Classement fonds souverains
Définitions

Les fonds souverains : qui sont-ils ? peut-on s’en inspirer ?

Les fonds souverains font de plus en plus partie de notre paysage. Ils n’étaient que 20 il y a vingt ans. Ils sont aujourd’hui une centaine. Tout le monde a entendu parler des investissements du Qatar. Ils sont l’objet d’une curiosité croissante, à laquelle s’associent parfois des interrogations voire des craintes tant ils sont aujourd’hui des acteurs importants du monde de la finance.

Le Qatar va-t-il racheter la France ? La Chine veut-elle racheter les banques occidentales ? Nous avons tous vu au moins une fois ce genre de titres dans la presse économique, en particulier depuis la crise financière de 2008. Ces États, par le biais de leurs fonds souverains, ont parfois fait l’acquisition de symboles. Cela suscite des craintes quant à un possible expansionnisme géopolitique, sous couvert d’investissements économiques.

Regardez par exemple ce titre du journal Les Echos il y a quelques mois à propos du fonds souverain qatari.

Fonds souverain Qatari - Les Echos
Article des Echos sur le fonds souverain qatari

Le fait que certains fonds souverains soient très transparents quant à leurs activités, alors même que d’autres restent relativement opaques quant à leur fonctionnement ou même leurs avoirs ne fait qu’accroître certaines craintes.

Le Sovereign Wealth Fund Institute estime le montant global des actifs gérés par les fonds souverains à plus de 8200 milliards de dollars. Les cinq plus gros pèsent plus de 4000 milliards. À titre de comparaison, cela représente un encours global plus important que celui des hedge funds (autour de 3000 milliards aujourd’hui). Cependant, c’est bien plus faible que les investissements des fonds de pension (32000 milliards de dollars à fin 2019, source OCDE).

Vous pouvez aussi probablement, même en tant qu’investisseur particulier, vus inspirer de leurs pratiques d’investissement.

Quelle est la définition d’un fonds souverain ?

Un fonds souverain (en anglais Sovereign Wealth Fund) est un fonds d’investissement financier détenu ou géré par un État. Il sert généralement à investir les excédents de liquidités nationaux, dans divers types de placements, des actions, obligations ou même des actifs immobiliers.

Les ressources des principaux fonds souverains proviennent essentiellement des ressources pétrolières ou des excédents commerciaux de ces États. Il n’existe pas de définition “officielle” plus précise. Cependant, le FMI (Fonds Monétaire International) donne un certain nombre de critères pour qu’un fonds puisse être qualifié de souverain. Il s’agit principalement : 

  • de la gestion ou du contrôle par une autorité étatique, 
  • d’une stratégie d’investissement essentiellement à long terme,
  • de la recherche d’objectifs macroéconomiques précis comme le lissage des fluctuations de l’activité économique, par exemple pour les variations des cours des matières premières, ou l’épargne intergénérationnelle; essentiellement dans des actifs étrangers.

Le FMI a également mis en place un groupe de travail sur les fonds souverains l’International Forum of Sovereign Wealth Funds (initialement dénommé International Working Group of Sovereign Wealth Funds). Rédigés par ce groupe de travail dès 2008, les “Principes de Santiago” sont un ensemble de pratiques généralement acceptées par les membres de l’IFSWF, au nombre de 24. Elles ont pour objectif d’encourager la transparence, la bonne gouvernance, la responsabilité et des pratiques d’investissement prudentes tout en favorisant un dialogue permanent et une compréhension concrète des activités des fonds souverains.

Depuis quand existent-ils ?

Le premier fonds souverain a été créé en 1953

Le Koweït est en 1953 le premier pays à créer un fonds souverain, le Koweït Investment Board. Ce fonds vise à investir les excédents de liquidités liés à l’exportation de son pétrole. Plusieurs États du golfe persique, ainsi que le Canada ou la Norvège ont ensuite créé leurs fonds souverains, poursuivant le même objectif. Leur existence est liée au fait que les hydrocarbures, et les ressources minières en général, ne sont pas inépuisables. Elles assurent aux États qui les détiennent une forte manne financière, dont ils sont parfois totalement dépendants. Ces fonds permettent à ces pays de préparer l’après et de stabiliser leur économie en se prémunissant contre les fluctuations conjoncturelles des prix des ressources exportées et donc de leurs revenus.

Une seconde vague de création de ces fonds concerne des pays souhaitant investir leurs excédents commerciaux.

Les différents types

C’est pourquoi on distingue communément aujourd’hui deux types de fonds souverains principaux : 

  • les fonds dits commodity, qui ont été créés à partir des recettes d’exportation de ressources naturelles. Ils représentent entre 50 et 60% des fonds. 
  • les autres fonds souverains, qui ont été créés à partir d’un excédent de réserves de change, de recettes de privatisation, de surplus budgétaires, de regroupements d’entreprises nationales, etc.

On les classe également en catégories en fonction de leurs objectifs et stratégies d’investissement, ces catégories n’étant pas mutuellement exclusives : 

  • les fonds de stabilisation, qui visent à protéger des variations des revenus liés à l’exploitation des ressources naturelles (c’est le cas des fonds commodity), 
  • les fonds d’épargne pour les générations futures,
  • les fonds dits d’optimisation, qui visent à investir les réserves de change du pays afin d’en obtenir une meilleure rémunération,
  • les fonds de développement, dont l’objectif est de soutenir des projets socio-économiques au sein du pays, par exemple dans l’appareil industriel, les infrastructures,
  • les fonds de réserve pour les retraites.

Les principaux fonds souverains

Fonds souverain norvégien

Le plus gros fonds souverain est aujourd’hui le Norway Government Pension Fund Global. Le nom usuel est plutôt NBIM (Norges Bank Investment Management). Il gère des actifs de plus de 1200 milliards de dollars. C’est l’un des deux fonds souverains norvégiens. Il a été créé en 1990. Il investit les revenus liés à l’exploitation des hydrocarbures norvégiens, dans des actifs étrangers essentiellement et sur le long terme. L’épargne pour les générations futures est son objectif principal, clairement indiqué sur son site internet et en en-tête de son rapport annuel.

Une performance annualisée de 6,1% depuis 1988

Ce fonds a affiché un rendement de 19.6% en 2019 (après une année 2018 à -6,1%). Sa performance annualisée est de 6.1% depuis 1998, date à laquelle le fonds a réalisé son premier investissement. L’inflation a été de 1,77% sur cette période. Et les frais annuels sont de 0,08% (0,05% sur les douze derniers mois).

Notons d’ailleurs que ce fonds a pour règle (fixée par le Parlement norvégien) de ne prélever que 3% des revenus générés par an et de ne pas toucher au capital.

Ce fonds investit 70,8% de ses actifs dans les actions. C’est d’ailleurs sur cette classe d’actifs que la performance a été la meilleure, à 26,0% pour 2019. On pourrait s’étonner de la “faible” part des actions dans le portefeuille du GPF, dans la mesure où les investissements sont pensés avec des objectifs à très long terme. Ce choix est également fait par le Parlement, qui y voit une façon de limiter le risque sur son portefeuille. Le rendement sur les investissements obligataires (26,5% des actifs) s’est élevé quant à lui à 7,6% et les investissements immobiliers (2,7% des actifs) ont généré un rendement de 6,8%. Ce fonds investit majoritairement dans les pays développés (80% en Europe et en Amérique du Nord).

Le 6e actionnaire du CAC 40

À titre d’exemple, l’État norvégien est aujourd’hui le 6ᵉ actionnaire du CAC 40 et détient 1,6% de sa capitalisation boursière ! Il est également connu pour ses investissements dans la technologie. Apple représente ainsi à elle seule 1,6% du portefeuille du fonds, les deuxièmes et troisièmes capitalisations sont Microsoft et Alphabet.

Le fonds est particulièrement transparent. Il est possible d’avoir le détail de tous ses investissements. De plus les rapports annuels sont particulièrement riches.

Investissements du fonds souverain norvégien
Les investissements du fonds souverain norvégien

Fonds souverain chinois

Le fonds souverain chinois China Investment Corporation (CIC), détient quant à lui un total d’actifs de 1046 milliards de dollars. Il a été créé en 2007. La Chine possédait alors des réserves de change de plus de 1900 milliards de dollars, essentiellement placés en bons du trésor américain. Le coût d’opportunité de ces réserves relativement faiblement rémunérées et surtout le risque en cas de dépréciation du dollar ont conduit la Chine à faire le choix de créer le CIC.

Fonds souverain chinois (CIC)
Fonds souverain chinois

La création de ce fonds a pour objectif de diversifier à long terme une partie de ces réserves de change (la Banque Centrale conservant l’autre partie) tout en visant une rémunération moyenne supérieure.

Les investissements sont répartis entre les actions (38,9%), les obligations (17,7%), 42% d’autres actifs (immobilier, infrastructures, hedge fund, private equities, etc) et 1,2% de produits liquides (cash et bons du trésor américain essentiellement).

La croissance annualisée de ce fonds depuis 2008 est de 6,1%. Le CIC investit certes à l’étranger mais détient également des larges participations dans des entreprises publiques locales, notamment des banques. Sa stratégie d’investissement s’apparente à celle des fonds dit de développement qui visent à renforcer et diversifier les économies locales. Pourtant, c’est bien sa stratégie d’investissement à l’étranger qui a contribué à la notoriété de ce fonds, notamment pendant la crise financière de 2008. 

Plus largement, ce sont bien les prises de participation de fonds souverains asiatiques ou Moyen Orientaux dans des établissements financiers occidentaux lors de la crise de 2008 qui ont attiré les projecteurs, et la méfiance de certains, sur les stratégies de ces fonds et leur potentiel impact sur la géopolitique ou l’économie mondiale. Les prises de participation ont été massives et nombreuses entre 2007 et 2009. Celle de la CIC s’élevait à $5Mds dans Morgan Stanley, $3Mds dans Blackstone; celle de Temasek (Singapour) dépassait $8Mds chez Meryll Lynch; GIC (Singapour) est entré au capital d’UBS à hauteur de $11Mds ou dans celui de Citigroup à hauteur de $7Mds, investissement similaire à celui de ADIA (Abu Dhabi) dans la même banque.

Ce fonds est nettement moins transparent que le fonds norvégien. Mais il y a tout de même un rapport annuel en anglais.

Fonds souverain chinois ; investissements

Fonds souverain du Qatar

Même s’il n’est “que” le 11ᵉ en termes d’actifs gérés avec presque 300 milliards de dollars, le QIA (Qatar Investments Authority), le fonds souverain du Qatar connaît une notoriété particulière en France. C’est en effet aujourd’hui le propriétaire du PSG, mais il détient également 10% du capital d’Accorhotels ou 7% de celui du groupe Lagardère, des fleurons de l’hôtellerie parisienne comme le Royal Monceau ou le Peninsula, ainsi que des immeubles bien connus sur les Champs Élysées, notamment celui de l’ancien magasin Virgin.

QIA QATAR INVESTMENT AUTHORITY - Qatar Investment Authority
Le logo du fonds souverain du Qatar

Fonds souverain français

En France, un fonds souverain (Fonds Stratégique d’investissement) a été inauguré en 2008 et intégré à Bpi France depuis 2013. Il est détenu à 51% par la Caisse des Dépôts, dont le fonctionnement se rapprochait déjà de celui d’un fonds souverain, et à 49% par l’État, par le biais de l’Agence des Participations de l’État. Le montant des actifs gérés par BPIFrance en 2019 s’élevait à 36 milliards d’euros. Il s’agit plutôt d’un fonds dit de développement, dans la mesure où BPIFrance investit surtout localement pour soutenir les entreprises et l’innovation en France. 

BPI France
BPI France

Voilà ce que du BPI France sur son site web

Bpifrance est le fonds souverain français dédié aux investissements directs et indirects, notamment en partenariat avec les fonds souverains et les grands investisseurs institutionnels internationaux.

BPI

En reprenant les activités de CDC International Capital, Bpifrance est devenu signataire d’accords d’investissement direct et indirect avec six partenaires étrangers.

  • Qatar Investment Authority (QIA), le fonds souverain de l’Etat du Qatar
  • Mubadala, 2ème fonds souverain d’Abou Dhabi
  • Russian Direct Investment Fund, le fonds souverain de la fédération de Russie
  • China Investment Corporation, fonds souverain chinois
  • Korea Investment Corporation, fonds souverain de la Républque de Corée
  • Kingdom Holding Company, Holding de participation cotée en Arabie Saoudite

Ces partenariats ont vocation à investir principalement en France, mais la possibilité avec certains partenaires, d’investir à l’étranger (Moyen-Orient, Afrique, Asie, Russie notamment) en accompagnement des entreprises et des projets français.

Conclusion

Les fonds souverains sont des acteurs incontournables du monde de l’investissement financier.

Une emprise importante sur les bourses mondiales

Par exemple, le GPF (Global Pension Fund) norvégien contrôle aujourd’hui 1,5% de la capitalisation boursière mondiale. Ils sont tantôt perçus comme venant à la rescousse de l’économie mondiale, tantôt parfois comme répondant aux ambitions de contrôle de l’économie par des États, en particulier depuis la crise de 2008. Ils n’en demeurent pas moins des outils financiers au service de leurs États avec des objectifs somme toute conventionnels, à savoir un investissement sur le long terme, associés à un opportunisme financier.

Des leçons à tirer pour l’Epargnant 3.0

Les investissements des fonds souverains se caractérisent majoritairement par un horizon à long terme et une stratégie de diversification des actifs, des pratiques à la base de l’investissement de l’Épargnant 3.0.

On notera par exemple que le fonds norvégien pourrait théoriquement investir plus agressivement en actions étant donné qu’il a un horizon extrêmement long terme. Il ne monte pas au-dessus de 70% d’actions. Son portefeuille obligataire est très significatif malgré les taux bas.

Beaucoup d’épargnants s’interrogent, à juste titre, sur l’intérêt des obligations dans un portefeuille financier. L’un des investisseurs les plus avisés de la planète donne une partie de la réponse. On pourra s’intéresser aux ETF obligataires (j’en parle en détail dans la formation) et aux meilleures assurances vie qui permettent d’avoir encore des fonds en euros avec des taux très intéressants.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste.

Questions fréquentes

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7 Commentaires

  1. Silerot Loemba dit :

    Merci beaucoup pour l’article!

  2. NBIM est un fonds souverain, cad detenu par un etat (en l’occurence la Norvege). Pas possible d’investir dedans.

    1. merci, du coup on ne peut pas investir dans ces fonds souverains

  3. bonjour, après plusieurs recherche je ne trouve pas la solution et pour trouver et investir dans le fond NBIM?! merci par avance sur vous aviez des informations bonne journée

  4. Super article sur les fonds souverains!!! Merci Édouard!

  5. Bonjour Edouard,
    Article très instructif! Sauf pour la recommandation des fonds Euros, ils sont par construction trop menacés de krach en cas vraie remontée des taux, ou par la faillite des cies d’assurances vie éreintées par les taux négatifs.
    Les fonds obligataire y compris les ETF sont moins risqués, et il y a l’offre à taux variables.

    1. Peut être que si vous vous y étiez intéressé vous sauriez que la performance des fonds euros peut être boostée dans certains contrats AV à forte proportion d’UC.