifique aux taux de marge : le CAGR d’un taux de profitabilité (par exemple de 8% à 14%) mesure sa croissance relative, ce qui est différent de sa progression en points. Précisez toujours laquelle des deux lectures vous utilisez.
Conclusion pour l’Épargnant 3.0
Le CAGR est un outil précieux, à condition d’en connaître les limites. Voici ce qu’il faut retenir et appliquer concrètement :
- Ne confondez jamais CAGR et moyenne arithmétique. Face à un “rendement moyen” annoncé, demandez toujours la méthode de calcul. L’écart peut représenter plusieurs milliers d’euros sur une décennie, et il est d’autant plus grand que la série est volatile.
- Utilisez le TRI, pas le CAGR, dès qu’il y a plusieurs flux. Un versement programmé (DCA), des apports et retraits multiples, ou une durée non ronde imposent la formule TRI.PAIEMENTS d’Excel, pas la formule CAGR simple.
- Vérifiez toujours la fréquence de capitalisation d’un taux annoncé, en particulier pour un crédit ou un placement à échéance : un “9% sur 2 ans” n’est presque jamais un CAGR de 9% par an.
- Ne jugez jamais un placement sur son seul CAGR. Complétez systématiquement par une mesure de volatilité ou de drawdown maximal (la perte maximale subie depuis un point haut), pour évaluer le risque réellement pris.
- Rappelez-vous que même les meilleurs gérants actifs ne parviennent pas à battre durablement les indices : c’est un écart de CAGR de plusieurs points annuels qui se compose, sans discontinuer, en votre défaveur si vous choisissez un fonds actif classique.
Utilisez le calculateur intégré à cet article pour vérifier vos propres chiffres avant de prendre une décision : un placement, un fonds, ou même la croissance de votre activité si vous êtes entrepreneur.
Pour calculer rapidement votre propre CAGR, votre TRI en cas de versements programmés, ou simuler l’impact des frais sur 10, 20 ou 30 ans, mon application Épargnant 3.0 regroupe l’ensemble de mes calculateurs, gratuitement et sans inscription. Elle est disponible sur iPhone et iPad et sur Android.
Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste !


Merci beaucoup pour cet article et tous les autres qui vulgarisent un domaine qui m’était totalement obscur il y a peu.
Je suis bien loin des notions de VAN et de TRI que vous évoquez en commentaires et j’aimerai déjà savoir si j’ai compris la base.
Pouvez-vous consacrer quelques minutes à ma simulation et me donner votre avis?
données:
– A0 (€): montant de l’investissement fait le 01/01/2021 (net de frais d’entrée) en ETF sur un PEA
– p (%): performance annualisée sur les n années
– f (%): pourcentage (ramené au portefeuille) des frais de gestion annuels des produits ETF
– T (%): taxes CSG/CRDS sur les plus-values
– i (%): inflation annualisée sur les n années
– n : durée de l’investissement en nombre d’années
– t : n° de l’année que je définis comme étant “maintenant” pour calculer l’impact de l’inflation. Initialisé à 0 le 01/01/2021
– An (€): valeur net de p, de f, de T et de i de mon portefeuille n année(s) plus tard
hypothèses:
– investissement fait en un versement unique
– aucun versement autre que a0 durant les n années
– T reste inchangé durant les n années
– la répartition des produits dans le portefeuille reste la même pendant les n années
– frais de gestion annuels prélevés en début d’année
An=((A0*(1+p-f)^n)-(T*((A0*(1+p-f)^n)-A0)))*(1-i)^(n-t)
application concrète:
A0=100000€, p=8% (performance actions depuis 1900), f=0.36%, T=17.2%, i=2%, n=30, t=0 (Je mets “maintenant” en 2021)
j’obtiens le résultat:
A30=((100000*((1+8%-0.36%)^30))-(17.2%*((100000*(1+8%-0.36%)^30)-100000)))*((1-2%)^(30-0))
A30=420554€
Merci d’avance de votre retour
Toujours aussi intéressant,
Merci beaucoup !
Quel est donc l indicateur le plus pertinent : calculer le Cagr sans prendre en compte le risque semble une erreur dans un calcul de rentabilité financière on parle toujours de couple rentabilité/risque De même ne pas prendre en compte l inflation qui diminue la rentabilité semble être une erreur quel est donc l indicateur qui prend en compte ces deux éléments ? Merci d avance pour ta réponse Edouard
Didier le seul vrai indicateur c’est la VAN (Valeur Actuelle Nette).
C’est plusieurs heures de cours en école de commerce :-)
Mais je pense que je vais faire quelques articles de blog sur le sujet.
Merci beaucoup pour cet article, très intéressant, et merci pour la formule.
Merci. Pour ma part, j’ai cherché à calculer un TRI et je n’y comprend pas grand chose, les resultats ne me semblent pas cohérents…
Oui, le TRI est un sujet un peu compliqué. J’ai prévu d’écrire sur ce sujet aussi.
La définition officielle est :
“Le taux de rentabilité interne (TRI) est un taux d’actualisation qui annule la valeur actuelle nette d’une série de flux financiers”
Sympa la définition …
Romain, envoyez-moi si vous voulez votre “incohérence”, il suffit de faire un reply sur le mail envoyé au travers de la mailing list
Pur calculer un TRI sous excel il suffit de créer:
1 colonne avec les dates des cash flows
1 colonne avec les montants correspondants (par exemple + pour les investissements et – pour les ventes)
Dernière ligne avec la date finale de la période considérée et la valeur de l’investissement à cette date (avec le signe opposé des investissements donc un signe négatif si les investissements on été renseignés comme positif)
Appliquer la formule:
=TRI.PAIEMENTS(colonne des cash flows;colonne des dates)
Cela vous donne le taux de rendement annualisé de l’investissement considéré ou portefeuille si vous avez tout additionné dans les cash flows.
J’utilise cette formule pour tous mes investissements que ce soit des actions/ETFs, crowdfunding, etc.
En version anglaise la formule est XIRR et le “;” doit être remplacé par “,” entre les parenthèses.
J’utilise également la formule du TRI sous Excel mais j’ai remarqué qu’au bout d’un certain nombre de lignes (supérieur à 40 ou 50), la formule TRI renvoie toujours la même valeur. Cela vient du fait que le calcul est trop complexe et Excel ne parvient pas à trouver le résultat.
Pour “corriger” ce problème, il faut ajouter un troisième argument à la fonction TRI qui est une estimation du résultat attendu (!). Pour avoir cette estimation en 3e colonne, je calcule simplement le pourcentage de gain obtenu par rapport au total investi depuis le début et en annualisé.
Cela donne donc la formule de TRI dans Excel :
=TRI.PAIEMENTS(colonne des cash flows; colonne des dates; % gain par rapport au total investi depuis le début et en annualisé)
Bon article comme toujours, merci! Mais sauf erreur de ma part le R correspond à Rate et non à Return.
Bonne journée !
Oui (modifié)
Merci Marc