Inflation, actions, obligations : où est le vrai risque ?
Rédigé par
Édouard Petit
Fondateur d’Épargnant 3.0 depuis 2015
Mis à jour le 20 août 2026
Mis à jour le 20/08/2026
Le principal risque qui pèse sur le patrimoine des Français ne fera jamais la une des journaux. Il ne provoque ni krach, ni faillite, ni file d’attente devant les guichets. Il travaille lentement, tous les jours, sur tous les comptes à la fois. Il s’appelle l’inflation.
763 milliards d’euros dorment aujourd’hui sur les comptes courants et les livres de caisse des ménages français, selon les statistiques d’épargne de la Banque de France. Avec une inflation à 2,1 % sur un an en juillet 2026 (INSEE), ce stock perd environ 16 milliards d’euros de pouvoir d’achat par an. Silencieusement. Sans krach, sans relevé de compte en rouge, sans un mot dans la presse.
Et si vous pensez être à l’abri parce que votre argent est sur un Livret A, j’ai une mauvaise nouvelle. Depuis le 1er août 2026, le Livret A rapporte 1,70 %. L’inflation, elle, est à 2,1 %. Vous perdez du pouvoir d’achat, avec la garantie de l’État.
C’est tout le paradoxe que je veux démonter dans cet article : le placement que l’on appelle « sans risque » est celui qui vous garantit une perte, et les placements que l’on appelle « risqués » sont les seuls qui aient historiquement protégé le pouvoir d’achat sur longue période. Encore faut-il comprendre pourquoi, et surtout à quelles conditions. Parce que sur ce sujet, le raccourci « les actions protègent de l’inflation » est faux à court terme. Je vais vous montrer les chiffres.

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Pourquoi le placement « sans risque » vous fait perdre à coup sûr
Il faut distinguer deux chiffres que presque tout le monde confond : le rendement nominal (ce qui est affiché sur votre relevé) et le rendement réel (ce que votre argent achète réellement, une fois l’inflation déduite). Le premier est un chiffre de communication. Le second est le seul qui décide de votre niveau de vie futur.
La formule exacte n’est pas une soustraction, c’est un rapport : rendement réel = (1 + rendement nominal) ÷ (1 + inflation) − 1. Sur de petits chiffres l’écart avec la soustraction est minime, mais autant prendre l’habitude de la bonne formule.
| Placement | Rendement nominal | Fiscalité | Rendement réel |
|---|---|---|---|
| Compte courant | 0,00 % | Néant | −2,1 % |
| Livret A / LDDS | 1,70 % | ExonéréPlafonds : 22 950 € et 12 000 € | −0,4 % |
| LEP (sous conditions de revenus) | 2,50 % | ExonéréPlafond : 10 000 € | +0,4 % |
| Fonds en euros moyenTaux servi au titre de 2025 | 2,60 % | Prélèvements sociaux 17,2 % prélevés chaque annéesoit 2,15 % net | +0,05 % |
| Meilleurs fonds en euros 2025 | 4,10 % | Prélèvements sociaux 17,2 %soit 3,39 % net | +1,3 % |
| ETF d’obligations d’État indexées sur l’inflationRendement réel de marché au 30/07/2026 | variableindexé sur les prix | Selon l’enveloppe | +1,35 % avant frais |
Regardez la ligne du fonds en euros moyen. En 2025, il a servi 2,60 % selon France Assureurs. Une fois les 17,2 % de prélèvements sociaux ponctionnés chaque année, il reste 2,15 %. Face à l’inflation actuelle, cela fait zéro. Le placement préféré des Français, celui qui pèse plus de 2 100 milliards d’euros d’encours, fait aujourd’hui du surplace en pouvoir d’achat.
« Le Livret A est indexé sur l’inflation, donc il me protège. » Faux. La formule légale prend la moyenne entre l’inflation hors tabac du semestre écoulé et le taux interbancaire €STR. Une moyenne entre l’inflation et autre chose n’est pas l’inflation. Ajoutez le décalage de six mois entre le calcul et l’application, et vous obtenez un produit qui protège partiellement, avec retard, et jamais intégralement.
Pourquoi cette confusion est-elle si tenace ? Parce que notre cerveau raisonne en euros, pas en pouvoir d’achat. Les économistes Eldar Shafir, Peter Diamond et Amos Tversky ont donné un nom à ce biais dans un article devenu classique du Quarterly Journal of Economics en 1997 : l’illusion monétaire. Voir son solde augmenter procure une satisfaction réelle, même quand le pouvoir d’achat correspondant a baissé.
Il faut le dire crûment : la plupart des épargnants ne cherchent pas à préserver leur pouvoir d’achat. Ils cherchent à ne jamais voir de chiffre en rouge sur leur relevé. Ce sont deux objectifs totalement différents, et poursuivre le second au détriment du premier coûte très cher. Un relevé de Livret A à 1,70 % fait plaisir. Il ne devrait pas.
Combien l’inflation coûte-t-elle sur 10, 20 et 30 ans ?
À un an, l’inflation semble anecdotique. À trente ans, elle est le premier poste de destruction de patrimoine. C’est le même mécanisme que les intérêts composés, mais en marche arrière.
Calcul : pouvoir d’achat = 100 ÷ (1 + inflation)nombre d’années. Exemple à 2 % sur 30 ans : 100 ÷ 1,0230 = 100 ÷ 1,811 = 55,2 €.
Même en supposant que la BCE tienne parfaitement sa cible de 2 %, un capital non placé perd 45 % de son pouvoir d’achat en trente ans. À 3 %, c’est 59 %. Et le scénario à 2 % est optimiste : sur les cinq dernières années, l’inflation française a été de 1,6 %, 5,2 %, 4,9 %, 2,0 % puis 0,9 %.
| Inflation moyenne | Dans 10 ans | Dans 20 ans | Dans 30 ans |
|---|---|---|---|
| 2 % par an | 82 € | 67 € | 55 € |
| 3 % par an | 74 € | 55 € | 41 € |
| 5 % par an | 61 € | 38 € | 23 € |
Un mot sur le très long terme, parce que c’est là que la France a une histoire particulière. Le Global Investment Returns Yearbook 2026, publié par UBS et construit par Elroy Dimson, Paul Marsh et Mike Staunton, rappelle que les États-Unis ont connu la troisième inflation la plus faible des 35 marchés étudiés, à 2,9 % par an depuis 1900. Et malgré cette discipline, un dollar de 1900 y a le pouvoir d’achat de 38 dollars aujourd’hui.
La France n’appartient pas à ce trio de tête, et l’écart est vertigineux. Sur la base de l’indice des prix à la consommation de l’INSEE, les prix français ont été multipliés par plus de 3 300 entre janvier 1901 et décembre 2025. Cela représente 6,7 % d’inflation par an pendant 125 ans (3 333 puissance 1/125, moins 1). Une somme laissée sans rendement en 1901 a conservé 0,03 % de son pouvoir d’achat. Autrement dit, elle a été effacée.
On objectera que ce chiffre est écrasé par deux guerres mondiales et l’après-guerre. C’est vrai, et c’est justement ce qui rend la suite intéressante : même sur la période récente et paisible, entre 1980 et 2025, les prix ont encore été multipliés par 3,30 selon les coefficients officiels de l’INSEE, soit 2,7 % par an. Une somme non placée depuis 1980 a perdu 70 % de sa valeur réelle, sans qu’aucun événement dramatique ne se produise.
Vous pouvez faire ces calculs sur votre propre situation avec l’application gratuite Épargnant 3.0, disponible sans inscription sur iPhone et iPad et sur Android. Le mécanisme inverse, celui des intérêts composés, est détaillé dans cet article et son simulateur.
Ce que le choc inflationniste de 2021-2025 a réellement coûté
Nous venons de traverser le plus fort épisode inflationniste depuis les années 1980. C’est un cas d’école grandeur nature, et il permet de trancher le débat avec des chiffres plutôt qu’avec des opinions. Sur ces cinq années, l’inflation cumulée en France a été de +15,4 %. Voici ce qu’ont fait les principaux supports.
Sources : INSEE (inflation moyenne annuelle), Banque de France (taux du Livret A), France Assureurs (taux moyen des fonds en euros), MSCI (indice World, dividendes nets réinvestis, en euros). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps.
Le détail du calcul, pour que vous puissiez le refaire. Les taux du Livret A sont ceux fixés par la Banque de France, les taux servis par les fonds en euros ceux publiés par France Assureurs, l’inflation celle mesurée par l’INSEE en moyenne annuelle. Le Livret A a servi en moyenne 0,50 % en 2021, 1,375 % en 2022, 2,917 % en 2023, 3,00 % en 2024 et 2,158 % en 2025 (moyennes pondérées par les périodes d’application des taux). Cela donne +10,3 % cumulés en nominal, contre +15,4 % d’inflation, soit −4,4 % de pouvoir d’achat. Le fonds en euros moyen a servi 1,30 %, 1,90 %, 2,60 %, 2,60 % et 2,60 %, soit +11,5 % bruts, mais seulement +9,4 % après les 17,2 % de prélèvements sociaux ponctionnés chaque année : −5,2 % de pouvoir d’achat. L’indice MSCI World en euros a fait +31,1 %, −12,8 %, +19,6 %, +26,6 % et +6,8 %, soit +84,8 % cumulés, ramenés à +83,0 % après 0,20 % de frais annuels d’ETF : +58,6 % de pouvoir d’achat.
Même après fiscalité, l’écart reste écrasant. Sur un PEA de plus de cinq ans, ces gains supportent 18,6 % de prélèvements sociaux au retrait (nouveau taux depuis le 1er janvier 2026) et aucun impôt sur le revenu. Le gain réel net tombe à environ +45 %. Le Livret A, lui, reste à −4,4 %, exonéré de tout.
Attention : ces cinq années ont été exceptionnellement favorables aux actions. Je ne les présente pas comme une norme. Je les présente parce que c’est précisément la période que les épargnants craignaient le plus, celle du retour de l’inflation, et que le résultat est contre-intuitif. Nous allons voir maintenant pourquoi il aurait pu en aller autrement.
Les obligations protègent-elles de l’inflation ?
Une obligation, c’est un prêt que vous consentez à un État ou à une entreprise, en échange d’un intérêt fixe (le coupon) et du remboursement du capital à l’échéance. C’est la brique de base des fonds en euros et de tous les portefeuilles dits « prudents ». Voyons ce que cela vaut face à l’inflation, en trois temps.
Les obligations sont l’actif défensif par excellence. Elles rapportent moins que les actions mais elles amortissent les chocs, elles versent un revenu régulier et le capital est remboursé à l’échéance.
2022 a balayé cette confiance. L’indice Bloomberg Global Aggregate a perdu 16,3 %, sa pire année depuis sa création. En zone euro, l’indice FTSE MTS des emprunts d’État a chuté de 18,1 %, et les obligations d’entreprises de bonne qualité de 14,2 % selon l’indice iBoxx Euro Corporates. La même année, l’inflation française atteignait 5,2 %. Un portefeuille obligataire euro a donc perdu, en une seule année, plus de 20 % de son pouvoir d’achat. L’actif « prudent » a été plus destructeur que les actions.
Ce n’est pas un accident, c’est la mécanique même de l’instrument. Une obligation classique promet des euros nominaux. Quand l’inflation surprend à la hausse, deux choses se produisent simultanément : le pouvoir d’achat de chaque coupon futur diminue, et les taux d’intérêt montent, ce qui fait mécaniquement baisser le prix des obligations déjà émises. L’obligation à taux fixe n’est pas neutre face à l’inflation : elle en est structurellement la victime désignée. Et l’histoire longue le confirme. Toujours selon le Global Investment Returns Yearbook 2026, depuis 1900, actions comme obligations ont chacune perdu plus de 70 % en termes réels à plusieurs reprises. Ce que l’on présente comme l’actif de sécurité a connu des destructions de pouvoir d’achat aussi violentes que les marchés actions.
Le corollaire est important, et il est positif : si l’obligation est victime de l’inflation imprévue, elle n’est pas victime de l’inflation anticipée. Le marché intègre les anticipations dans les taux. C’est pour cette raison que le tableau a complètement changé depuis 2022. L’OAT à 10 ans, le taux auquel l’État français emprunte, ressortait à environ 3,65 % à la mi-juin 2026 selon l’indice TEC 10 publié par l’Agence France Trésor. Avec une inflation attendue autour de 2 %, le rendement réel implicite est enfin nettement positif. Prêter à la France rémunère de nouveau.
Le seul actif réellement « sans risque » pour un épargnant de long terme
Voici le point que je ne vois quasiment jamais traité en français, et il vient directement de la recherche académique.
Dans Strategic Asset Allocation (Oxford University Press, 2002), les économistes John Campbell et Luis Viceira établissent une chose qui heurte l’intuition de tout épargnant : l’actif sans risque dépend de l’horizon de celui qui le détient. Le cash est sans risque en valeur nominale sur un jour. Sur vingt ans, il est au contraire l’un des actifs les plus risqués qui soient, puisque son rendement réel dépend entièrement d’une inflation future que personne ne connaît. L’actif sans risque d’un épargnant de long terme, c’est l’obligation indexée sur l’inflation dont l’échéance correspond à son horizon.
Autrement dit, en laissant votre épargne longue sur un livret pour « ne pas prendre de risque », vous ne supprimez pas le risque. Vous le déplacez, du visible vers l’invisible.
Ces obligations existent en zone euro (les OATi et OAT€i pour la France) et sont accessibles aux particuliers via des ETF. Le principe : le capital et les coupons sont revalorisés à l’indice des prix. Vous n’achetez pas un rendement nominal, vous achetez un rendement réel garanti.
Le plus important d’Europe sur ce segment est l’iShares € Inflation Linked Govt Bond UCITS ETF (ISIN IE00B0M62X26, code IBCI). Frais annuels : 0,09 %. Encours : environ 1,9 milliard d’euros. Selon la fiche produit publiée par BlackRock, son rendement réel affiché au 30 juillet 2026 était de 1,35 % et sa duration effective de 6,97 années. Traduction : si vous le conservez environ sept ans, vous obtenez 1,35 % par an au-dessus de l’inflation, avant frais d’enveloppe et fiscalité, quelle que soit l’inflation constatée. Vérifiez toujours le DIC et les chiffres à jour sur le site de l’émetteur avant d’investir.
Deux réserves, parce qu’il n’y a pas de produit miracle. D’abord, avec une duration de sept ans, le prix de cet ETF bouge quand les taux réels bougent : la protection est garantie à l’échéance des obligations, pas au jour le jour. Ensuite, et c’est le point vraiment décisif, un rendement réel de 1,35 % est fragile face aux frais. Dans une bonne assurance vie facturant 0,50 % de frais de gestion, votre coût total est de 0,59 % (0,50 % + 0,09 %), et il vous reste 0,76 % de rendement réel. Dans un contrat bancaire moyen à 1 % de frais, il ne reste que 0,26 %. Les frais absorbent plus de 70 % de votre rendement réel.
Les frais font infiniment plus mal aujourd’hui qu’il y a trente ans, et personne n’en parle. En 1990, avec des taux nominaux à 8 %, 1 % de frais annuels absorbait 12,5 % de votre rendement. Sur un rendement réel de 1,35 %, ce même 1 % en absorbe 74 %. Plus les rendements réels sont bas, plus les frais sont destructeurs. C’est exactement pour cela que le premier réflexe d’un épargnant en 2026 doit être de regarder la ligne « frais », pas la ligne « performance passée ».
Les actions protègent-elles de l’inflation ?
C’est la phrase qu’on lit partout, et elle est à la fois vraie et fausse. Vraie sur trente ans, fausse sur trois ans. La distinction n’est pas un détail rhétorique : elle change complètement la façon dont vous devez construire votre allocation.
Les actions battent l’inflation sur longue période. Le Global Investment Returns Yearbook 2026 le confirme sans ambiguïté : depuis 1900, les actions américaines ont délivré 6,6 % par an net d’inflation, contre 1,6 % pour les obligations et 0,5 % pour les placements monétaires. Un dollar investi en 1900 vaut 124 854 dollars nominaux fin 2025, contre 284 dollars en obligations. Surtout, dans les 21 pays disposant d’un historique continu depuis 1900, les actions ont été sans exception la classe d’actifs la plus performante.
Les actions ne sont pas une couverture contre l’inflation à court terme, et c’est le Yearbook lui-même qui le dit. La conclusion des trois chercheurs est nette : les rendements réels, tant des actions que des obligations, sont plus élevés quand la croissance est forte et l’inflation faible. Autrement dit, les périodes de forte inflation sont statistiquement des mauvaises périodes pour les actions, pas des bonnes. La démonstration grandeur nature date de 2022 : l’indice MSCI World a perdu 12,8 % en euros pendant que l’inflation française atteignait 5,2 %, soit une perte de pouvoir d’achat de près de 17 % en une seule année. Celui qui achetait des actions « pour se protéger de l’inflation » a été servi.
La confusion vient d’un mot mal choisi. Une action n’est pas une couverture (un instrument dont la valeur monte quand l’inflation monte, comme une obligation indexée), c’est un capitaliseur réel : un titre de propriété sur des entreprises qui possèdent des usines, des marques, des brevets et un pouvoir de fixation des prix. À court terme, une poussée d’inflation fait monter les taux, comprime les multiples de valorisation et fait chuter les cours. À long terme, les entreprises répercutent la hausse des prix dans leurs propres tarifs, leurs bénéfices se reconstituent en termes réels, et les cours suivent. Le mécanisme est réel mais lent. La variable qui décide de tout n’est donc pas la nature de l’actif : c’est votre horizon de placement. Sur trois ans, les actions sont dangereuses face à l’inflation. Sur des horizons de plusieurs décennies, elles ont historiquement constitué la classe d’actifs liquide qui a le mieux préservé, puis accru, le pouvoir d’achat des investisseurs.
Ce qui nous amène au renversement de perspective qui est le cœur de cet article : selon votre horizon, le classement des placements par niveau de risque s’inverse.
Une nuance à laquelle je tiens, parce qu’elle est absente de la plupart des articles sur le sujet : le Global Investment Returns Yearbook 2026 rappelle aussi qu’un mélange 60 % actions et 40 % obligations n’a jamais perdu plus de 50 % en termes réels depuis 1900, alors que chacune des deux classes d’actifs prises isolément a franchi la barre des −70 %. La diversification entre classes d’actifs n’est pas un gadget de prudence : c’est ce qui rend le plan tenable. Or un plan tenable est un plan que vous suivrez, et c’est le seul qui produise des résultats.
Le fonds en euros est-il devenu un piège ?
Non, mais il est massivement mal utilisé. Le fonds en euros offre une garantie nominale, pas une protection du pouvoir d’achat. Cette distinction n’est pas un détail juridique, c’est toute la différence entre un bon outil et un mauvais placement, selon l’usage que vous en faites.
L’effet cliquet, qui rend définitivement acquis chaque intérêt versé, est une excellente chose pour de l’argent dont vous aurez besoin dans deux, trois ou quatre ans : un apport immobilier, un changement de voiture, des travaux. Sur cet horizon, la volatilité des actions est un risque réel, et la garantie du capital vaut son coût. Pour de l’argent destiné à la retraite dans vingt-cinq ans, en revanche, le même produit est probablement le pire véhicule disponible, parce qu’il vous garantit contre le mauvais risque.
Il faut aussi noter la dispersion, qui est énorme et largement ignorée. En 2025, le taux moyen s’est établi à 2,60 % selon France Assureurs, et à 2,65 % selon l’ACPR, le régulateur du secteur, stable pour la troisième année consécutive. Mais les meilleurs contrats ont dépassé 4 %, avec CORUM Life à 4,10 %. Entre un fonds en euros à 1,60 % et un fonds en euros à 4,10 %, l’écart est de 2,5 points par an. Sur vingt ans et 100 000 €, cela représente plus de 80 000 € de différence. Ce n’est pas de la finance sophistiquée, c’est du choix de contrat, et cela se règle en une après-midi. Je détaille les contrats que j’ai ouverts et testés dans mon comparatif des meilleures assurances vie.
France Assureurs évalue la provision pour participation aux bénéfices (la réserve dans laquelle les assureurs puisent pour lisser les taux servis) à 3,7 % des encours fin 2025, contre 4,0 % fin 2024 et 4,5 % fin 2023. Les assureurs ont donc entamé leurs réserves pour tenir leurs taux affichés. Un rendement soutenu par la réserve n’est pas un rendement soutenable indéfiniment. À surveiller pour 2026 et 2027.
Ce qui change en 2026 du côté de la fiscalité
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, article 12) a porté la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux passent donc de 17,2 % à 18,6 % et le prélèvement forfaitaire unique de 30 % à 31,4 %. Sont concernés : compte-titres, PEA et PER en sortie en capital. Restent à 17,2 % : l’assurance vie, les contrats de capitalisation, le PEL, le CEL, les revenus fonciers et les plus-values immobilières. Le Livret A, le LDDS et le LEP demeurent totalement exonérés. Beaucoup d’articles en ligne affichent encore l’ancien taux : méfiance.
La hiérarchie des enveloppes ne bascule pas pour autant, mais l’écart se resserre. Le PEA conserve son atout majeur, l’exonération totale d’impôt sur le revenu après cinq ans, et reste la meilleure enveloppe pour un ETF actions éligible : le iShares MSCI World Swap PEA (IE0002XZSHO1) et l’Amundi PEA Monde MSCI World (FR001400U5Q4) affichent 0,20 % de frais annuels, contre 0,38 % pour l’historique CW8 (LU1681043599). Vérifiez toujours le nom exact et l’ISIN chez votre courtier, les gammes ont beaucoup bougé après la fusion Amundi-Lyxor.
L’assurance vie, restée à 17,2 %, gagne mécaniquement en attractivité relative et garde l’avantage sur les obligations indexées, les fonds en euros et la transmission. Après huit ans, l’abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple s’applique, puis 7,5 % d’impôt sur le revenu pour les primes inférieures à 150 000 €, soit 24,7 % au total. Je passe en revue les intermédiaires dans mon comparatif des courtiers PEA et compte-titres, et les offres d’épargne retraite dans mon guide des meilleurs PER.
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ETF : les 3 erreurs qui vous coûtent vraiment chère
Une heure pour comprendre les erreurs à éviter et investir plus efficacement.
Les quatre erreurs que je vois le plus souvent
1. Confondre garantie nominale et protection du pouvoir d’achat. « Mon capital est garanti » signifie que vous récupérerez le même nombre d’euros. Cela ne dit strictement rien sur ce que ces euros permettront d’acheter. La garantie du fonds en euros ne s’applique pas à l’inflation.
2. Empiler les livrets bien au-delà de l’épargne de précaution. Le Livret A, le LDDS et le LEP totalisent près de 700 milliards d’euros d’encours fin 2025. Une part considérable de cette somme n’est pas de l’épargne de précaution : c’est de l’épargne longue mal orientée, qui perd du pouvoir d’achat année après année. Trois à six mois de dépenses courantes suffisent largement.
3. Acheter des actions « pour se protéger de l’inflation » avec un horizon de trois ans. C’est une erreur de raisonnement doublée d’une erreur de calendrier. Les actions ne couvrent pas contre l’inflation, elles la battent sur la durée. Si vous ne disposez pas de la durée, l’argument ne s’applique pas à vous.
4. Ignorer les frais parce qu’ils paraissent petits. C’est l’erreur la plus coûteuse et la plus facile à corriger. Les frais sont le seul paramètre de performance que vous contrôlez à 100 %. Additionnez toujours les deux étages : frais de l’enveloppe plus frais du support. Une assurance vie à 1,00 % avec un fonds maison à 1,80 % vous coûte 2,80 % par an. Face à des rendements réels attendus de l’ordre de 4 à 5 % pour des actions et de 1 à 2 % pour des obligations, ce niveau de frais consomme l’essentiel de ce que vous auriez pu gagner.
Conclusion pour l’Épargnant 3.0
Le risque, ce n’est pas de voir son portefeuille baisser de 20 % une année. Le risque, c’est de ne pas pouvoir financer ses projets. Et pour la grande majorité des Français, la principale menace sur ces projets n’est pas un krach boursier, c’est l’érosion silencieuse d’un patrimoine placé à 1,70 % dans un monde à 2,1 % d’inflation.
Voici ce que vous pouvez faire cette semaine.
- Calculez le rendement réel de chacun de vos placements. Prenez la formule (1 + rendement) ÷ (1 + inflation) − 1 avec une inflation de 2,1 %. La liste des lignes qui ressortent en négatif est votre feuille de route.
- Dimensionnez votre épargne de précaution, puis arrêtez d’alimenter les livrets. Trois à six mois de dépenses courantes sur Livret A ou LDDS. Le reste doit travailler ailleurs.
- Additionnez vos frais totaux, enveloppe plus support, sur chaque contrat. Si le total dépasse 1 % par an, vous avez identifié le problème le plus rentable à résoudre de tout votre patrimoine.
- Datez chaque euro avant de choisir un produit. La question n’est jamais « ce placement est-il bon ? » mais « à quelle échéance vais-je en avoir besoin ? ». La réponse dicte le support, et pas l’inverse.
- Automatisez un versement programmé mensuel. L’investissement régulier n’est pas une optimisation mathématique, c’est un dispositif comportemental : il vous permet de rester investi quand les marchés baissent. Le meilleur plan est celui que vous tiendrez.
Une dernière chose, et c’est peut-être la seule à retenir si vous ne devez retenir qu’une phrase. En investissement, le risque ne se mesure pas en euros perdus. Il se mesure en projets que votre patrimoine ne pourra plus financer. Une baisse de 20 % dont vous vous relevez en trois ans n’est pas un risque, c’est un inconvénient. Un capital qui perd 30 % de son pouvoir d’achat en vingt ans sans que rien ne se voie, c’est un projet de vie annulé.
Cet article vous a montré ce que valent les grandes classes d’actifs face à l’inflation. Il ne vous a pas montré comment assembler un portefeuille complet, gérer le rééquilibrage, ni sécuriser progressivement à l’approche d’un objectif. C’est le sujet de mes livres sur la gestion passive et de la formation Épargnant 3.0, et c’est là que se joue la différence entre comprendre un principe et l’appliquer pendant vingt ans.
Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne et surtout pour tout le reste !
À Propos De l’auteur

Édouard Petit
Créateur d’Épargnant 3.0
Professeur de finance à l’ESCP • Auteur
Depuis 2015, j’aide des milliers d’investisseurs à éviter les erreurs les plus fréquentes avec les ETF et à construire un patrimoine sur le long terme.
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Les contenus publiés sur Épargnant 3.0 sont fournis à titre pédagogique et ne constituent pas des conseils en investissement. Certains liens peuvent être affiliés, ce qui contribue au financement du contenu gratuit proposé sur le site. Vous pouvez vous référer à ma Charte éditoriale et politique de transparence. L’investissement comporte un risque de perte en capital.

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Est-ce vraiment pertinent de prendre en compte les années du début du siècle, sachant qu’elles ont été obtenues dans un régime monétaire très différent ? Ou au moins, faire des graphiques et statistiques en séparant bien chaque régime monétaire. Là, vous mélangez des données datant de l’étalon-or ou de bretton-woods, avec des données modernes… Personnellement, je me serais limité aux données commençant dans les années 70/80, à savoir quand les banques centrales ont commencé à faire uniquement de l’inflation-targeting. Surtout que dans ce régime monétaire, la cible d’inflation de 2% de la BCE et de la Fed limite quand même l’épargnant contre l’inflation (du moins tant que les taux ne sont pas trop bas, comme ils le sont actuellement en europe). J’utilise d’ailleurs cette cible comme ancrage pour savoir mes placements sont protégés de l’inflation ou non.
Il est toujours difficile de prendre une date de début pour les analyses. Cependant, il me semble saint de remonter le plus loin que l’on puisse. Et un des pires ennemis de l’investisseur est probablement de proclamer “cette fois-ci c’est différent”, c’est ce genre de raisonnements qui crée les bulles.
À titre personnel, ce qui se passe depuis les années 70 avec, en gros, un énorme mouvement positif sur les obligations (lié à la baisse des taux), est une anomalie historique. Cela a très peu de chance de se reproduire. Et a fortiori, car les taux d’emprunt sont justement très bas maintenant.
Par ailleurs, une inflation à 2% avec des taux d’emprunt des États à 0% ça aboutit à une performance de -2% par an pour les obligations d’État.
Mais ce que je cherche à démontrer ici, c’est surtout que le risque n’est pas nécessairement là où l’on croit. La question de la performance attendue sur les prochaines années est un peu différente …
Encore un article absolument excellent. Je suis un fervent prosélyte de votre blog notamment auprès de nombreux “millenials” qui doivent vite apprendre les bases d’une gestion saine de leur argent, étant donné qu’ils peuvent avoir une optique long-terme.
Encore bravo !
Merci MisterOnline, et merci de faire passer le mot … je pense que cela devrait être une lecture obligatoire de tous les millenials… et des autres.
Bonsoir,
Merci pour cet article qui met des chiffres sur l’impact de l’inflation sur nos finances.
Votre étude de cas portant sur le moyen/long terme, je me permets de vous demander votre point de vue sur les alternatives au livret A ou LLD pour des placements court terme (trésorerie, économies annuelles pour partir en vacances ou financer ses impôts…), permettant d’être aussi bien protégés et souples. On peut penser au CTO avec un produit pépère ou un F€ sur une AV, mais faut prendre en compte les impôts. Avez-vous d’autres idées ?
Bonjour,
Je pense qu’un bon fonds en euros est quand même censé faire très légèrement mieux qu’un Livret A. A chacun de voir si la plus faible liquidité des fonds en euros, est un problème par rapport à ses besoins de court terme.