L’ETF Lyxor CAC 40 pèse plus de 4 milliards d’euros, l’ETF CAC 40 d’Amundi plus de 1 milliard. Aussi, ces ETF sont présents dans la plupart des assurances vie qui proposent des trackers. Intéressons-nous donc à ces ETF puisqu’ils semblent être plébiscités. Faut-il investir dans un ETF CAC 40 ? Je vous donne déjà la réponse : pas vraiment ! Pas du tout même peut-être ! Mais voyons pourquoi. Le cheminement est au moins aussi important que le résultat.

Les ETF CAC 40 suivent … l’indice CAC 40

Les ETF suivent un indice, c’est le principe de base. La première chose à faire est donc de regarder l’indice. Le CAC 40 est cet indice boursier dont on parle si souvent à la télévision et dans les journaux. Ce serait celui qui donne le « la » de la bourse.


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L’indice CAC 40 est l’indice phare de la bourse de Paris

Un indice qui remonte à 1987

L’indice CAC 40 a été créé en 1987 par la Compagnie des Agents de Change, d’où son nom initial. Aujourd’hui, CAC est l’acronyme de « Cotation Assistée en Continu ». Cet indice est désormais géré par la bourse de Paris Euronext. Il permet de suivre l’évolution des 40 principales valeurs cotées sur la bourse de Paris. « Principale » signifie qu’il s’agit à la fois des plus grosses sociétés et celles dont on échange le plus les actions. Le choix de ces valeurs n’est pas complètement automatique, il dépend de la décision d’un comité d’experts, appelé « Conseil Scientifique », qui se réunit régulièrement. Le niveau de l’indice est diffusé toutes les 15 secondes.

Le poids de chaque entreprise est pondéré en fonction de la capitalisation boursière flottante. En effet, certaines sociétés cotées en bourse ne sont pas entièrement cotées en bourse. On pense notamment aux sociétés familiales (LVMH, par exemple) ou aux sociétés étatiques (EDF, par exemple). L’indice ne prend en compte que la partie que l’on peut échanger en bourse. C’est ce que l’on appelle la partie flottante de la capitalisation boursière (« free float » en anglais).

Le poids boursier des 40 plus grandes valeurs française est égal au poids de la plus grande valeur américaine

Le CAC 40 pèse en tout 1200 milliards d’euros, soit un peu plus que la capitalisation boursière d’Apple ! Les plus grosses valeurs sont Total (plus de 10% de l’indice), Sanofi et Airbus. Vous pouvez voir cela dans la « factsheet » de l’indice CAC 40. Pour rappel, un ETF CAC 40 sera investi exactement de la même manière, c’est le principe !

Le CAC 40 classique ne comprend pas les dividendes

60% de performance en plus en moyennes chaque année en intégrant les dividendes

Le CAC 40 dont on parle à la télévision n’intègre pas les dividendes versés par les sociétés qui constituent l’indice. Pourtant, il existe bien un indice dividendes compris. La différence est plus que significative. Entre 1987 et fin 2018, l’indice sans dividendes (appelé « nu ») a eu une performance annuelle de 5,1%, tandis que l’indice dividende compris a eu une performance de 8,5% ! Et évidemment,  les actionnaires reçoivent bien des dividendes.

Cela veut aussi dire que l’investissement a été multiplié par un peu moins de 5 sans prendre en compte les dividendes, et 8,5 en prenant en compte les dividendes.

CAC 40 avec et sans dividendes

Aussi, étant donné que l’inflation a été de 1,7% par an sur cette période, la performance du CAC 40 sans dividende et net d’inflation a été de 3,5% par an et de 6,8% par an dividende compris. Soit pas loin de 2 fois plus.

Une performance extra-ordinaire, même par rapport à l’immobilier

Oui, vous avez bien lu, la bourse française a eu une performance de pratiquement 10% par an depuis 30 ans (brut d’inflation). 1000 euros investis en 1987 sont devenus 13 000 euros 30 ans plus tard (brut d’inflation, encore une fois). L’indice des notaires de l’immobilier à Paris ne remonte qu’à 1991. Mais depuis cette date l’immobilier parisien a eu une performance annuelle de 3,6%. Cette performance n’intègre pas les loyers (ou l’économie de loyers), mais on notera que c’est inférieur à la performance du CAC 40 hors dividendes.

Un ETF CAC 40 va naturellement capter les dividendes des sociétés composant l’indice, comme n’importe quel ETF d’ailleurs.

Vous pouvez retrouver la description détaillée de la méthodologie de calcul de l’indice CAC 40 ici. Mais autant dire que ce n’est pas très lisible.

L’indice CAC 40 par rapport aux autres indices

Mais la question que l’on peut se poser est : pourquoi utiliser cet indice ? Pourquoi investir dans les 40 plus grosses valeurs françaises ? Pourquoi investir uniquement en France ? Pourquoi investir dans les plus grosses valeurs ?

Franchement, je ne vois pas de raison, à part un biais psychologique fort : on se sent plus en sécurité lorsque l’on investit dans ce que l’on connaît. Ce n’est pas absurde, mais ce n’est pas toujours vrai. On confond « familier » et « sûr ».

Pourquoi investir dans la bourse française qui représente moins de 5% des bourses mondiales ?

Ne pas confondre ce qui est connu avec ce qui est sûr

Déjà pourquoi est-ce que la bourse française serait plus performante et/ou plus sûre que la bourse allemande ou même espagnole ? Nous avons la même monnaie et nos économies sont très interconnectées. Vous croyez vraiment à une exception française ?

Pourquoi est-ce que la bourse française serait plus performante et/ou plus sûre que la bourse américaine ? Là encore, le génie français frapperait ! Certes nous n’avons pas la même monnaie, et à première vue un investissement aux États-Unis, pourrait être considéré comme risqué. Mais j’ai montré à plusieurs reprises que le risque de change n’était pas un problème si important que cela à long terme. De plus, il existe des ETF pour se protéger contre le risque de change.

Dans cette interview, je parle de la diversification géographique et de l’impact en termes de risque (à 7 min 10 s) :

Non la bourse française n’est pas la bourse la plus performante et la plus sûre du monde. D’ailleurs, elle ne pèse que 3% de la capitalisation mondiale. Si le poids de vos actions françaises est supérieur à 3%, c’est que vous avez ce que l’on appelle classiquement le « home country bias », le biais qui consiste à investir de façon trop massive dans le pays dans lequel on vit. Rassurez-vous, les français ne sont pas les seuls à être chauvins. En moyenne (selon une étude de Vanguard de 2014), les investisseurs européens investissent 16% de leurs avoirs dans leur pays de résidence, et 61% en Europe. Pourtant l’Europe pèse nettement moins dans le PNB mondial ou dans la capitalisation boursière mondiale. Et c’est un euphémisme !

Une indice investissant uniquement dans les grandes capitalisations et très concentré

Question subsidiaire : pourquoi est-ce que les grandes sociétés seraient plus performantes en bourse que les petites sociétés ? Il n’y a pas de raison, et d’ailleurs cela n’a pas été le cas historiquement. Vous pouvez approfondir ce sujet, grâce à cet article du blog.

Par ailleurs, il faut considérer que l’indice CAC 40 est un indice plus risqué que de nombreux autres indices : il ne compte que 40 valeurs et les 10 premières valeurs pèsent plus de 50% de l’indice. C’est un indice peu large et très concentré. Et concentration = risque !

Il existe des indices plus larges et donc moins risqués

Prenons d’autres indices plus ou moins connus pour comparer cela :

  • Le S&P 500 est l’indice des 500 plus grandes valeurs américaines. Les 10 plus grandes sociétés pèsent 20% de l’indice.
  • Le FTSE Developed Europe est constitué d’à peu près 600 entreprises. Les 10 plus grandes sociétés pèsent 17% de l’indice.
  • Le MSCI World compte plus de 1500 entreprises dans le monde entier. Les 10 plus grandes sociétés pèsent  un peu plus de 10% de l’indice.

Pourquoi ne pas choisir un de ces indices, plus large, moins concentré et donc moins risqué ? Il n’y a pas vraiment de raison ! Surtout qu’il y a des ETF qui suivent ces indices. A mon sens, un ETF Monde va être bien moins risqué qu’un ETF CAC 40 !

(Pour en savoir plus sur les indices, je vous encore à lire cet article du blog)

L’intérêt des ETF CAC 40 … et des ETF France de manière générale

Une fiscalité optimisée …

Enfin si, il y aurait potentiellement une raison d’utiliser un ETF CAC 40. C’est l’imposition, et il ne faut jamais négliger l’imposition. Lorsqu’un investisseur place son argent en bourse dans une société étrangère, il reçoit comme pour une société française, un dividende. Ce dividende est taxé « à la source », dans le pays d’origine. L’investisseur peut se faire rembourser cet investissement à la source dans son pays de résidence sous certaines conditions. Cette imposition à la source peut être élevée. Elle est par exemple de 15% aux États-Unis ou même de 26% en Allemagne, comme je l’explique dans cet article sur le sujet. Il n’y a pas d’impôt à la source en France pour les Français (lire les « ETF domiciliés en France »). Et comme nous venons de le voir, la performance d’un investissement boursier est élevée en particulier grâce aux dividendes. Cela peut faire une différence significative, si l’on ampute ces dividendes d’un impôt à la source ! Par exemple depuis 20 ans l’indice MSCI Europe a eu une performance annualisée de 4,4% avec dividendes dits bruts, et de 3,8% en prenant en compte l’impôt à la source.

… qui permet aux ETF France (et Europe) de surperformer leur indice de référence

C’est une différence qui n’est pas négligeable. Cependant, les ETF arrivent à optimiser cet impôt à la source et, à titre d’exemple, les ETF européens surperforment assez largement l’indice « net return » prenant en compte l’impôt à la source. Par exemple, l’ETF Amundi MSCI Europe a surperformé l’indice net return de 0,2 point par an depuis 5 ans. Il faut aussi dire que la France compte pour pratiquement 20% de cet indice. Or MSCI prend en compte un impôt à la source de 30%, qui n’est pas appliqué pour un investisseur français.

D’ailleurs, j’en profite pour vous dire que les fonds actifs français se comparent à un indice « net return », alors qu’ils ne payent pas d’impôt à la source. Certains fonds ont même une commission de surperformance lorsqu’ils dépassent l’indice net return … Aussi, l’indice de comparaison officiel des ETF CAC est bien aussi le CAC Net Return, ils n’ont pas de mal à le surpasser assez largement. Par exemple, presque 1 point par an, pour l’ETF CAC 40 d’Amundi.

Les ETF CAC 40 et les ETF France disponibles sur la Bourse de Paris Euronext

On peut donc imaginer surpondérer un peu la France, grâce à un ETF CAC 40, dans son portefeuille d’ETF pour profiter de cet « avantage fiscal ». Un ETF France pourrait remplacer un ETF zone euro. Cependant, il n’y a pas que l’indice 40 pour investir en France. Il y a aussi, par exemple, l’indice MSCI France qui est un peu plus diversifié avec 78 valeurs (les 10 premières lignes pèsent un peu moins la moitié de l’indice). Le CAC Mid 60 n’est pas non plus inintéressant, car il suit les valeurs moyennes de la bourse de Paris.

La gamme des ETF CAC 40 et France

On a alors les choix suivants pour les ETF cotés sur Euronext :

  • Lyxor ETF CAC 40 : 4 milliards d’encours et des frais de 0,25% par an.
  • Amundi ETF CAC 40 : 1,5 milliards d’encours et des frais de 0,25% par an.
  • BNP Paribas Easy ETF CAC 40 : 300 millions d’encours et des frais de 0,25% par an.
  • Comstage ETF CAC 40 : 12 millions d’encours et des frais de 0,2% par an.
  • Amundi ETF MSCI France : 60 millions d’encours et des frais de 0,25% par an.
  • Amundi ETF CAC Mid 60 : 96 millions d’encours et des frais de 0,5% par an.
  • Lyxor ETF PEA-PME : 9 millions d’encours et des frais de 0,5% par an.

Par ailleurs, les fonds se comparent parfois (souvent ?) à l’indice CAC 40 tout en investissant de manière beaucoup plus large que les composants du CAC 40. Ils investissent notamment dans des valeurs moyennes qui ont eu, historiquement, une meilleure performance que les grandes valeurs. Lorsqu’un gestionnaire actif actions françaises dit qu’il fait mieux que son indice de référence, il faut donc très attentif : il faut retraiter pour prendre l’indice gross return et vérifier la dose de petites et moyennes capitalisation en portefeuille. On a tout de même plus de transparence avec les ETF.

La performance des ETF par rapport au CAC 40

Cela étant, certains ETF CAC 40, comme celui d’Amundi, se comparent à l’indice CAC 40 Brut (dividendes compris, sans retenue à la source) et d’autres, comme celui de Lyxor, avec le CAC Net (dividendes compris, avec retenue à la source). On arrive aux performances suivantes sur 5 ans (au 19/10/2018) :

  • CAC 40 Net Return : 5,9% / an
  • Amundi ETF CAC 40 : 6,8 % / an
  • Lyxor ETF CAC 40 : 6,8% / an
  • CAC 40 Gross Return : 7% / an

Pas de grande surprise, les ETF CAC 40 ont une performance égale à l’indice de référence retranché de leurs frais (0,25% par an).

Les ETF sont aussi une façon performante d’investir en France et sur son indice phare

Comment se positionnent les ETF par rapport à la gestion active ?

Selon l’étude de Lyxor annuelle « Actif versus Passif », seuls 12% des fonds actifs ont réussi à battre l’indice CAC. A contrario, nous venons de voir que les ETF CAC 40 pouvaient battre leur indice de référence.

Pour passer à la pratique prenons l’exemple de l’ETF Lyxor CAC 40 sur Quantalys (données fin mars 2019) :

  • sur les 10 dernières années il est le 12e meilleur fonds (sur 80) dans la catégorie « Actions France » (dont potentiellement se comparant avec des fonds incluant des petites capitalisations, et donc ayant eu une meilleure performance sur cette période)
  • sur les 12 derniers mois il arrive 6e meilleur fonds (sur 111)

Ce sont des performances excellentes.

Conclusion pour l’Épargnant 3.0 sur les ETF CAC 40 et ETF France de manière générale

A utiliser en complément du cœur de portefeuille

Le CAC 40 est pour les médias l’indice boursier par excellence. Cependant, il n’est pas du tout représentatif des bourses mondiales. À mon sens, il ne peut pas avoir un poids trop significatif dans un portefeuille financier diversifié, qui doit couvrir l’ensemble des zones géographiques. Un ETF CAC 40 ou un ETF France ne peut pas être le cœur du portefeuille.

Cependant, il n’est pas absurde de l’utiliser « à petite dose » afin d’améliorer la fiscalité et donc la performance in fine. On peut imaginer gagner 0,4 point par an sur le long terme. Ce n’est pas rien. Mais cela engendre un risque supérieur puisque l’on s’appuiera sur un portefeuille concentré. Aussi, la zone euro ne représente que 10% de la capitalisation mondiale. Cela voudrait dire qu’on espérerait gagner 0,04 point par an. Je pense qu’il y a d’autres bonnes pratiques à mettre en place avant de chercher à optimiser son portefeuille d’ETF de cette manière.

La diversification géographique est indispensable dans un portefeuille financier efficace

D’ailleurs, un point supplémentaire sur la diversification. On imagine que les bourses mondiales sont de plus en plus corrélées et a fortiori dans la zone euro. Mais regardez la performance annuelle depuis 5 ans :

  • Pays-Bas : 11%
  • France : 9%
  • Allemagne : 7%
  • Espagne : 3,8%

La différence est énorme ! La performance des bourses de la zone euro peuvent très largement diverger ! Pourquoi parier sur un pays qui ne représente que 3% de la capitalisation mondiale et uniquement sur 40 valeurs ?

Si cet article vous a intéressé vous pouvez lire un article similaire sur les ETF Nasdaq.

Sur ce, je vous souhaite le meilleur pour votre épargne … et surtout pour tout le reste.