Dans cet article je parle des obligations, un sujet peu traité. Je compare deux façon d’investir en obligations : grâce aux ETF (Exchange Traded Funds) et grâce aux fonds en euros. En effet, les fonds en euros sont composés en grande partie d’obligations.

Les ETF obligataires sont ils une alternative aux fonds en euros crédible ? Apportent-ils plus de performance ? Sont-ils moins risqués ? Sont-ils plus efficaces dans un portefeuille global ?

Je montre un certain nombre de choses :

  1. Les obligations, même des Etats occidentaux, sont bien plus risquée que ce qu’on a l’habitude d’entendre.
  2. Les obligations peuvent être très bénéfiques dans un portefeuille financier, car elles peuvent être anti corrélées aux actions. Les ETF permettent d’investir en obligations.
  3. Les fonds en euros sont probablement moins performant que les ETF obligataires, et ne peuvent pas avoir une performance exceptionnelle lors des fortes baisses du marché actions. Cependant, ils ont un intérêt réellement important.

Regardons cela plus en détail.

Les obligations d’Etat ont eu une performance supérieure aux fonds en euros depuis 1976

La performance des fonds en euros et des obligations d’Etat en France

Les graphiques ci-dessus et ci-dessous présente la performance d’un investissement en obligations et un fonds en euros depuis 1976

Dans le graphique ci-dessous, j’ai utilisé un graphique en échelle logarithmique (alors que celui en tête d’article a une échelle « normale »). En effet, sur les longues périodes, comme ici, les différences, du fait de la magie des intérêts composés, sont exacerbées.

  • Lorsqu’on utilise un graphique avec une échelle classique les hausses ou les baisses sont en valeurs et non en pourcentage. Ainsi, on voit très peu les variations lorsque l’on remonte loin dans le temps.
  • Lorsque l’on utilise un graphique en échelle logarithmique, un pourcentage de hausse ou de baisse a la même dimension, quelle que soit la date.

 

 

La première chose qui saute aux yeux est évidemment la surperformance d’un investissement dans l’obligation d’État à 10 ans ! Depuis 1976, la performance annualisée a été 8,8% pour les obligations d’État, tandis que la performance des fonds en euros a été de 6,8%. La différence est tout de même très significative. Il faut noter que l’un des plus anciens et meilleurs fonds en euros, celui de l’Afer, a eu une performance de 7,7% par an sans prendre en compte les frais de gestion et les frais d’entrée. On est encore loin du compte.

Il n’existait pas d’ETF en Europe en 1976, mais on voit sur le graphique qu’un « simple » ETF obligations d’États européens a (depuis 2003 pour le Lyxor et 2009 pour l’iShares) aussi une performance largement supérieure à celle des fonds en euros !

Si vous ne savez pas de quoi est constitué un fonds en euros, je vous conseille de lire cet article du blog. Cet article sur les risques des fonds en euros peut aussi être très utile.

La performance des obligations d’Etat aux Etat-Unis

Les performances d’un investissement dans un emprunt d’État français n’a pas été une exception par rapport aux autres pays. Regardez la performance d’un investissement identique aux États-Unis. Ici aussi en échelle logarithmique. La performance est de 7,5% par an tout de même.

D’où vient cette sous-performance des fonds en euros ?

Comment, est-ce que les assureurs-ont-ils bien pu faire pour avoir une performance inférieure aux obligations d’État alors que l’on considère souvent que les fonds en euros sont essentiellement investis en emprunts d’État ?

Une première explication : les frais des fonds en euros

Les frais évidemment, mais nous avons vu qu’ils n’expliquaient pas tout. Serait-ce le fait qu’ils ne soient pas investis uniquement en obligations d’État ? Par exemple, le fonds Eurossima, très répandu sur internet, est certes composé à 85% d’obligations, cependant uniquement la moitié de celles-ci en obligations d’État (le reste étant des prêts aux entreprises). Cela étant, historiquement il y avait beaucoup plus d’obligations d’État et les obligations d’entreprises n’ont pas particulièrement mal performé sur la période. Aussi, les fonds en euros ont désormais un peu d’actions. Mais on ne peut pas dire que les actions aient eu une mauvaise performance sur cette période, bien au contraire !

Aussi, les assureurs ont le droit de faire des réserves, mais ils sont obligés de les redistribuer au cours des huit années suivantes. Sur le long terme, ce n’est donc pas censé être la raison de la sous-performance.

Les gérants ont peut-être tout simplement détruit de la valeur en essayant d’être plus malins que le marché. Peut-être… probablement diront certains même.

La performance et les risques de l’investissement en obligations aux Etats-Unis et sur le long terme en France

Cependant, il faut aller un cran plus loin. On peut voir sur le graphique que l’investissement en obligations d’État françaises ne baisse pratiquement jamais. On a bien eu -5% en et -1% en 2000 et en 2017. Est-ce que c’est la règle pour les obligations ? Évidemment pas.

La variation des obligations aux Etats-Unis depuis 1976

Voyons déjà ce qui s’est passé aux États-Unis sur la même période. Il y a eu des baisses supérieures à 5% et souvent proches de 10% en 1994, 1999, 2009 et 2013.

Les pertes maximales des obligations en France depuis 1800

Maintenant, regardons sur une plus longue période. Le graphique représente les pertes par rapport au plus haut précédent, dans des obligations françaises de 1800 à 2010.

Cela étant il faut faire attention, car l’inflation peut être très élevée. Elle a par exemple été supérieure à 40% en 1947. La perte en pouvoir d’achat en 1947 a donc été proche de plus de 40%.

Les pires années pour les obligations dans le monde entier depuis 1900

Regardons donc les performances et les risques dans plusieurs pays, et en prenant en compte l’inflation.

On peut voir que la performance est faible et qu’il y a tout de même des baisses énormes.

En comparaison, un fonds en euros ne peut pas baisser. Certes, il ne peut pas baisser brut d’inflation (et désormais brut de frais sur certains fonds en euros). Cela veut dire que l’on peut perdre en pouvoir d’achat. Mais c’est tout de même un investissement nettement plus sécurisé qu’un investissement en obligations d’État. Et moins de risque = moins de performance.

On pourra argumenter que si les obligations d’État font -50% les assureurs feront faillite. C’est finalement pire. C’est peut-être vrai. Cependant, il me paraît clair, que dans les scénarios non extrêmes, un investissement en fonds en euros est plus sécurisé qu’un investissement en obligations.

De plus, dans un environnement où les taux d’emprunt sont très bas, les réserves des assureurs pourraient être très utiles.

La corrélation ou la non corrélation des obligations par rapport aux actions

Les obligations peuvent être anti coréllées, et les ETF obligataires sont nettement plus transparents que les fonds en euros

Un autre point important est que les obligations sont parfois anticorellées avec les actions, mais aussi parfois corrélées avec la hausse des actions (les actions et les obligations baissent en même temps). Ajouter des ETF obligations à des ETF actions plutôt que des fonds en euros, qui eux ont une corrélation nulle avec les actions, peut apporter de la valeur comme en détruire. C’est donc une incertitude et donc un risque.

Au global, je dirais donc qu’un investissement en ETF obligataire est plus risqué (et plus performant) qu’un investissement dans un fonds en euros. Or l’objectif premier de cette partie du portefeuille n’est pas la performance, mais de pouvoir dormir tranquille en limitant le risque et de pouvoir acheter des actions lors des krachs. Le fonds en euros a donc toute sa place dans un portefeuille « Lazy » performant. D’autant plus que l’on peut trouver des fonds en euros boostés qui sont assez attractifs (Suravenir Opportunités ou Spririca Long Terme). Dans ma formation, je fais un focus sur ces fonds en euros boostés.

Cependant, les ETF obligataires sont nettement plus transparents que les fonds en euros. Les rapports de gestion des fonds en euros sont très peu détaillées et on ne sait pas que très difficilement quelles sont les réserves et les plus values latentes.  Ils ont des frais bien inférieurs (0,2 % contre 0,7%). Ce sont deux éléments très importants. Les ETF obligataires ne sont donc pas à négliger pour l’épargnant qui désire avoir un portefeuille financier optimal. Dans « Créer et piloter un portefeuille d’ETF », je détaille les intérêts et inconvénients des différents types d’obligations (emprunts d’État, corporate, high yield, émergents etc.).

Le célèbre fonds en euros Eurossima de Generali contre un ETF obligataire depuis 2004

Revenons désormais sur le « court terme » : comparons un bon fonds en euros (Eurossima) avec un ETF obligataire (celui de Lyxor) depuis 2004 (date de création de l’ETF).

  • Le fonds en euros a eu une performance annualisée de 3,7% et une volatilité de 1%
  • L’ETF obligataire a eu une performance annualisée de 4,1% et une volatilité de 4%

La volatilité, dans ce cas, n’est pas un indicateur totalement pertinent, car la performance d’un fonds en euros est décidée par l’assureur et ne découle pas totalement de la performance de ses investissements. Cette volatilité impacte malgré tout notre perception, on ne peut pas complètement l’écarter. La volatilité des obligations fait que si l’on avait pris une période un peu différente les résultats auraient été aussi assez différents. La différence de performance entre un bon fonds en euros net de frais (en l’occurrence celui de l’Afer) et les obligations d’État est supérieure à 1,4 point depuis 1976.

Aussi, pour réellement comparer, il faut prendre en compte la fiscalité des différentes enveloppes. Pour avoir une fiscalité identique, il aurait fallu mettre l’ETF dans une (bonne assurance vie) et donc retrancher 0,6 point de frais. Le fonds en euros repasse alors devant depuis 2004. Cela étant désormais avec la « flat tax », surtout lorsque l’on a plus de 150K€ en assurance vie, le CTO redevient attractif et on peut économiser ces frais additionnels.

Les réserves de performance des fonds en euros

Cela étant, comme je l’explique dans les articles du blog mis en lien au début de l’article et dans le livre  « Créer et piloter un portefeuille d’ETF » il ne faut pas oublier que les fonds en euros ont accumulé des réserves importantes et ont des stocks de plus values latentes significatives … qui pourront être redistribuées dans le temps. Aujourd’hui, sous la pression du législateur les fonds en euros stockent de l’argent sans le distribuer aux épargnants pour préparer les temps difficiles si ils arrivent … un jour ils devraient bien les redistribuer. Mais comme tout n’est jamais noir ou blanc, il faut aussi savoir que les assureurs font en partie ce qu’il veulent de cette potentielle manne. Je cite le journal investir du 3 février 2018 :

Le premier type de réserve est la provision pour participation aux bénéfices (ou aux excédents), appelée couramment « PPB ». Elle peut être alimentée au gré de la société, et être utilisée quand bon lui semble. Ces dernières années, notamment sous l’injonction de la Banque de France, qui veille à la stabilité du système, les compagnies se sont pliées au renforcement de cette réserve, plutôt que de distribuer tous les gains engrangés immédiatement. Selon Goodvaleurformoney.eu, ce sont 3,08 % de rendement que les assureurs y avaient abrités à la fin 2016 ; un niveau qui devrait approcher des 3,5 % cette année. Certaines sociétés ont désormais plus de 5 % de rendement, ainsi, mis de côté. C’est le cas chez ACMN Vie ou à la GMF, par exemple. (…) Rien ne dit que les assureurs l’utiliseront pour renforcer le rendement d’un de vos contrats (ils peuvent favoriser seulement l’un d’eux), et ils peuvent aussi la vider virtuellement pour répondre à leurs contraintes, mais en l dotant à nouveau des mêmes montants (par exemple prélever 1 % sur la réserve et immédiatement redoter celle-ci de 1 %). Enfin, seuls les assurés qui détiendront encore le même contrat dans les prochaines années sont susceptibles d’en profiter : si vous rachetez votre épargne, ou si vous disparaissez précocement, ces gains ne vous profiteront jamais.

La seconde réserve importante est plus encadrée. Il s’agit de la « réserve de capitalisation », où les assureurs doivent obligatoirement placer les plus-values réalisées lors de la vente d’obligations détenues en direct. Elle évite que des assureurs vendent « les bijoux de famille » pour doper momentanément leurs résultats. Elle ne peut être utilisée par les compagnies que dans un seul cas : pour compenser des moins-values sur les obligations. Elle pourrait donc être utilisée en cas de remontée des taux obligataires pour se séparer du papier le moins rentable et prendre position sur de nouvelles obligations plus rémunératrices. Selon Goodvalueformoney.eu, elle représente l’équivalent de 1,19 % de rendement ; un niveau assez stable depuis plusieurs années.

Si vous décidez de vous appuyer sur les fonds en euros, il est primordial de choisir une excellente assurance vie. Afin de vous aider, j’ai réalisé un comparatif des meilleures assurances vie.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne … et surtout pour tout le reste.