POINTS CLÉS

  • L’épargne salariale est une formidable enveloppe fiscale. Il y a de nombreux dispositifs : PEE, PERCO, Article 83, etc.
  • Il faut s’assurer d’une bonne diversification et ne pas seulement être attiré par l’abondement.
  • L’épargne salariale, et en particulier le PERCO, manque de transparence.
  • Il n’est pas toujours facile trouver des fonds performants. Cependant, il y a tout de même quelques critères importants, permettant d’avoir un investissement rentable.

Le PEE et le PERCO sont très intéressants fiscalement

Le PEE est exempté d’impôt et peut être facilement débloqué

La fiscalité du PEE

L’épargne salariale est une formidable enveloppe fiscale. En effet, sur le PEE (Plan d’Epargne Entreprise) vous ne payez pas d’impôt au bout de 5 ans, mais seulement la CSG-CRDS. D’un point de vue fiscal, cela le rend aussi intéressant que le PEA et légèrement plus que l’assurance vie, qui a 7,5% d’impôt à partir de huit ans plus la CSG-CRDS (même si les durées ne sont pas complètement comparables, car pour le PEA et l’assurance vie, c’est à partir de la date d’ouverture du contrat et non du dépôt des fonds). Mais en plus vous avez des cas de déblocage avant cinq ans : cessation du contrat de travail, acquisition ou agrandissement de la résidence principale, mariage.

Les cas de déblocage du PEE

Dans le détail les cas de déblocage anticipés sont assez large :

  • Mariage, conclusion d’un Pacs
  • Naissance ou adoption d’un 3e enfant
  • Divorce, séparation, dissolution d’un Pacs, avec la garde d’au moins un enfant
  • Acquisition de la résidence principale
  • Construction de la résidence principale
  • Agrandissement de la résidence principale
  • Remise en état de la résidence principale
  • Invalidité (salarié, son époux(se) ou partenaire de Pacs, ses enfants
  • Décès (salarié, son époux(se) ou partenaire de Pacs)
  • Rupture du contrat de travail
  • Création ou reprise d’entreprise
  • Surendettement

Par ailleurs, le PEE peut avoir un nom un petit peu différent en fonction de l’entreprise : PEI (Plan d’Epargne Inter Entreprise) ou PEG (Plan d’Epargne Groupe)

Le PERCO est exempté d’impôt et peut être plus difficilement débloqué

La fiscalité du PERCO

Le PERCO (Plan d’Epargne COllectif) est tout aussi intéressant fiscalement, mais moins souple, car il est bloqué jusqu’à la retraite. Cependant, il existe des cas de déblocage, notamment l’acquisition de la résidence principale.

Les cas de déblocage du PERCO

Les cas de déblocage, plus restrictifs que pour le PEE ne sont les suivants :

  • Décès (salarié, son époux ou partenaire de Pacs)
  • Invalidité (salarié, son époux ou partenaire de Pacs, ses enfants)
  • Surendettement du salarié
  • Acquisition de la résidence principale
  • Remise en état de la résidence principale suite à une catastrophe naturelle
  • Expiration des droits du salarié à l’assurance chômage

L’épargne salariale plaît aux français

D’ailleurs, les français (et les entreprises, qui y trouvent leur compte aussi) ne s’y sont pas trompés. Selon, l’AFG (Association Française de la Gestion financière) les montants déposés sur les PEE et les PERCO, s’élevaient à 125 milliards d’Euros fin 2018.  Il y a même plus de 11 millions de bénéficiaires de l’épargne salariale.

L’épargne salariale pour investir dans les actions de son employeur

Des conditions avantageuses pour acheter les actions de son employeur

Il s’agit aussi, pour les entreprises, d’un très bon outil de motivation des salariés. Les entreprises peuvent donc favoriser l’achat d’action au travers de ces dispositifs. Elles peuvent par exemple :

  • Abonder les sommes (par exemple, si vous mettez 2000 euros, l’employeur ajoute 2000 euros)
  • Offrir des réductions sur le prix d’achat des parts

Il arrive assez souvent que l’employé doivent s’engager à conserver les actions sur une durée longue (l’abondement peut être modulé en fonction de la durée)

Les risques d’investir dans les actions de son employeur que ce soit dans un PEE ou un PERCO

Cependant, cela fait courir plusieurs risques.

Tout d’abord, vous mettez tous vos œufs dans le même sac. Si votre employeur va mal, vous risquez votre augmentation, votre prime voir votre emploi et en même temps la chute de votre patrimoine.

Aussi, vous aurez probablement un patrimoine assez volatile, car concentré. Comme expliqué dans de nombreux ce blog, un investissement en bourse doit être absolument diversifié. Vingt actions est un grand minimum. Sur ce blog, j’explique aussi comment avoir un investissement boursier sein, notamment en utilisant les ETF (Exchange Traded Funds). En quelques clics on peut investir dans des milliers d’actions. Certainement moins risqué que les actions d’une seule entreprise.

Dans le tableau ci-dessous j’ai comparé par la performance et le risque d’une action individuelle « Orange » (anciennement France Telecom), un mastodonte de la cote française, avec divers indices français et internationaux :

  • Le CAC 40 qui regroupe les 40 plus grosses sociétés françaises
  • Un indice Monde qui regroupe plus de 1600 entreprises du monde développé
  • Le S&P 500 qui regroupe les 500 plus grandes sociétés américaines
  • Un indice Européen
  • Un indice des pays émergents
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Ne nous focalisons pas trop sur la performance, car tout peu arriver. En revanche, les indicateurs de risques sont plus importants. J’en ai choisit deux :

  • La volatilité qui indique le fait de faire mensuellement des hauts et des bas. Plus c’est haut, plus c’est volatile et donc plus c’est risqué.
  • La perte maximale, qui est la différence en %, entre le point le plus haut et le plus bas.

Sur la base de ces indicateurs on peut dire que l’action Orange seule est 50% plus risqué que l’indice CAC 40 et deux fois plus risqué qu’un indice Monde. Or on trouve des ETF qui suivent un indice Monde très facilement. Pourquoi se priver ?

Une bonne entreprise ne fait pas une bonne performance boursière

Par ailleurs, on a l’habitude de croire que la performance boursière est liée à la qualité de l’entreprise. Et en tant qu’employé on trouve souvent son entreprise de qualité.

Cependant, la performance boursière ne dépend que partiellement de la qualité de l’entreprise. La qualité de l’entreprise, c’est à dire les résultats futures, sont déjà pris en compte dans le cours de bourse. Pour que le bourse augmente, il faut que l’entreprise fasse des résultats supérieur aux attentes des analystes. D’ailleurs en tant qu’employé, vous savez peut-être si votre entreprise est globalement de qualité, mais savez vous quelle est le chiffre d’affaires et les bénéfices attendus par les analystes professionnels ? Probablement pas. Vous n’êtes donc pas mieux placé que le quidam moyen pour savoir si l’action de votre entreprise va augmenter ou baisser !

Un choix de société

Cependant, il ne faut pas nier l’intérêt d’avoir justement des intérêts alignés entre les actionnaires et les employés. Que ce soit pour l’entreprise, l’actionnaire ou le salarié. En tant que salarié, il est agréable de participer à l’aventure de son employeur en tant que co-actionnaire. Surtout lorsque ses valeurs sont alignées avec celles de son employeur.

Pourquoi pas ! Il faut juste que ce soit fait avec une certaine mesure.

L’épargne salariale permet aussi d’investir dans des fonds, dont la qualité est assez variable

L’abondement et les types de fonds qui vous sont proposés

La classification des fonds en fonction du niveau de risque

Commençons par expliquer quelques généralités.

Tout d’abord, il y a aussi potentiellement de l’abondement lorsque vous investissez dans des fonds. En général, afin de vous inciter à épargner pour la retraite, l’abondement sur le PERCO est plus important que celui sur le PEE. Mais faîtes bien attention, car comme expliqué plus haut, les cas de déblocages avant la retraite sont assez restreints.

Ensuite, les fonds sont classés en fonction du niveau de risque. Les obligations sont réputées être moins risquées dont on va avoir ce type de classement :

  1. Les fonds peu risqués sont investis en totalité en obligations d’Etat (les prêts aux Etats)
  2. Les fonds moyennement risqués sont investis à moitié en obligation d’Etat et à moitié en actions (des parts d’entreprise)
  3. Les fonds très risqués sont investis en totalité en actions

Un risque de long terme, peut-être différent de celui annoncé

Cependant, c’est une vision du risque à la fois partielle et partiale. Dès lors que l’on investit à long terme les actions ne sont pas si risquées que cela. Certains argumentent même que les actions sont moins risquées que les obligations sur le long terme (j’ai un chapitre sur le sujet dans mon livre Épargnant 3.0). Pour simplifier, la chose disons qu’aujourd’hui le taux de prêt à la France à 10 ans est de 0,4%, alors que l’inflation est de 2%. Vous allez donc perdre 1,6% de pouvoir d’achat chaque année pendant les dix prochaines années de façon assez probable ! Ce n’est pas vraiment sécurisé ! Vous avez plus de chances de conserver votre pouvoir d’achat en investissant dans des actions. Cependant, il faut investir correctement.

C’est très important d’investir en actions lorsque l’on investit sur le long terme. Et justement, le PEE et a fortiori le PERCO sont des enveloppes pour l’investissement de long terme.

Une histoire de Nudge

Mais petite aparté avant de passer à la suite. Richard Thaler, Prix Nobel d’Economie en 2017, raconte dans son livre Nudge, que dans lorsque les gens avaient la possibilité d’investir dans différents fonds dans leur enveloppe de retraite ils investissaient de manière équipondérée. Dans le cas ci-dessus, 1/3 dans chaque fonds. Pourtant sur le fonds cela n’a aucun sens … Et vous comment faisiez vous jusqu’à maintenant ?

Sélectionner les meilleurs fonds pour votre épargne salariale

Regardez les frais de près, que ce soit sur votre PEE ou votre PERCO

Mais vous pouvez aussi investir dans des fonds, souvent présentés en fonction de leur niveau de risque. Comme je l’écris souvent sur ce blog et dans mes livres, étant donné qu’il est très peu probable de faire mieux que le marché sur le long terme, il faut viser les fonds suivant des indices et avec des frais faibles. Vous pouvez lire ou relire un des articles qui parle de l’intérêt d’investir selon la méthode de la gestion passive ici. Cette méthode ne prend qu’une minute par mois et permet de réellement dynamiser son épargne. Cette méthode s’appuie sur les ETF (Exchange Traded Funds) aussi appelés trackers, notamment parce que leurs frais sont particulièrement faibles. Certains ETF sont éligibles au PEA (Plan d’Epargne en Actions), qui est très attrayant fiscalement et simple d’utilisation (voyez cet article pour comprendre pourquoi il s’agit d’une opportunité à ne pas manquer).

Pour comprendre le fonds sur lequel vous aller investir et les frais associés, il faut aller regarder le DICI (Document d’Information Clé pour l’Investisseur). Il doit se trouver sur le site web de l’intermédiaire qui vous fournit votre épargne entreprise (Amundi Epargne Entreprise, Esalia de la Société Générale, Natixis Inter Epargne, etc.)

Il est peu probable que vous trouviez des fonds avec des frais équivalents à des trackers sur un PEA, même si votre entreprise vous rembourse une partie de ces frais (ce qui arrive assez fréquemment).

Un ETF Monde a, par exemple, des frais de 0,4% par an. Il est même possible de faire un portefeuille d’ETF coûtant moins de 0,2% par an. En revanche, si votre PEA est plein, il faut comparer par rapport à l’assurance vie. Les meilleures assurances vie proposent des ETF et ont des frais de gestions de 0,5% par an au minium. Cela fait un coût total de 0,8% et il devient alors possible de trouver des fonds à moins de 1% par an.

Évidemment, il y a d’autres intérêts à investir en Assurance Vie, telle que la fiscalité de succession. Pour vous aider à choisir les meilleures assurances vie, j’ai réalisé un comparatif.

Une analyse malgré tout complexe

Cela étant, l’analyse ne doit pas s’arrêter là et ça se complique. En effet, le gestionnaire peut avoir des frais faibles et mal gérer son fonds. Par exemple, je suis investi sur un fonds qui annonce 0,87% de frais, mais il a fait 9,07% par an depuis 5 ans contre 10,25% par an pour son indice de référence. Cela fait un écart de 1,21% par an, bien supérieur aux 0,87% de frais. Il est difficile de savoir à quoi cette mauvaise performance est due. Les frais étaient peut-être plus élevés il y a quelques années ou le gérant a fait des mauvais paris.

Pour avancer dans l’analyse, on peut regarder le reporting de performance, avec l’allocation géographique et sectorielle. Cependant, il est difficile d’en tirer des conclusions, car opus n’avons pas l’historique de ces paris (et retrouver des anciens rapports de gestion n’est pas chose aisée).

Un fonds qui investit dans des ETF et d’autres fonds

On peut aussi aller voir les principales lignes en portefeuille. Pour ce fonds, voilà ce que l’on y trouve :

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Pas facile à comprendre avec ces appellations barbares. Mais en tout cas c’est un fonds qui investit dans des fonds indiciels (attention quelques mots barbares vont suivre, mais ne vous inquiétez pas, ce n’est que passager) :

  • Le premier est un fonds indiciel monde
  • Le deuxième, un fonds indiciel S&P 500
  • Le troisième, un ETF smart beta multifactoriel
  • Le quatrième, un autre ETF smart beta factoriel
  • Le cinquième, un ETF smart beta (qui suit une stratégie dont je n’ai pas encore parlé) US

A priori pas de mauvais choix, car ces fonds sont assez peu chers (0,4% par an à peu près), et j’apprécie le smart beta (j’ai écrit de nombreux articles à ce sujet sur le blog). Mais vous n’avez pas l’ensemble du portefeuille et seulement les principales lignes. D’ailleurs, si nous allons voir le rapport annuel nous pourrons observer que le fonds facture 0,10% de frais, et les actifs sous-jacents 0,77%. Donc, les lignes que l’on ne voit pas sont assez chargées en frais (à peu près 1,2%).

Au final, je trouve que tout cela manque de transparence, car l’exemple ci-dessus n’est pas un cas isolé.

Pire encore, il m’est récemment arrivé une mésaventure. J’ai investi sur mon PERCO dans un fonds qui avait 0,8% de frais annuel. Je ne sais pas pour quelle raison mon employeur a remplacé ce fonds par un fonds à 1,5% de frais. Je suis bloqué jusqu’à la retraite avec ce fonds, sauf si j’achète ma résidence principale (ce qui n’est pas dans mes projets).

Un exemple de fonds disponible en PEE ou PERCO chez Amundi

Allons voir le fonds AMUNDI ACTIONS INTERNATIONALES ESR – F disponible dans de nombreux dispositifs d’épargne salariale. Il est censé suivre l’indice MSCI ACWI, c’est à dire le monde entier, pays développés et émergents.

Au 9 Mars 2020, on peut voir la performance suivante : sur 5 ans, le fonds d’Amundi a eu une performance de 13,3% par an contre 18,3% par an pour l’indice de référence (l’indice monde y compris émergent). La différence est très significative !

Il faut dire que dans le reporting de février 2020, on peut voir que le fonds a 23% de liquidité. Soit 23% d’argent qui ne travaille pas, et sur lesquels l’épargnant paye des frais. Il est aussi sous-exposé aux Etats-Unis, qui ont eu une excellente performance boursière.

Amundi actions internationales sur PEE, PERCO et PER

Autre exemple de performance de fonds sur Esalia (groupe Société Générale)

Cependant, ces mauvaises performances ne sont pas réservées aux épargnants qui ont de l’argent chez Amundi. Voyons ce qui se passe sur Esalia, de la Société Générale.

Le fonds ARCANCIA AUDACE 844 est censé suivre, voire dépasser l’indice MSCI ACWI (une vingtaine de pays développés et une vingtaine de pays en développement). Sur 5 ans (données de Mars 2020), le fonds Arcancia a eu une performance de 22,06% et l’indice de 28,55%. Encore une fois, une différence plus que significative (6 points par an) ! Et pourtant les frais ne sont que de 0,67% par an.

Arcencia Audace

En fait, le fonds est pratiquement identique à celui d’Amundi, car la gestion n’est pas réalisée par la Société Générale mais par Amundi. Vous pouvez voir cela notamment en regardant le rapport mensuel, et observer que le fonds maître est le fonds AMUNDI RESA ACTIONS INTERNATIONALES.

Conclusion pour l’investisseur 3.0 pour bien gérer son épargne salariale, son PEE et son PERCO

Utilisez l’abondement, et choisissez des fonds pas trop chers

L’épargne salariale est un formidable outil, cependant n’oubliez pas de bien diversifier votre patrimoine. L’abondement est une excellente chose et peut réellement permettre de doper son épargne. Cependant, il ne faut pas occulter les bonnes pratiques d’investissement. Il faudra investir pour une large part en actions sur le long terme et choisir des fonds peu chers (ou en tout cas avec des frais limités)

Aussi, Il faut tout de même faire attention au PERCO (et de manière générale aux produits qui vous bloquent longtemps, tels que le PERP), car des conditions avantageuses peuvent devenir assez dégradées sans que l’on puisse rien faire. Il faut donc à mon sens privilégier le PEE si vous en avez la possibilité.

Comparez avec les autres enveloppes fiscales : PEA, assurance vie et même CTO

Cependant, les inconvénients de l’épargne salariale font qu’il faut regarder attentivement les autres solutions et comparer. Ce comparatif sera encore plus important une fois l’abondement utilisé à plein. Etant donné que chaque employeur offre des conditions spécifiques, nous ne pouvons tirer de généralités.

Par ailleurs, cela devient intéressant d’investir dans un fonds de son PEE ou PERCO plutôt que sur son assurance vie (avec des ETF) que si le fonds à des frais inférieurs à 0,8% par an, et vous allez de toutes les façons perdre en transparence. On peut se consoler un peu si son fonds est investi en ETF smart beta, car il n’y a pas encore d’ETF Smart Beta disponible sur les assurances vie.

Cependant, comme je le montre dans cet article, la nouvelle fiscalité et la flat tax, rend à nouveau le CTO (Compte Titre Ordinaire) attractif. Il apporte une grande souplesse et l’accès à de nombreux ETF aux frais très faibles. En revanche, sa fiscalité a été bien moins stable que celle du PEA ou de l’épargne salariale.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne … et surtout pour tout le reste.