Warren Buffett
Blog gestion passive et ETF | Bonnes pratiques investissement

Warren Buffett : un investisseur de légende à copier ?

Warren Buffett est le 4e homme le plus riche du monde avec un patrimoine de 80 milliards de dollars selon le magazine Forbes. Il a construit sa fortune grâce à l’investissement et est considéré par beaucoup pour l’un des plus grands investisseurs de tous les temps.

Mais sa performance peut-elle être toujours considérée comme exceptionnelle ? Faut-il investir comme Warren Buffett ? Et pourquoi est-il aussi fan de l’investissement passif ?

L’histoire de Warren Buffett

Né en 1930 à Omaha au Nebraska

Warren Buffett est né en 1930 à Omaha dans le Nebraska aux États-Unis. Son père travaillait dans le monde de la finance et de l’investissement. Il a donc baigné tout petit dans cet environnement. Il a même acheté ses premières actions à l’âge de 11 ans.

Il n’était pas passionné par les études. Cependant, sous la pression de son père, il a tout de même étudié dans différentes universités, dont celle du Nebraska, et la célèbre université de Columbia à New York. Il a obtenu dans cette dernière un master en économie. Un de ses professeurs était Benjamin Graham, un autre investisseur de légende et l’auteur du très célèbre “L’investisseur intelligent”. Je vous recommande de lire cet article du blog à ce sujet.

Warren commence sa vie active en recommandant des actions à des investisseurs. Puis il s’est mis à créer des partnerships en investissement pour lesquels il était gérant. Buffett prenait chaque année 50 % des gains au-dessus de 4 % et rendait 25 % des pertes. Il investissait les revenus de sa gestion en actions des partnerships. Sa part ne cessait de croître, alors que son investissement était minime. À 30 ans, il avait déjà bien réussi et était millionnaire.

La création de son holding Berkshire Hathaway… une entreprise de textile (au départ)

Il a alors commencé à investir en direct dans des entreprises, en utilisant les principes du value investing qu’il avait appris auprès de Graham. En 1962, il jette son dévolu sur Berkshire Hathaway, une entreprise de textile. Cette entreprise deviendra sa holding, avec laquelle il investira dans de nombreuses autres entreprises.

Un peu plus tard, il s’intéresse aux assurances. Ces entreprises ont un modèle économique extrêmement intéressant : les clients paient des primes aujourd’hui pour peut-être recevoir des indemnisations des années après. Il achète donc National Indemnity Company. Les flux de trésorerie générés par l’activité de cette assurance, lui permettent de financer des acquisitions. Par la suite, il achètera de nombreux autres assureurs. C’est finalement une façon d’utiliser l’effet de levier, c’est-à-dire d’emprunter pour investir, de manière fort peu chère.

Il continue à développer Berkshire Hathaway. Aujourd’hui, le conglomérat a une capitalisation boursière de l’ordre de 500 milliards de dollars. C’est donc l’une des 10 plus grandes entreprises dans le monde sur le plan boursier. Buffett possède encore un peu plus de 15 % de l’entreprise et 30 % des droits de vote.

Malgré sa richesse il vit de manière relativement frugale. À titre d’exemple, il vit toujours dans la maison qu’il a achetée en 1958 pour 31500 dollars. Il a même prévu de donner 99 % de sa fortune et il a déjà donné plus de 41 milliards de dollars.

Les participations de Berkshire Hathaway

À 90 ans, Warren Buffett ne prend plus toutes les décisions d’investissement. Cependant, il est très intéressant de voir les participations de son conglomérat. Ses achats et ses ventes sont largement disséqués par la communauté financière.

Les entreprises cotées américaines doivent rapporter régulièrement leurs investissements, il est donc possible de suivre tout cela avec précision.

Buffett s’est longtemps tenu à l’écart des sociétés technologiques, cependant ce n’est plus le cas. Berkshire Hathaway a investi dans Apple, Amazon, et Microsoft. L’investissement dans Apple est très significatif : 6% de la valeur totale de l’entreprise la plus importante dans le monde en terme de capitalisation boursière, et l’un des plus gros actionnaires.

D’autres exemples ? Berkshire Hathaway possède plus de 25 % de Kraft Heinz, 19 % d’American Express, 10 % de Bank of America, 9 % de de Coca-Cola, etc.

BRK est le sigle en bourse du holding.

Société% du portefeuille de BRK% de la société détenu par BRK
Apple44%6%
Bank of America11%12%
Coca-Cola9%9%
American Express7%19%
Kraft Heinz5%27%
Moody’s3%13%
Wells Fargo3%6%
U.S. Bancorp2%10%
Davita1%30%
Charter Communications1%3%
Bank of New York Mellon1%8%
Verisign1%11%
JP Morgan & Chase1%1%
Les participations de Berkshire Hathaway (Juin 2020)

Oui, vous avez bien lu la première ligne. 44% du portefeuille de la holding de Warren Buffett est composé d’Apple.

Le graphique est issu d’un article du célèbre cabinet de conseil McKinsey. On voit l’évolution de Berkshire Hathaway par rapport au S&P 500 et les grandes étapes de la carrière de ce génie de l’investissement. 1$ investi dans Berkshire Hathaway en 1964 est devenu 27 373$ ! Impressionnant !

L’histoire de Warren Buffett

Le style d’investissement de Warren Buffett

Warren Buffett est un disciple de Benjamin Graham. C’est un investisseur “value”. Il cherche à investir dans des entreprises décotées, qui sur le long terme retrouveront une valeur intéressante en bourse.

Cependant, il diffère de Graham parce qu’il se focalise plus que son “maître” sur la qualité des entreprises et leur capacité à créer de la croissance. Pour détecter ces entreprises, il recherche des firmes qu’il peut comprendre et analyser. En ce sens, il est difficile pour lui d’investir “uniquement sur des promesses”, ce qui est le cas des entreprises du secteur des nouvelles technologies. Il recherche aussi des entreprises qui ont un “moat”, c’est-à-dire un avantage concurrentiel (notamment qui leur permettent de se protéger des nouveaux entrants).

Il cherche à acquérir de très bons business à des prix bradés, et à les garder pour longtemps. C’est un investisseur Buy and Hold.

Buffett a-t-il une performance exceptionnelle ?

Une surperformance qui baisse

La performance boursière a souvent été largement supérieure à celle de l’indice S&P 500. La performance annualisée a été de :

  • 22,2% contre 5,9 % dans les années 70
  • 39,1 % contre 17,3 % dans les années 80
  • 20,5 % contre 18 % dans les années 90
  • 5,9 % contre -1 % dans les années 2000

Cependant, la performance par rapport au S&P 500 a été nettement moins bonne depuis 10 ans. Berkshire Hathaway a eu une performance 13,1 % contre 13,4 % pour un ETF sur le S&P 500 (avec une volatilité légèrement inférieure). Certains disent que Buffett aurait perdu sa touche magique. Il n’aurait notamment pas eu le flair pour investir suffisamment tôt dans des sociétés technologiques.

Cependant, si l’on veut évaluer réellement les compétences de sélections d’actions de Buffett, on ne peut pas le comparer au S&P 500. Il faudrait le comparer à une sélection automatique d’actions de qualité peu valorisées, c’est-à-dire  correspondant à son style d’investissement. Il faudrait aussi prendre en compte l’effet de levier (emprunter pour investir) plus important de Berkshire Hathaway et qui se traduit dans une volatilité très importante !

Une surperformance qui est due à …

C’est justement ce qu’on fait les chercheurs Andrea Frazzini, David Kabiller, Lasse Heje Pedersen dans leur papier “Buffett’s Alpha”. Ils sont même allés plus loin. Ils ont voulu voir si la performance impressionnante de Buffett (18,6 % au-dessus des emprunts d’État à court terme par an entre octobre 1976 et mars 2017, contre 7,5 % pour le marché des actions américaines) était due au levier, à ses investissements dans les entreprises non cotés (private equity) ou aux capacités managériales de Warren Buffett.

Ils ont réussi à créer une sélection automatique d’entreprises et le même levier selon les préceptes de Warren Buffett et ils sont arrivés à une performance très proche.

Cela signifie que la performance de Buffett n’est pas liée à sa capacité à choisir les meilleures actions (de stock picker comme on dit en anglais), mais à son style d’investissement.

Cependant, cela n’enlève rien à son génie. Aujourd’hui, nous savons que les entreprises stables et décotées sont de très bons investissements. Des ETF smart beta utilisent cette technique et sont très facilement accessibles. Cependant, à l’époque des débuts de Warren Buffett, ce n’était pas si connu. Buffett a eu le génie d’investir de cette manière.

De plus, il a inventé un accès au levier grâce à ses compagnies d’assurance inégalé. 

Les meilleures citations de ce maître de l’investissement

Warren Buffett n’a écrit aucun livre. Cependant, il est régulièrement interviewé et il nous livre des informations importantes dans les lettres annuelles aux actionnaires de Berkshire Hathaway.

Il faut cependant savoir que sa vision a évolué dans le temps et certains préceptes peuvent parfois paraître être contradictoires.

Le prix est ce que vous payez. La valeur est ce que vous obtenez.

L’investissement est simple, mais pas facile … 

Le succès de l’investissement n’a pas de corrélation avec le QI une fois que vous êtes au-dessus du niveau de 100. Une fois que vous avez une intelligence ordinaire, ce dont vous avez besoin est le tempérament pour contrôler les pulsions qui provoquent des problèmes d’investissement.

Il est de loin préférable d’acheter une entreprise formidable à un prix équitable qu’une entreprise équitable à un prix exceptionnel.

Notre période de détention préférée est « pour toujours ».

N’investissez jamais dans une entreprise que vous ne pouvez pas comprendre.

N’achetez que quelque chose que vous seriez parfaitement heureux de détenir si le marché se fermait pendant 10 ans.

Appeler “un investisseur” quelqu’un qui négocie activement sur le marché, c’est comme appeler quelqu’un qui fait régulièrement des aventures d’un soir “un romantique”.

La seule valeur des prévisionnistes boursiers est de donner une bonne image aux diseurs de bonne aventure

Comment copier les stratégies de Warren Buffett ?

Il existe différentes façons d’investir comme Warren Buffett. Il existe une trame commune : on investit pour le long terme, et on ne cherche pas à rentrer et sortir du marché au gré de ses avis ou de celui des analystes boursiers. C’est ce qui s’appelle éviter le market timing.

Investir dans Berkshire Hathaway

Berkshire est le véhicule d’investissement de Warren Buffett. Et tout investisseur peut l’utiliser, puisque le holding est coté en bourse. L’action s’est si bien comportée qu’elle a atteint un niveau stratosphérique : 270 dollars en 1980 et 300 000 dollars en 2020 ! Heureusement, la société a émis, en 1996 des nouvelles actions moins chères. Ces nouvelles actions coûtent 200 dollars actuellement.

Cependant, il faut faire attention à quelques points.

Berkshire est une entreprise spécifique qui est parfois assimilée à un fonds, mais qui ne peut pas être assimilée “au marché des actions américaines”. En effet, il peut se passer plein de choses, notamment au moment de la succession de Warren Buffett. Aussi, si c’est un style d’investissement qui peut surperformer (sur le long terme), c’est un style d’investissement qui peut largement sous performer. Par exemple, du 30 juin 1998 au 29 février 2000, Berkshire a perdu 44% de sa valeur de marché alors que l’ensemble du marché boursier gagnait 32%. De nombreux gestionnaires de fonds ont peut-être eu du mal à survivre à un déficit de 76%, mais la réputation irréprochable de Buffett et sa structure unique en tant que société lui ont permis de garder le cap et de rebondir alors que la bulle Internet éclata.

On peut espérer que les successeurs de Warren Buffett investissent comme lui, mais ce n’est pas complètement sûr. On le voit actuellement, alors que la société a investi dans l’or, alors que Buffett a toujours critiqué ce type d’investissement.

Vous ne pourrez pas posséder cette valeur au sein de votre PEA, ce qui sera moins intéressant fiscalement. Heureusement, le holding ne verse pas de dividendes, ce qui est plus intéressant fiscalement que les sociétés versant des dividendes.

Sélectionner des valeurs comme le maître

Il est possible de sélectionner des valeurs selon les préceptes de Warren Buffett. Mais attention, n’est pas Warren Buffett qui veut. De plus, vous n’avez probablement pas un business d’assurance vous fournissant des flux de trésorerie peu cher.

Aussi, c’est une stratégie qui sera souvent fiscalement peu intéressante, et qui pourra avoir une diversification (à la fois sectorielle et géographique) insuffisante.

Utiliser un ETF Smart Beta

Il existe des ETF qui investissent automatiquement dans des entreprises de qualité, peu valorisées, et avec une faible volatilité. Ce sont des ETF que l’on appelle Smart Beta. Le choix est nettement plus vaste sur le Compte Titre Ordinaire plutôt que sur le PEA.

Warren Buffett et la gestion indicielle

Buffett est considéré comme l’investisseur actif par essence. En tout cas, beaucoup d’investisseurs, souvent particuliers, disent suivre sa voie. Aussi, on le nomme souvent, pour dire que les marchés ne sont pas efficients “les marchés ne sont pas efficients, regardez Warren Buffett a eu une performance incroyable”.

Cependant, encore une fois tout le monde n’est pas Warren Buffett. De plus, ce n’est pas parce que Zidane existe qu’on doit tous devenir joueur de football professionnel !

Buffett a souvent dit qu’il ne croyait pas aux marchés efficients, et même parfois à la diversification. Cependant, il est aussi un ardent défenseur de la gestion indicielle. Il a même récemment gagné un pari où il prédisait que la gestion indicielle battrait des hedge fund (j’en parle dans cet article du blog sur les hedge funds).

La plupart des investisseurs institutionnels et individuels trouveront que la meilleure façon de détenir des actions consiste à utiliser un fonds indiciel à frais faible. Ceux qui suivent cette voie sont sûrs de battre les résultats nets [de frais] délivrés par la grande majorité des professionnels de l’investissement.

Warren Buffett

Conclusion pour l’Épargnant 3.0

Warren Buffett est clairement un investisseur de légende. Il est intéressant de s’en inspirer. Mais force est de constater qu’un certain nombre d’investisseurs prennent cet exemple, à tort, comme une incitation pour faire du trading ou du market timing. Ils ne respectent pas nécessairement la philosophie d’investissement de l’oracle d’Omaha.

Par ailleurs, en appliquant à la lettre sa philosophie on ne pourra pas investir de façon optimale en tant que français. C’est notamment dû à une fiscalité différente entre la France et les États-Unis. De plus, les États-Unis représentent plus de 50% du poids boursier mondial, et la France 2%. C’est une différence plus que significative.

Je vous souhaite le meilleur pour votre épargne … et surtout pour tout le reste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

3 Comments

  1. Intéressant article.
    J’ai investi dans des etfs smart beta avant la crise covid 19 dans le cadre de mon cto, donc je n’aii pas assez de recul pour juger de leur performance.
    Malheureusement sur les 5 etf smart beta sur lesquels j’ai misés, amundi en a fermé un cet été . J’espère que le smart beta va rencontrer le succès pour que le produit ait le temps de faire ses preuves en etf

  2. Merci Édouard pour cet article.
    Je connaissais mal son histoire. Tout comme B Graham, il a une stratégie d’investisseur, pas de boursicoteur/trader.
    Pour répondre à David, le conseil de Buffet d’investir par etf est intéressant dans la mesure où tout le monde ne sait pas facilement analyser la valeur d’une entreprise (et donc d’une action) comme le fait un analyste financier ou un comptable, et que les été capitalisants vont réinjecter les dividendes automatiquement.
    Mais j’ignore s’il existe des etf très orientés vers le « Value investing »
    Bonne journée.

  3. Merci Edouard pour ce nouvel article.
    Je trouve que la position de Warren Buffett n’est pas facile à saisir: il conseille à presque tout le monde d’investir dans un ETF qui tracke le S&P500 (d’où son paris avec les Hegde funds) mais en même temps ne semble pas l’appliquer et met en doute l’efficience des marchés.
    Existe-t-il des chiffres sur la performance des portefeuilles de particuliers américains qui copient le portefeuille de WB ?