Benjamin Graham
Bonnes pratiques investissement

Benjamin Graham et l’investisseur intelligent

Benjamin Graham est un investisseur de légende et le mentor de Warren Buffett, l’un des hommes les plus riches du monde. Il a en particulier écrit un livre de référence : l’investisseur intelligent. Il est le livre de chevet de nombreux investisseurs en actions, en particulier ceux qui sont adeptes de ce que l’on appelle l’investissement “dans la valeur” ou “value”.

Nous allons voir pourquoi Benjamin Graham est le père fondateur de la gestion active, mais aussi celui de la gestion passive.

Qui est Benjamin Graham ?

Un investisseur de légende qui a tiré des leçons de la crise de 29

Benjamin Graham est un analyste financier de légende, né en 1894 et décédé en 1976. Il a commencé à travailler à Wall Street, à 25 ans. Peu après, il a vécu les troubles économiques et boursiers de la crise de 1929. Il en a retiré des enseignements très importants concernant le développement de son patrimoine, mais aussi la conservation de son patrimoine grâce à la bourse.

Deux livres de référence sur l’investissement : l’interprétation des états financiers et l’investisseur intelligent

Il a commencé par écrire le livre Security Analysis (l’ Interprétation des États Financiers en français) avec David Dodd en 1934 (en plein durant la grande dépression). Pour rappel, un état financier correspond à la représentation synthétique des comptes de l’entreprise. Les trois principaux sont :

  • Le bilan, qui décrit le patrimoine de l’entreprise (en positif et en négatif, c’est-à-dire l’actif et le passif)
  • Le compte de résultat, qui présente l’évolution de ce patrimoine entre deux dates
  • Le tableau de flux de trésorerie, qui synthétise les flux d’argent entre deux dates

C’est un livre de référence, car c’est le livre qui a inventé l’analyse financière et l’investissement boursier professionnel. Il se penche plus sur ce que l’on appelle l’analyse fondamentale (les fondamentaux de l’entreprise), plutôt que sur la spéculation. Il donne les clés pour définir la valeur intrinsèque d’une société.

Benjamin Graham publie en 1949 “L’investisseur Intelligent”. L’investisseur intelligent est moins spécifique à l’analyse des états financiers. Il décrit comment bien acheter des actions, mais aussi un portefeuille d’actions. En réalité, il donne des pistes sur les meilleures façons de gérer son patrimoine. Il est nettement plus accessible que son précédent livre.

Le gourou de Warren Buffett

Benjamin Graham a eu beaucoup de disciples, dont Warren Buffett. Warren Buffett était l’élève de Benjamin Graham lorsque ce dernier était professeur à l’université de Columbia (à New York). Buffett a même travaillé dans l’entreprise de Graham. D’ailleurs, la préface de l’Investisseur Intelligent a été écrite par Warren Buffett. Il aurait lu la première version de l’investisseur intelligent en 1949, alors qu’il n’avait que 19 ans !

Que peut-on apprendre dans l’investisseur intelligent ?

Les grands principes de l’investisseur intelligent : l’investissement dans la valeur ou value

Benjamin Graham cherche à expliquer comment construire un portefeuille d’actions et d’obligations dans la durée et tenable pour un investisseur individuel. Tout au long du livre, il appuie sur le fait qu’investir et spéculer est très différent. Il faut investir sur le long terme dans des entreprises en faisant une analyse fondamentale (plus ou moins détaillée).

Tout l’objectif est de découvrir des entreprises dont la valeur fondamentale est supérieure au prix qu’il faut payer en bourse. En effet, le marché peut être particulièrement facétieux. De bonnes entreprises peuvent être laissées de côté. C’est le principe de l’investissement dans la valeur ou value. Il considère même qu’il faut prendre une marge de sécurité (margin of safety) importante, afin de limiter le risque de perte en capital.

Aussi, il insiste sur le fait qu’il faille diversifier : à la fois entre les actions et les obligations, mais aussi entre les actions.

L’investisseur conservateur

Benjamin Graham considère qu’on peut investir au travers d’OPC. Cependant, il notait déjà que la performance n’était pas mirobolante en raison des frais de ces fonds. Il considère tout de même que l’investisseur moyen en fonds a nettement plus de chance d’avoir une performance correcte que l’investisseur moyen en actions en direct.

Cependant, en appliquant des règles simples, on peut espérer avoir une bonne performance et peut-être même meilleure que celle du marché. Il propose deux façons de faire : une pour l’investisseur défensif ou conservateur, et une pour l’investisseur audacieux.

L’investisseur défensif sera investi plus ou moins à parts égales dans un portefeuille d’actions de qualité et dans des obligations, elles aussi de qualité (dans les modules Plus de la formation, je passe en revue les meilleures façons d’investir en obligations).

Graham propose de sélectionner des actions selon les critères suivants :

  • Des grandes entreprises prééminentes.
  • Des entreprises solvables :
    • un actif de court terme deux fois supérieur au passif de court terme
    • des dettes à long terme inférieures au besoin en fond de roulement
  • Pas de sociétés en perte et une croissance des résultats sur le moyen terme
  • Des versements continus sur le long terme (20 ans)
  • Un PER (cours / bénéfice) inférieur à 15
  • Un PB (cours / fonds propres) inférieur à 1,5

L’investisseur audacieux

On peut aussi être un peu plus audacieux. Dans ce cas-là, on pourra se concentrer sur les sociétés respectant les critères suivants :

  • Une solvabilité importante : l’actif courant supérieur à 1,5 fois le passif courant et des dettes inférieures à 110% 
  • Pas de pertes sur les 5 dernières années et une croissance des bénéfices sur la dernière année
  • Un historique de dividende
  • Un prix en bourse inférieur à 120% des actifs nets tangibles

L’investisseur entreprenant pourra tenter d’acheter lorsque les marchés sont bas et acheter quelques valeurs de croissance ou des situations spéciales (par exemple, des entreprises en passe d’être rachetées).

L’investisseur audacieux fera une analyse détaillée des comptes et de la stratégie de la société pour découvrir la valeur que n’a pas découverte le marché. Si la marge de sécurité est suffisamment importante, il pourra alors investir.

Les préconisations de Benjamin Graham sont-elles toujours d’actualité ?

Il est particulièrement passionnant de voir que même si le monde a changé, les préceptes décrits dans cet ouvrage sont particulièrement d’actualité.

Le monde a changé depuis la publication de l’investisseur intelligent

L’investisseur intelligent a été édité 4 fois (entre 1949 et 1972). On pourra noter que certaines personnes considèrent les anciennes éditions meilleures.

Le monde a clairement changé depuis le début 1970, par exemple :

  • Les taux des obligations ont largement chuté
  • Les dividendes prennent une place moins importante, notamment en raison du développement du rachat d’actions
  • L’informatique permet de faire des analyses nettement plus poussées que celles que l’on pouvait faire à l’époque
  • Les fonds indiciels se sont développés

Le livre reste largement d’actualité, même si …

Bien que le monde ait changé, l’investisseur intelligent est une lecture passionnante. On y apprend plein de choses justes, et on est sidéré de voir que l’on rabâche les mêmes bonnes pratiques d’investissement depuis des années.

Aussi, Benjamin Graham est le père fondateur de l’investissement value, dont beaucoup d’investisseurs, professionnels et particuliers, se réclament.

Naturellement, les avancées dans la science financière et le plus grand recul, font que certaines choses me paraissent un petit peu fausses. Mais ce n’est rien comparé au génie fondateur de ce livre.

Benjamin Graham, les marchés efficients et le smart beta

J’aimerais aussi souligner le fait que l’on considère que Benjamin Graham est le fondateur de l’analyse fondamentale des entreprises, que l’on pourrait trop rapidement opposer à l’investissement passif, l’investissement indiciel ou même à l’investissement par algorithme.

Cela ne me paraît clairement pas être le cas. Graham explique clairement que c’est une tâche ardue de battre le marché. Aussi, même s’il se moque des facéties de celui qu’il appelle “Mister Market”, il considère que l’analyse fondamentale croit bien que le marché peut être efficient. En effet, toute l’idée est d’investir dans des valeurs lorsque le marché n’est pas rationnel, puis espérer que le marché devienne rationnel ! Tout investisseur actif doit croire à l’efficience des marchés. Étonnant non ?

Aussi, il utilise clairement des algorithmes pour sélectionner ses valeurs. A l’époque, il faisait tout à la main en épluchant des “Stocks guides”. Désormais, tout se fait par ordinateur. Dans le monde des ETF, c’est ce que l’on appelle le Smart Beta.

Conclusion pour l’Épargnant 3.0 : Benjamin Graham est aussi le père fondateur de l’investisseur passif !

Benjamin Graham est à la fois le père fondateur des investisseurs actifs, mais aussi des investisseurs passifs !

Ben a toujours pensé comme un investisseur passif. Il était très diversifié.

Warren Buffett

Vous retrouverez cette citation et bien d’autres dans cette petite vidéo en anglais

On notera aussi dans cette vidéo les mots de Graham lui-même

Tout le monde à Wall Street est si intelligent que leur éclat se compense. Et que tout ce qu’ils savent se reflète déjà dans le niveau des cours des actions, à peu près. Par conséquent, ce qui se passera à l’avenir représente ce qu’ils ne savent pas.

Benjamin Graham

C’est vraiment la définition des marchés efficients. Et c’est aussi un élément absolument majeur à comprendre pour celui qui veut sélectionner lui-même ses actions. 

Alors, oui c’est vrai que ce livre n’est pas si facile à lire que cela, que ce soit en anglais ou en français. Il est écrit dans un contexte américain, il faudra donc arriver à se projeter. Aussi, il vaut mieux avoir des connaissances préalables sur les états financiers (même en français, car les traductions sont parfois, je trouve, pas évidente à intégrer).

L’investisseur Intelligent est un livre à lire absolument pour les personnes qui veulent développer leur culture financière. Et il n’y a pas besoin de tout comprendre pour retirer des bénéfices de cette lecture. Le travail sur sa psychologie et le développement de sa culture financière sont les mamelles de la réussite dans le monde de l’investissement.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et pour tout le reste

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4 Comments

  1. cinéphil dit :

    Bonjour Edouard,

    Votre article est très intéressant.

    Dans la partie l’investisseur audacieux, vous écrivez: »un prix en bourse inférieur à 120 pour cent des actifs nets tangible ».Y-aurai-t-il une erreur ?Parce si je multiplie 120 pour cent de 100 par exemple, je trouve moins 20.

    En tout cas , bravo pour vos articles et continuez!!!

  2. Edouard, je pense que vous vouliez dire « supérieure » dans cette phrase : « Tout l’objectif est de découvrir des entreprises dont la valeur fondamentale est inférieure au prix qu’il faut payer en bourse. »

    Merci pour ce nouvel article,
    Adrien

    1. Merci Adrien, c’est corrigé. Il tape tellement sur les valeurs de croissance, que j’ai écrit trop vite en mixant trop vite. C’est aussi important d’investir dans les valeur sous cotées, que d’investir des valeurs sur cotées. Ce serait intéressant de savoir ce qu’il pense du phénomène Tesla.