Nous sommes en train de vivre une crise sanitaire et boursière exceptionnelle. La crise du Coronavirus est-elle un krach hors norme ? Que devrait faire un épargnant dans ce type de situation ?

Le Coronavirus : oui un krach boursier, mais pas si exceptionnel que cela

Une chute très sévère des actions

La crise sanitaire du coronavirus ou plutôt les mesures pour l’endiguer ont créé des remous importants sur les bourses mondiales. Par exemple, le S&P 500 a baissé de plus de 10 % dans l’unique semaine suivant le 28 février. J’ai calculé que depuis 1929, ce n’est arrivé que 20 fois (soit 0,4 % du nombre de semaine). Cependant, cela arrive de temps en temps. Et parfois même de manière plus brutale encore. Le lundi 19 octobre 1987, que l’on appelle le Lundi Noir, le Dow Jones a perdu plus de 22 %.

Le graphique ci-dessous présente les chutes de la bourse américaine supérieures à 20 % et les hausses.

Les hausses et les baisses des actions américaines
Les hausses et les baisses du marché actions américain

On peut observer qu’il arrive finalement relativement régulièrement que la bourse chute de plus de 20 % et même deux fois de 50 % depuis 1958. Pour être encore plus clair, deux fois son portefeuille boursier a été divisé par deux en seulement à peu près deux ans !

Oui la bourse fait des hauts et des bas. Oui, la bourse peut chuter très sévèrement. Mais c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles un investissement boursier a procuré une excellente performance sur le long terme. On ne peut pas espérer de la performance sur le long terme sans prendre de risque sur le court terme !

Une correction qui fait suite à une hausse très importante des actions

Cependant, ce krach est à relativiser. En effet l’indice MSCI World dividende compris est revenu au niveau de début 2019. Il faut tout de même rappeler que la plupart des indices boursiers ont augmenté de près de 30 % l’année dernière. Un investissement en bourse depuis 10 ans aura été plus que fructueux, malgré cette chute.

Qu’ont fait les autres actifs pendant ce temps-là ? Qu’est-ce qui a augmenté pendant la crise du Coronavirus ?

Étant donné qu’il est risqué d’investir en actions, une saine recommandation est de ne pas mettre tous ses œufs dans le même sac. Il faut diversifier !

Nous allons voir que les autres actifs ont évolué pendant la crise du Coronavirus de manière relativement classique, voire même « attendue ».

Point de salut dans la diversification géographique en actions

La plupart des bourses mondiales ont sévèrement chuté. La diversification géographique n’a pas servi à grand-chose. Ce n’est pas étonnant, la diversification géographique en actions ne sert pas à se protéger des grands krachs, mais seulement des corrections localisées (telles que la crise de l’euro en 2011).

Les obligations

Les obligations d’Etat en Europe

Les obligations d’États Européennes ont légèrement augmenté. Par exemple, si l’on regarde l’ETF obligations de Lyxor éligible au PEA, il a légèrement augmenté depuis mi-février. Aussi, il a une performance de 3,5 % depuis le début de l’année. Il est peu probable que l’on puisse trouver des fonds en euros avec cette performance cette année.

Les obligations d’Etat aux Etats-Unis

Les obligations d’État Américaines, que l’on peut suivre par exemple avec l’ETF iShares $ Treasury Bond 7-10yr, ont augmenté de plus de 20 % depuis le 20 février ! Alors, même si le dollar a baissé dans la période par rapport à l’euro, le gain en euro est tout de même substantiel. Il existe d’ailleurs des ETF d’obligations d’État couverts contre le risque de fluctuation des devises.

Une hausse des obligations d’État américaines n’arrive pas chaque fois que la bourse chute. Cependant, c’est un phénomène qui a été relativement fréquent. Pendant les krachs, les investisseurs sortent des actifs risqués pour aller vers ce qu’il y a de plus sûr. Et ce qui reste, du point de vue des investisseurs en tout cas, l’actif le plus sûr au monde est bien la dette d’Etat américaine. On en a encore la preuve, avec cette crise.

À cela s’ajoute le fait que l’on peut s’attendre à ce que les banques centrales baissent les taux pour faire repartir l’économie. Et une baisse des taux signifie une hausse des obligations.

Les obligations d’entreprise

En revanche les obligations d’entreprise à haut rendement (high yield) ont baissé. C’est aussi un comportement attendu, car ce sont des quasi-actions. Un portefeuille d’obligations d’entreprises à finalement peu de chances de vous protéger d’un krach. Certes le rendement est plus attrayant, mais le risque est bien là.

Pour en savoir plus sur les obligations (d’état, d’entreprise, à haut rendement, émergentes, etc.), vous pouvez vous référer à la formation Épargnant 3.0.

L’or

L’or est censé être un actif de protection. Vous pouvez investir dans l’or en achetant des lingots ou des pièces d’or. Vous pouvez aussi acheter de l’or sur les places boursières comme je l’explique dans cet article sur les ETF Or.

Depuis le 20 février, l’or a augmenté de 4 à 5 % en dollars (et un peu moins en euros). Cela a amené un pouvoir diversificateur inférieur à celui des obligations d’État Américaines, mais l’effet est tout de même à prendre en compte.

Le Bitcoin et les Cryptomonnaies : un krach du Bitcoin plus gros que celui de la bourse !

Vous avez sûrement déjà entendu que le Bitcoin et les autres monnaies virtuelles (Ethereum, Dash, etc.) étaient considérées comme certains comme une réserve de valeur, l’or 3.0. A tel point, qu’ils préfèrent parler de Crypto asset (actif crypto) plutôt que de Crypto currency (monnaie crypto).

Certains vont même jusqu’à dire que le Bitcoin, l’Ether et autres monnaies virtuelles ont un bénéfice dans un portefeuille, car nécessairement dé corrélé des autres actifs.

Est-ce que cela a été le cas ? Voyons cela sur ce graphique qui compare le S&P 500 et le Bitcoin (en euros) sur 1 mois. Le S&P 500 est en vert et le Bitcoin est en rouge.

Evolution du Bitcoin et du S&P 500 sur 1 mois

On peut observer que les chutes du Bitcoin vont dans le même sens que les chutes du S&P 500 et de manière bien plus brutale. D’ailleurs, entre mi février et mi mars, le Bitcoin a perdu 50% de sa valeur ! Et -20% dans la seule journée du 12 mars !

Comment se protéger des chutes brutales de la bourse

Vous n’aviez pas vu venir ce krach ? Rassurez-vous moi non plus, et en fait personne ! C’est un peu le principe d’un krach : personne ne sait quand il va arriver.

Il y a bien sûr certaines personnes qui prédisent constamment les krachs, et qui finissent par avoir raison. Comme on a l’habitude de dire, une montre cassée donne 2 fois par jour la bonne heure !

Beaucoup de mauvaises techniques

Il existe de nombreuses techniques pour identifier les meilleurs moments pour sortir et rentrer dans la bourse. Cependant, très peu fonctionnent ! L’art de choisir le meilleur moment pour ses investissements est très difficile. En effet, il faut non seulement avoir raison, mais aussi raison au bon moment. Et il ne faut pas le faire une fois, mais deux fois. Il faut non seulement sortir au bon moment, mais aussi re rentrer en bourse au bon moment. Tout cela est quasiment impossible autrement que par chance.

Dans cet article sur les krachs boursiers, je partage quelques techniques pour mieux vivre les krachs.

L’investissement à long terme

Cependant, la méthode la plus performante et la moins stressante sera probablement de continuer son plan d’investissement, en investissant régulièrement sur le long terme et en faisant son rééquilibrage entre les différentes classes d’actifs au moment où nous l’avions imaginé dans notre politique d’investissement.

Quelle performance de la bourse après un krach ?

Revenons à l’évolution hebdomadaire du S&P 500 depuis 1929. J’ai calculé ce qu’aurait donné un investissement dans le S&P 500 un an et 5 ans après une chute de la bourse plus de 10 % en une semaine : un an après la bourse montait de 4 à 5 %, et 5 ans après la bourse avait monté en moyenne de 5 % à 6 % par an.

Il n’est pas possible d’avoir des données hebdomadaires du S&P 500 avec les dividendes depuis 1929. Ces calculs sont donc hors dividendes et hors prises en compte de l’inflation. Aussi, cette moyenne n’est faite que sur une vingtaine d’occurrences, ce qui a peu de signification statistique. Aussi une moyenne n’est que l’avant-goût d’une analyse, car les écarts de performances sont très importants.

Cependant, lorsque l’on sait que la bourse américaine a eu une performance de pratiquement 7 % par an en comptant les dividendes et en enlevant l’inflation, on s’aperçoit que l’on est dans les mêmes zones.

Et le krach de 87 ?

Que s’est-il passé après le lundi noir où Wall Street a perdu plus de 20% ? 3 mois de baisse ! Mais après la remontée a été particulièrement rapide. Le S&P 500 a même été légèrement positif sur l’année calendaire de 1987.

Vous pouvez d’ailleurs voir sur le graphique suivant que si l’on analyse la bourse américaine sur la base d’années calendaires, les chutes sont bien moins importantes que si on regardait chaque jour. Les barres grises représentent la performance annuelle, et les points rouges les pertes maximales au cours de l’année.

Chutes de la bourse intra annuel
Les chutes de la bourse au cours d’une année

Même les années très positives ont pu voir des déclins significatifs au cours de l’année. Il est donc très important de garder son sang-froid.

Les ETF et le krach

On entend parfois dire que les ETF n’ont pas été testés dans un environnement boursier de crise. Cela est complètement faux !

Les ETF ont survécu à de nombreuses crises financières

Les premiers ETF sont apparus en 1990 au Canada et en 1993 aux États-Unis. Vous savez bien que l’on a vécu de nombreuses crises depuis ce temps-là. Et les ETF se sont très bien comportés.

De manière intéressante aussi, savez-vous (voir cet article en anglais de Bloomberg) que les ETF sont issus d’une réflexion de la SEC (le gendarme financier américain) qui a imaginé, suite au krach de 87, un produit financier qui limite les krachs ?

Les trackers et la crise du Coronavirus

Et cette fois-ci qu’est-ce que cela a donné ? Pas de problème particulier, voilà tout !

Bien sûr si vous allez chercher des ETF exotiques, à petits encours, sur des classes d’actifs restreintes (par exemple, les obligations hauts rendements des pays émergents ou certains ETF thématiques), il est bien plus probable qu’il se passe quelque chose de bizarre sur votre ETF pendant une crise. Mais, il est probable qu’il se passe aussi quelque chose d’étrange sur l’actif sous-jacent ou sur les OPC classiques.

Conclusion sur le krach boursier du Coronavirus : risques et opportunités

Un krach boursier est pour beaucoup un moment difficile à passer. Mais ces moments sont à la fois un moment de grand danger et un moment de grande opportunité.

C’est un moment où sous le stress vous pouvez prendre des mauvaises décisions, qui peuvent être catastrophiques pour votre performance à long terme.

Etes-vous sur le bon chemin du développement de votre patrimoine ?

C’est aussi un moment pour tester si vous êtes sur la bonne voie. Si vous êtes serein, et que vous arrivez à regarder votre portefeuille dans son ensemble (et non chaque ligne de votre portefeuille), alors vous êtes probablement sur le chemin du succès. Si vous vous inquiétez, cela peut être dû à plusieurs raisons : votre allocation en actions est trop risquée par rapport à ce que vous êtes capable de supporter, vous ne travaillez pas assez votre psychologie, vous n’avez pas investi suffisamment progressivement, vous ne vous êtes pas suffisamment formé pour comprendre les marchés financiers …

Que va-t-il se passer ?

Je n’ai pas de boule de cristal et je n’ai aucune idée si les marchés vont remonter rapidement ou s’ils vont rechuter de 30 %, voire (bien) plus. Je n’ai aussi aucune idée de combien de temps cela va durer, et en combien de temps la hausse suivante comblera cette baisse !
Il me paraît farfelu de croire les gens qui disent savoir ce genre de chose.

En revanche, on a pu observer depuis des décennies que les actions pouvaient monter et baisser violemment, et qu’un investissement boursier avait été fructueux sur le long terme.

Tenir la barre dans ces moments chahutés ne demande pas un quotient intellectuel au-dessus de la moyenne, en revanche cela demande une force de caractère très importante.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne … et surtout pour tout le reste, et plus spécifiquement la santé pour vous et vos proches, en ces temps chahutés.